SUR UN GRITERIUM PROPRE A ETABLIR UNE HIÉRARGHÉ: ENTRE LES VEGETAUX
Pour établir une hiérarchie entre les animaux, on a un bon critérium, c'est l'homme lui-môme avec ses appareils organiques différenciés et circonscrits, avec ses fonctions à la fois indépendantes et solidaires Tune de l'autre, enfin avec ses facultés intellectuelles. Mais si excellent que soit ce critérium, les difficultés s'accumulent dès qu'on a franchi les limites de l'embranchement des vertébrés. Gomme la faiblesse de la mémoire humaine impose la nécessité méthodique de prendre un seul même caractère pour classer les animaux en embranchements (et ce caractère c'est le système nerveux), il en résulte des interversions fatales dans Tordre oiî devraient être rangés certains animaux d'après la perfection et la supériorité d'autres appareils fonctionnels. Aussi à part l'embranchement des vertébrés est-il impossible de placer les embran-
chements invertébrés les uns au-dessus des autres en ligne continue; bref, le règne animal serait mieux représenté sous la forme d'un arbre dont les branches correspondraient à des séries partielles, formées chacune par le perfectionnement ou par la modification d'un type spécial.
Pour établir une hiérarchie entre les végétaux, un critérium aussi sûr que le critérium humain fait défaut. Des trois facteurs de celui-ci, on doit rayer le plus important peut-être, à savoir, V intelligence ^, Restent les deux autres, la différenciation et la localisation des appareils organiques, d'une part, et d'autre part, la perfection du travail physiologique, principalement dans le mode de reproduction. Mais ces deux principes, analogues à ceux du critérium zoologique, sont loin d'en avoir la solidité; ne pouvant être rapporté à un type végétal pris pour unité de mesure aussi indiscutable que l'est le type humain pour les animaux, ils sont abandonnés, sans contrôle possible, aux appréciations individuelles des botanistes et surtout aux idées a priori de ceux-ci. En voici un exemple : L'un des plus illustres naturalistes du xix® siècle, Agassiz, est possédé de cette idée platonicienne que le Créateur a fabriqué le monde d'après un plan préconçu et que ce plan préconçu se développe selon la loi du perfectionnement graduel. Il est donc nécessaire que le règne végétal forme une
1 . Voir dans Darwin, Origine des Espèces, page 130, Texcel lente page sur ce sujet.
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série graduelle. « Or, dit-il, si Ton place les gymnospermes au rang des dicotylédonées, il est impossible de découvrir une relation entre le rang hiérarchique des plantes vivantes et Tordre de succession de leurs représentants dans les âges passés. Au contraire, si Ton apprécie à leur valeur les -Véritables affinités des gymnospermes avec les fougères, les équisétacées et spécialement avec les lycopodiacées, on voit immédiatement que les végétaux ont été introduits sur la terre suivant un ordre qui coïncide avec le rang de leurs divisions primaires dans l'échelle des complications de structure. Avec leur fleurs imparfaites, avec leurs carpelles nus supportant sur Taxe des graines polyembryoniques, les gymnospermes sont plm voû sines des acrophytes ananthérées (cryptogames vascu laires), aux spores innombrables, que des monocotylo douées ou des dicotylédonées- Si donc le règne végétai forme une série graduelle commençant aux cryptogames et se continuant par les gymnospermes pour finir aux monocotylées et aux dicotylées; cette série n'offret-elle pas une coïncidence remarquable avec Tordre de succession suivante : Les cryptogames dans les plus anciennes formations, spécialement les fougères, les équisétacées et les lycopodiacées de la période carbonifère ; après cela, les gymnospermes dans le trias et le terrain jurassique ; ensuite les monocotylées de la même formation, et enfin les dicotylées, qui se développent plus tard. Ici donc, comme partout, il y a un ordre, un plan dans la nature*. » Qu'on se reporte 4. Agassiz, De V Espèce en zoologie, page 175.
au paragraphe consacré aux plans de structure générale * ; comparez le plan des gymnospermes, d'abord à celui des cryptogames vasculaires ou cellulaires, puisa celui Mes monocotylédones ; ajoutez à cela ce fait capital, à savoir, que l'agent de la fécondation chez les cryptogames vasculaires est un anthérozoïde cilié, doué de locomotilité, tandis que l'agent fécondateur chez les gymnospermes est un grain poUinîque sans cils et dénué de toute faculté locomotrice ; enfin, après cet examen de différences inconciliahles entre les gymnospermes et les cryptogames, constatez que les gymnospermes sont construites sur le même plan que les dicotylées, sauf que leurs vaisseaux sont incomplets et leur ovule nu ; alors vous apparaîtra nettement quel voile épais peut s'étendre sur les yeux du savant le plus sincère quand il a eu rimprudence de se laisser envahir par une idée a vriori '.
En prenant pour critérium \d^ différenciation et la^ variété des tissus, la localisation des organes et les