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III. Les eues géologiques et les deux conditions

FONDAMENTALES DE LA THÉORIE DE L'ÉVOLUTION. — « ToutCS

les espèces du règne animal dérivent les unes des autres; Texistence des formes intermédiaires est le signe tangible et accusateur de la filiation généalogique. Les transformations des espèces se font à la longue et par degrés insensibles. i> Telle est, en abrégé, la théorie de l'évolution. Les deux conditions fondamentales de la théorie sont les suivantes :

10 II faut que des séries non interrompues de passages enchaînent les uns avec les autres, les espèces,

les genres, les ordres, les classes et les embranchements.

En effet, s'il y avait des hiatus dans les séries intermédiaires, la filiation serait interrompue; la théorie serait infirmée.

2<^ Il faut que toutes les espèces donnent les marques qu'elles ont évolué continûment, dans le temps et dans l'espace.

En effet, si l'on pouvait constater avec certitlide que certaines espèces n*pnt pas évolué dans le temps ni dans l'espace, c'est que l'évolution ne serait pas pour les espèces une nécessité physique, mais une simple contingence. La théorie n'aurait plus de base; elle s'écroulerait.

I. Les HIATUS *. — 1^ // n'y a pas de passage entre un embranchement et un autre embranchement.

Nous avons vu, au chapitre i du livre III, que les quatre plans de structure, lesquels coïncident avec les quatre plans de développement embryogénique sont irréductibles. On a cependant essayé de rattacher Tembranchementdes mollusques à celui des vertébrés par l'intermédiaire des crustacés et des poissons ganoïdes. « C'est en vain, dit M. Gaudry, que Ton voudrait faire dériver les poissons des crustacés. A l'époque actuelle, les poissons ont des cartilages, des os en phosphate et carbonate de chaux; leur vésicule

1. L'énuméralion des hiatus est empruntc'^eauplus éminent représentant du darwinisme modéré en France, à M. Albert Gaudry, dont la loyauté et la sincérité sont dignes de celles de son maître.

ombilicale se cootinuft avec le ventre, tandis que les crustacés ont de la chitine (carbone, hydrogène, oxygène, azote), n'ont pas de cartilages, n'ont pas de phosphate de chaux, et se développent en ayant la vésicule ombilicfile sur le dos *. »

Ces hiatus entre les embranchements imposent donc ' au champ où peut se mouvoir la théorie de l'évolution une première et immense restriction.

2''* Il n'tj n pii^ de passage entre les classes d'un même

« Les fossiles primaires, dit M. Gaudry, ne nous ont pas encore fourni de preuves positives de passage des animaux d'une classe à une autre classe ^. » Or les embranchements des zoophytes et des mollusques étaÎÉ^nt apparus avec toutes leurs classes, et rembranchenienl des articulés avec la plupart des siennes. Iles le Tembranchement des vertébrés.

On espérait qne l'étude des anciens fossiles décèlerait un lien dérivatif entre les reptiles et les poissons, cet espoir a été déçu : « Lorsque j'ai commencé à étudier les reptiles du permien qui, à certains égards, présentent des caractères d'infériorité, je m'attendais, dit xM. Oaudry, à leur trouver des rapports avec les poissons ; mais j'ai constaté tout le contraire ; car ces fossiles, par le développement extrême de leurs membres de devant et de derrière, comme par leur ceinture thoracique et pelvienne, se mon-

i. A, Gaudut, hi^ Enchaînements, page 249, la note. t. A. Gaciuiv^ hii Enchaînements, pago 292.

trent aussi différents que possible des poissons *. »

On a essayé de rattacher les reptiles aux oiseaux, à la suite de la découverte de l'Archéoptéryx dans le calcaire lithographique de Solenhofen, oolithe supérieure. Mais comme l'avoue un fervent partisan du transformisme, M. Edmond Perrier: « Malgré les belles découvertes de ces dernières années, la distance est encore grande entre les dinosauriens et les oiseaux ; plus grande encore entre les mammifères et les formes amphibiennes auxquelles on a essayé de les rattacher ^ »

Quant à la classe des mammifères, ainsi que vient de le dire M. Edmond Perrier, elle est sans lien aucun avec les autres classes de vertébrés ; l'hiatus qui la sépare de la classe la plus rapprochée d'elle, à savoir: celle des oiseaux, est infiniment plus grand que l'hiatus qui sépare Jes trois autres classes Tune de l'autre.

