‹ La cause des restes d'IsraelChapitre 46 sur 85 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Signatures et paroles des Patriarches, Archeoêques et Eoêques qui occupent les régions oisitées par l'ancien peuple de Dieu.

I. Légitimité de notre émotion en abordant les prélats qui occupent les régions visitées par l'ancien peuple de Dieu. — II. Accueil inoubliable de l'Archevêque syrien de Mossoul. La maison d'Abraham à Hur transformée en mosquée : fontaine qui lui est adjacente, respect obligatoire pour les poissons qui y pullulent. Savante dissertation sur le fruit défendu du paradis terrestre. Courtoisie syrienne pour notre belle cause. Coutume touchante des juifs de Bagdad. — III. Le droit légitime des Israélites d'être conviés les premiers par le Concile œcuménique du Vatican, d'après l'Archevêque de Seert. Pourquoi l'Evêque de Diarbékir a grande compassion des restes d'Israël. De quelle manière beaucoup de juifs orientaux excusent leur ignorance. Magnanime pensée de l'Archevêque d'Edesse. Irréfutable conclusion que l'Archevêque de Salmas en Perse tire de notre Postulatum couvert de signatures. Rigorisme des juifs de Téhéran. — IV. Touchant accueil du Patriarche Chaldéen : il nous rappelle notre grandpère paternel qui vécut jusqu'à l'âge de 104 ans, de bonne foi dans la religion juive. Un angélique interprète auprès du Patriarche. Le tombeau du prophète Nahum et les restes des dix tribus dans le Kourdistan. Préjugés tyranniques des castes qui empêchent les conversions. Surprises de l'Evêque Chaldéen de Mossoul devant notre propre conversion et à la lecture de notre Postulatum.

Ce n'est pas sans émotion que nous avons abordé les prélats qui résident dans les territoires où Israël, lorsqu'il était le peuple de Dieu, recevait les bénédictions du ciel en même temps qu'il était, pour le reste de la terre, le porteur

de la vraie religion. Ces régions se dénomment : les pays parcourus par les patriarches Abraham, Isaac et Jacob ; le territoire palestinien proprement dit ; les contrées où furent emmenées captives les dix tribus.

Qu'on nous pardonne notre émotion : il nous semblait, en entrant dans les demeures de ces prélats et en recevant leur bienveillant accueil, respirer un parfum apporté des pays de nos ancêtres, du pays natal !

L'archevêque de Mossoul, Babylone, Alep, également patriarche d'Antioche pour le rite syrien (Mgr Benham- Benni). — Nous n'oublierons jamais son paternel et précieux accueil et avec quelle patience il nous a fourni les renseignements suivants : La maison d'Abraham à Hur Chaldaeorum, c'est-à-dire à Orpha à côté d'Haran, est aujourd'hui une mosquée. Abraham avait placé sa maison au bord d'une fontaine ou cours d'eau pour abreuver ses troupeaux. La fontaine est toujours là, coulante, vive, où se meuvent des poissons qui se sont multipliés, dit- on, depuis le temps d'Abraham. Les habitants et les visiteurs vont leur jeter du pain en l'honneur du Patriarche. Il n'est pas permis de les toucher, encore moins de les prendre. Des infractions sont commises par les voyageurs. Prenez garde, leur dit- on, si les Turcs vous voyaient ils vous feraient payer cher cette profanation, à coups de bâton.

Il nous a semblé intéressant de rapporter l'appréciation du digne archevêque sur le fruit du paradis terrestre. « C'est bien la pomme qui devait être le fruit défendu du paradis terrestre et non la pêche. Les pommes sont exceptionnellement belles et suaves en Orient : elles sont attrayantes à voir sur l'arbre, d'un côté un rouge incarnat, de l'autre, un

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jaune comme de For, et d'une odeur exquise, en sorte que tous les sens, la vue, l'odorat, le goût sont satisfaits. Le fruit de l'épreuve devait, assurément, contenter tous les sens. La pêche, assez belle à voir, n'a aucune odeur. l'Ecriture ne dit point qu'Eve sépara en deux l'un des fruits, mais simplement qu'elle en donna. Enfin le mot pomme n'est pas générique dans les langues orientales, comme dans la langue latine, ou dans les langues occidentales, il n'indique que la pomme.

Le prélat accompagna sa savante dissertation de cette courtoisie : « Quand vous viendrez à Bagdad, veuillez ne descendre nulle part qu'à l'archevêché syrien ; bien plus, dès que vous mettrez le pied sur la terre de l'Orient, tous les évêchés syriens seront votre demeure ; ne promettez à aucun autre rite. Nous vous offrons cette hospitalité en l'honneur de votre belle cause. »

Le bon archevêque termina sa conversation si intéressante par le récit d'une coutume touchante des Juifs de Babylone ou Bagdad. Ils attendent, hélas! toujours le Messie. Tous ceux qui ont de la fortune, ordonnent à leurs enfants de transporter leurs restes dans la vallée de Josaphat, où le Messie viendra juger les vivants et les morts. C'est pour eux le plus grand bonheur que de pouvoir reposer à l'ombre de la muraille du Temple, ruines eux-mêmes à côté de la grande ruine.

