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I. LES TECTIFORMES DE FONT-DE-GAUME

M. E. Rivière, dans la grotte de La Mouthe, a signalé une singulière figure peinte en noir et rouge comme susceptible de représenter une hutte de trois quarts. Cette interprétation, qui reste encore plausible sans avoir beaucoup gagné en évidence, est la première mention que l’on puisse indiquer d’une image de hutte dans les grottes ornées.

Nos découvertes de Font-de-Gaume et des Combarelles nous ont mis en présence de toute une série de gravures et de peintures plus nettes assurément comme signification.

Fic.

générale, Félin ?

profondes au pied de la muraille de droite, sous les Bisons nos : e de Carnassier ? Tectiforme à contours arrondis, avec cheminé

40 de la bande Echelle : 1/4.

Dans notre note de Février 1902 à la Revue de l'Ecole d’ Anthropologie (p. 45), nous figurions les premiers, calqués aux Combarelles, nous les avions qualifiés de « signes tectiformes » ; signes, parce que les figures, à forme géométrique, contrastaient avec les images naturalistes habituelles ; fectiformes, parce que ces images évoquaient naturellement la charpente d'un toit ou d’une hutte. Nous posions la question de savoir s'ils avaient une valeur purement figurative, ou bien si leur présence, associée à celle d'animaux, était susceptible d’être interprétée comme symbolique de quelque idée, de quelque relation mystérieuse.

Leur association souvent par paire, leur apposition sur les flancs d’un grand

Bison de Font-de-Gaume /Reyue de l'Ecole, Juillet 1902) semblait appeler une explication plus ou moins rituelle. En Juin 1903, à la suite de la découverte, à Bernifal,

F1G. 215. — Gravure (croquis d’une) incisée dans une niche de la paroi gauche, pouvant représenter une hutte en forme de calotte sphérique ? Il y a plusieurs autres ronds à l’intérieur, peu visibles (Voir photographie, pl. L).

de nombreux signes analogues gravés, et superposés curieusement à des Mammouths, nous posons à nouveau la question de savoir s'il n'y a pas dans cette association une action voulue, et comme une prise de possession magique des animaux marqués

FiG. 216. — Figures tectiformes gravées à gauche, dans l’antichambre du Rubicon. Echelle : un quart

(Voir pl. XLVIII, no 5.)

de ce signe de la maison, de la hutte ; nous les comparons aux huttes des Eskimos et des Turkmènes {Revue de l'Ecole, 1903, p. 208).

Au mois de Février 1903, M. A. de Mortillet {L'Homme Préhistorique, 1903, p. 43 et seq.) plaisanta notre terme si juste de «tectiforme » mais pour se rallier aussitôt à la même idée, qu’il crut bon de développer avant de nous en laisser le loisir. ez perfectionnées, où le

Il admet, comme nous, que ce sont des figures de tente, 2 toit surélevé se distingue des parois latérales ; il reconnaît le bout des perches soutenant le toit, réunies en bouquet qui passe le sommet, et à l’intérieur, des peaux rabattues laissant pénétrer la lumière, une entrée ogivale, etc.

Ces huttes lui semblent comparables à celles de Tschuktschis décrites par Nordenskioldj (1), et aussi à celles de la tribu Peau-Rouge des Mandans, observées par Catlin (2).

. — Tectiformes gravés dans la salle des petits Bisons. Echelle : un quart.

Ces indications sont en général peu distinctes de celles que nous admettions, tandis qu'à notre insu M. A. de Mortillet publiait sa note, dont la teneur et l'existence ne sont venues à notre connaissance que très tardivement.

M. le Professeur Hamy, vers la même date, exprimait aussi de son côté la même conviction, dont nous avons réimprimé les termes au Chapitre I. Nous-mêmes présentions au Congrès de l'Association Française de Cherbourg (1903) une note illustrée, intitulée « Les Signes Tectiformes sur les parois de la Grotte de Font-de- Gaume » où nous reprenions les mêmes idées.

1. À. E. Nordenskioldj. Voyage de la Véga autour de l'Asie et de l'Europe. 2. Georges Catlin. The Manners, customs and conditions of the North-American Indians. London

OA NID IOLe

Tout le monde était donc du même avis, nos signes tectiformes représentaient bien des huttes primitives, comme notre qualificatif l’exprimait discrètement dès le

début.

Fic. 218. — Gravure problématique au voisinage des tectiformes précédents.

Ceci étant acquis, notre attention doit se porter sur leurs formes graphiques, considérées en dehors de toute interprétation de détail. On peut en distinguer deux catégories : les uns sont gravés, les autres peints.

Le plus profondément gravé a une forme ovoïde, déprimée du côté de la base ;

Fig. 219. — Tectiforme ? Subcirculaire peint en rouge dans le vestibule du Rubicon.

Echelle : 1/4.

au-dessus du sommet arrondi, deux traits semblent figurer une ouverture en manière de cheminée au sommet du toit. Deux traits, rappelant les deux yeux d'un visage, se trouvent à l'intérieur de l’ellipse asymétrique (fig. 214).

Peut-on rapprocher de cette figure de maison arrondie en dôme une gravure singulière incisée dans une niche semi-circulaire de la paroi gauche (n° 1 de la bande générale ; fig. 215 ; pl. L), cela est assez plausible : il s'agirait alors d’une hutte en forme de demi-sphère comme il n'en manque pas en ethnographie. À Altamira, certaines gravures à traits rayonnants ont permis à MM. Cartailhac et Breuil d'admettre l'hypothèse de

pareilles cases, recouvertes d’herbes sèches probablement.

es autres figures de tectiformes gravées se massent en deux points : d’abord

LES TECTIFORMES DE FONT-DE-GAUME ET LES HUTTES PRIMITIVES. 231 avant le Rubicon, sur la paroi élevée de l’antichambre, derrière la colonne qui s’y trouve. Il y en a trois (fig. 216) : l’un assez grossier, les deux autres très bien formés et fort visibles. Chez ceux-ci, le plancher est fait de deux traits horizontaux, ainsi

F1G. 220. — Tectiforme peint sous le grand Renne. Echelle : un quart (Voir

pl. LXI, no 2).

que les deux appentis du toit ; un triple trait figure le pilier central, qui dépasse le sommet du toit ; à l’intérieur, des traits obliques, par série de trois, se recoupant à

nos

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F1G. 221. — Tectiforme peint en rouge sous le grand Renne. Echelle : un quart (Voir pl. LXI, no 2).

angle droit chez l’un. Enfin, des traits peu réguliers rejoignent, comme des parois, € les bords du toit aux extrémités du plancher.

En association intime avec ces trois « maisonnettes » se trouvent un grand

nombre d'’incisions verticales en séries, les unes longues, tout en bas, les autres plus

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