‹ La cause première d'après les données expérimentalesChapitre 32 sur 197 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

PRËLlMIXAlilES

L II faut distinguer la cause efficiente de la cause

FINALE ; la cause EFFICIENTE EST CE QUI PRODUIT QUELQUE CHOSE ; LA CAUSE FINALE EST LE BUT POURSUIVI AVEC PRÉOR- DINATION DES MOYENS POUR ATTEINDRE LE BUT. — Il importe de ne pas confondre la cause finale, soit avec la cause efficiente, soit avec un résultat, un développement logique ou nécessaire. Les exemples suivants mettront la chose en lumière.

1®^ Exemple. Un courant d'air chaud saturé d'humidité règne au-dessus de nos têtee. Survient un courant d'air froid également saturé d'humidité. Les deux courants se mêlent et, par leur mélange, se fondent en une couche d'air uniforme dont la température est moyenne entre ces deux températures composantes. Cette couche d'air, vu sa température, ne peut plus contenir à l'état gazeux la quantité de

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vapeur d'eau conleaun dans les deux courants composants. T/excÉ'S dû vap^^ur se '!ondense alors, passe a l'état liqyide et tombe: c^es^t la pluie. Est-ce que la pluie est le but que i>our£ ni valent les deux courants atinosphériques en se mêlant? Non; elle est simplemcnl le résultat iiéceâsaire de ce mélange. La cause efficiente deU pluie est la rencontre de deux courants humides à température inégale.

:2*' E.rempfe. L'n arcliitecttt fait extraire des carrières un grand nombre de pierres. Ces pierres sont tuitléeSs puis placées l'une sur Tautre : voilà une maison. L'arcliilecte est la cause efficiente de la maison; la maison est le résultat de l'extraclion des pierres, de leur taille et de leur disposition symétrique. Mais tlh est aussi un but. il-av e est pour la construire que Tarchitecte a fait extraire et sculpter les pierres; quMl ks a fait disposer dans un or^ire qu'il avait médité et préétabli. La maison est hi cause finale du groupement des pierres.

Ainsij la cause finale n'est pas un simple résultat, développement logique de conditions déterminées; elle est, de plus, un but poutvsnivi, un résultat obtenu en vertu d'une préordination voulue.

Comme eorollaii'ej il s'ensuit qu'un môme fait pourra être, tantôt un simple résultat^ tantôt une cause finale, fîelon les cunditiuns dans lesquelles il sera produit.

3*^ Exemple. La cause efficiente de la fermentation du vin est un'végëtal, la levure (saccharomyces vini)^ qui tire sa nourriture du sucre contenu dans le rai-

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sin ; le résultat principal de la fermentation viniquc est la production de ralcool.

Mais si je prépare une liqueur renfermant les éléments que contient le grain de raisin; et si dans cette liqueur, à la température convenable, je dépose une petite quantité de levure, je suis certain que la levure décomposera le sucre et que je recueillerai de Talcool, à la fin de l'expérience. L'alcool est non seulement le résultat nécessaire de la fermentation, mais il en est encore la cau^e finale ; car c'est en vue d'obtenir cet alcool que j'ai préordonné les conditions de sa production.

Ces trois exemples montrent clairement ce qui distingue la cause finale, soit de la cause efficiente, soit d'un simple résultat ou d'un développement nécessaire. Ce qui caractérise la cause finale, c'est le but poursuivi, c'est la préordination de tous les moyens propres à atteindre ce but.

Tant qu'il s'agit d'ouvrages humains, on peut assez facilement distinguer si, dans le résultat obtenu, il y a eu but poursuivi et préordinalion des moyens. Il n'en est plus.de même lorsqu'il s'agit des faits naturels : rien n'est plus difficile que de démêler si le fait est un simple résultat, le développement nécessaire d'un fait antérieur ou s'il est un résultat voula avec préordination des moyens.

II. L'idée de cause efficiente est essentielle a l'esprit humain, c'est donc un principe, celui de causalité; LA NOTION DE CAUSE FINALE s' ACQUIERT PAR INDUCTION, ELLE n'est DONC PAS UN PRINCIPE, c'eST UNE LOI. — L'CS-

prit humain est ainsi fait qu'il lui est impossible de ne pas assigner une cause efficiente à tout phénomène qui commence : c'est le principe de causalité.

Mais si l'esprit humain croit reconnaître que maintes choses ont été créées en vue d'un but, il est certain que pour le plus grand nombre des choses, non seulement l'esprit humain ne saisit pas le but, mais il lui est même impossible de concevoir que ces choses puissent avoir un but. 11 résulte de là que l'esprit ne s'élève à la conception de la cause finale que par induction ; c'est-à-dire qu'ayant remarqué que nombre de choses ont été créées en vue d'un but, il en induit que toutes les choses ont été créées en vue d'un but. La cause finale, par cela qu'elle est une induction, est une loi et non un principe.

Ainsi, même pour quiconque admet les causes finales, celles-ci ne peuvent être un principe; elles ne sont donc pas essentielles à l'esprit humain. Or il en est tout autrement de la cause efficiente ; elle est inséparablement liée au principe de causalité.

III. Le problème des causes finales embrasse trois points: 1® la structure générale des êtres; 2^ le rapport des organes avec les fonctions; 3** les rapports des êtres entre eux. — La distinction entre la cause efficiente et la cause finale étant bien établie, nous pouvons aborder l'étude de la Nature relativement au problème des causes finales.

Les êtres naturels peuvent être considérés- à trois -points de vue :

10 Au point de vue de la structure générale des corps;

20 Au point de vue des rapports de chaque organe avec sa fonction ;

30 Au point de vue des rapports que les êtres ont entre eux.

Tels sont les trois points que comprend le problème des causes finales.

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