L'archevêque de Seert, en Mésopotamie (Mgr Michel Bartatar). — Il nous dit avec animation: «Les Israélites sont les premiers à avoir le droit d'être appelés par le Concile. Oui, il faut aller à ces pauvres brebis, avant toutes celles qui se sont perdues dans d'autres montagnes, parce que Jésus-Christ a pensé : ite potius ad oi^es, quœ perierunt domus

Israël, et puis saint Paul: aux Juifs d' abord, puis seulement après aux Grecs, aux Samaritains. Oh ! ce retour, quand il s'acomplira, ce sera l'acte le plus fortuné pour l'Eglise de Dieu. Il la consolera de toutes les tristesses de mort qui nous accablent... Ne nous remerciez pas, mes amis, c'est à nous à vous remercier. »

L'évêque de Diarbékir, en Mésopotamie (Mgr Jacques Bathiarian). — « Je donne ma signature avec d'autant plus d'empressement que je possède proprement le pays d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, l'ancienne Mésopotamie ». Il ajouta : « Les Israélites me regardent comme leur grand ami, parce que je les protège contre les Turcs. Elles sont rares les conversions parmi eux, et la cause en est l'ignorance dont ils se font une arme. « Nous ne pouvons rien te répondre, disent-ils aux missionnaires catholiques, car nous sommes ignorants ; mais si nous étions instruits, nous te répondrions, car nous savons que notre religion est vraie. »

L'archevêque d'Edesse, en Mésopotamie, résidant à Rome (Mgr Cardoni). — « Je m' applaudis de pouvoir vous donner ma signature. Lors même qu'une seule âme de ce peuple se convertirait à Jésus- Christ, nous aurions obtenu un grand résultat. Vous êtes Israélites et Français, deux titres que je vénère : la France est le cœur de l'Europe; on aura beau presser sur ce cœur, il restera catholique. »

L'archevêque de Salmas en Perse (Mgr Agostino Barshino). — (( Votre livre de signatures est le plus beau témoignage que le catholicisme est la vraie religion, car c'est l'univers entier, représenté dans les évêques de toutes les parties du monde, qui vient affirmer que le Messie est venu. Nous n'aurions pas fait mille lieues pour venir dire un mensonge. )) Sa Grandeur nous fournit les renseignements suivants : « Le Juifs sont surtout nombreux à Téhéran et assez riches ; ils vont de village en village vendre des étoffes,

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portant leur charge sur le dos. Ils professent un tel rigorisme qu'ils se garderaient bien de manger du pain cuit par les chrétiens. »

Le Patriarche des Chaldéens (Mgr Audu), sa résidence est à Mossoul. Bagdad et Babylone dépendent de sa juridiction.

Quelle belle figure, quel air de sainteté calme et profonde ! il était assis à l'orientale; par son visage et ses manières, il nous a rappelé notre grand- père paternel, le père Lévi, qui a vécu jusqu'à 104 ans, de très bonne foi dans la religion juive. Nous le lui avons dit, il était ému et nous aussi. Lorsque notre interprète lui a exposé pourquoi nous venions à Rome, notre origine jumelle, nos travaux, notre désir d'obtenir un vœu du Concile, et sa propre signature, un épanouissement de bonheur et de tendresse s'exprima sur son beau visage et il nous fit dire : « Je prierai toujours pour vous et pour votre sainte entreprise. . » Quel moment ! avec quelle effusion nous avons embrassé ses mains! Quand nous lui dîmes adieu, il fît cette exclamation à notre interprète : « Je désire que vous me les rapportiez plusieurs fois », charmante expression chaldéenne, que nous n'oublierons jamais.

Notre interprète auprès du vénérable Patriarche, était le bon Père Ligier, dominicain. Avec sa robe blanche, il fut vraiment notre ange auprès des évêques chaldéens. De notre conversation avec le Patriarche, il retint et nous dicta les détails suivants : le Patriarche est née à Alkoche, village peu distant de Mossoul, où se trouve le tombeau du prophète Nahum. C'est là que sont les restes des dix tribus. Ce tombeau en est une preuve ; en outre la tradition, conservée pieusement parmi ces Juifs en est un témoignage ;

enfin, une dernière preuve est comme incrustée dans les noms qu'ils adoptent. En effet, ils ne se nomment pas, comme dans les pays palestiniens et occidentaux Lévi, David, Salomon, mais Aser, Naftali qui est une provenance de Nephtali. Chose singulière, le bon Patriarche Audu prétend descendre de la famille de Nahum, d'être d'origine juive ; il se nomme avec complaisance le fils des patriarches.

L'évêque chaldéen de Mossoul (Mgr Raja). — Nous rencontrâmes auprès de cet évêque le Père Lemé qui nous fournit des détails curieux sur les Juifs du Kourdistan, pays où le régime des castes est si tenace qu'il n'est pas permis de passer d'une caste à l'autre ; un mahométan doit rester mahométan, un grec doit rester grec ; un juif doit rester juif; un nestorien rester nestorien, un syrien rester syrien. La conséquence de cette tyrannie est qu'un dominicain d'origine juive, et précédemment nommé Lévy, cache soigneusement son origine juive; ses confrères mêmes l'ignorent.

Ce qui précède explique l'étonnement de Mgr Raja et son émotion lorsque admis en sa présence avec le Père Ligier, il apprit qui nous étions et pourquoi nous venions. « Des Juifs vraiment convertis ! dit- il au Père Ligier, je ne m'attendais pas en venant à Rome, trouver des Juifs semblablement convertis et une question semblable. Quelle surprise! que n'avons- nous pas à espérer de la Providence! Oh ! oui. Messieurs, je vous donnerai avec bonheur ma signature. ))

« Vous êtes un phénomène pour eux », nous dit en sortant le Père Ligier.

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