Ces hiatus entre les diverses classes qui composent les quatre embranchements imposent à la théorie de l'évolution une seconde et immense restriction ;

3*^ Ordres qui 71' ont aucun lien avec un autre ordre.

M. Gaudry cite les ordres suivants : l'ordre des chéiroptères, celui desédentés, celui des cétacés, etc.;

ÂP Genres ou animaux qui n'ont les caractères d'aucun animal plus ancien qu'eux.

i. A. Gaudry, les Enchainements, page 292.

2. Ed. Perrier, le Transformisme, page 338. — Darwin écrivait à Lyell, Correspondance, tome II, page 203 : a Je ne puis concevoir la conversion d'un reptile existant quelconque en mammifère. »

M. Gaudry cite les genres ou les animaux suivants : le singe de Saint-Gaudens, à savoir : le fameux dryopithecus; le mastodonte du miocène; le dinothérium; l'hippopotame; le sivathérium et l'helladothérium, girafes ; le paloplothérium, pachyderme, tribu des palœothéroïdes ; le coryphodon, pachyderme, tribu des tapiroïdes; l'hyracothérium, pachyderme, tribu des suiliens ou sangliers ; le] palœonicLis, carnassier, tribu des viverridés ;

50 formes de transition n'affectant qu'une partie des organes.

On rencontre, dit M. Gaudry, des formes de transition qui fournissent d'assez faibles arguments en faveur de la théorie de la filiation des espèces ; je veux parler de celles qui ne sont accusées que sur une partie des organes. Par exemple:

A. L'hipparion a des membres semblables à ceux de l'anchithérium (ongulé à doigts impairs, équidés); mais ses molaires sont différentes ; on ne peut donc pas supposer qu'il descend directement de l'anchichitérium.

B. Le palœoryx (ongulé à doigts pairs, antilopes) se confond par ses cornes avec l'oryx ; mais il s'en distingue par ses molaires : l'oryx ne descend donc pas immédiatement du palœoryx.

G. Le palœoréas (ongulé à doigts pairs, antilopes) a les cornes de Toréas, mais son crâne a une tout autre l'orme ; l'oréas ne descend donc pas immédiatement du palœoréas.

Il est seulement permis d'espérer qu'en découvrant

de nouvelles espèces, on apercevra d'insensibles dégradations qui montreront que ranchithérium se rattache à la même souche qiie l'hipparion ; le palœoryx à la môme souche que Toryx ; le palœoréas à la même souche que Toréas, Mais ces intermédiaires ne sont pas connus ; jusqu'à ce qu'on les ait trouvés, on n'a pas le droit de proclamer une communauté d'origine *. »

6» Lacunes dans les séries où les formes intermédiaires sont le' plus continues.

M. Gaudry a dressé plusieurs tableaux qui montrent Texistence de liens étroits entre un grand nombre d'animaux d'époques consécutives. L'une des séries aboutit aux hyènes modernes; une autre aux éléphants; une troisième aux rhinocéros ; une quatrième aux chevaux. Ces quatre série? sont assurément celles où les formes intermédiaires sont le plus continues. Cependant, même dans ces tableaux, il y a des lacunes ; M. Gaudry les énumère longuement, avec une grande probité scientifique; sa conclusion est la suivante : « Il résulte de là qu'on ne peut démontrer d'une manière positive que ces espèces sont descendues les unes des autres ^ »

IL La non-évolution de certaines espèces, — Du commencement de l'ère géologique jusqu'à l'époque moderne, il s'est écoulé 20 millions d'années d'après l'estimation des physiciens, ou 100 millions d'années

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