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ACTE DIXIÈME. I5I

Célestine. Rien n'est impossible àqui le veut bien.

Mélibée. Dis-moi comment.

Célestine. J'y ai pensé et je vais vous le dire : entre les portes de votre maison.

Mélibée. Quand?

Célestine. Cette nuit.

Mélibée. Combien je t'aimerai si tu le fais ! Dismoi à quelle heure.

Célestine. A minuit.

Mélibée. Va donc, ma bonne, ma fidèle amie, parle à ce seigneur, qu'il vienne sans bruit, et s'il le veut bien, nous nous rencontrerons où tu as dit et à l'heure que tu as indiquée.

Célestine. Adieu, car voici votre mère. (Elle sort.)

Mélibée. Amie Lucrèce, ma fidèle suivante, ma zélée confidente, tu as vu que je n'ai pu faire autrement. L'amour de ce cavalier m'a captivée; au nom de Dieu, je t'en conjure, que tout cela reste sous le sceau du secret, afin que je puisse jouir sans inquiétude d'un bonheur aussi parfait. Je te serai aussi reconnaissante que le méritent tes fidèles services.

Lucrèce. Madame, je me suis aperçue de ce que vous éprouviez bien avant ce jour, et j'ai prévu d'avance ce que vous désiriez. J'ai ressenti une vive peine de vous voir ainsi en péril. Plus vous cherchiez à étouffer et à cacher à ma vue la flamme qui vous consumait, plus il m'était facile de la reconnaître à la couleur de votre visage, aux battements de votre cœur, à l'agitation de vos membres, à votre peu d'appétit, à vos continuelles insomnies. A chaque instant vous laissiez échapper comme de vos mains les preuves les plus évidentes de votre peine. Mais lorsqu'un désir que rien ne peut contraindre s'empare de la volonté des maîtres, les serviteurs ne peuvent qu'obéir avec empressement et ne doivent pas essayer des conseils inutiles. Je me soumettais donc, quoique avec peine,

je me taisais par crainte, je dissimulais par fidélité; et, en vérité, un conseil donné avec fermeté eût mieux valu qu'une plate flatterie. Mais puisque votre grâce ne veut d'autre remède qu'aimer et mourir, il est fort raisonnable qu'elle agisse selon les dispositions de son cœur.

Alisa. Que viens-tu faire ici chaque jour, voisine?

Célestine. Madame, il manquait hier un peu de fil pour compléter le poids, et je suis venue l'apporter ; j'ai donné ma parole, je devais la tenir, et maintenant je m'en vais. Dieu soit avec vous!

Alisa. Qu'il t'accompagne !

Alisa. Mélibée, ma fille, que voulait la vieille?

Mélibée. Me vendre un peu de fard.

Alisa. Je crois cela plutôt que ce que me disait la mauvaise sorcière. Elle a pensé que cela me ferait de la peine, et elle a menti. Méfie-toi d'elle, ma fille, c'est une grande traîtresse; le voleur rôde toujours autour des riches demeures. Avec ses trahisons, ses fausses marchandises, elle sait corrompre les meilleures intentions, elle perd les réputations; si elle entre une fois dans un logis, elle y fait naître le soupçon.

Lucrèce. Notre maîtresse y avise un peu tard.

Alisa. Par amour pour moi, ma fille, si elle revient ici sans que je la voie, ne la reçois pas bien et ne lui souhaite pas la bienvenue. Cherche ta réponse dans ton honnêteté, et jamais elle ne reviendra; la véritable vertu est plus redoutable que l'épée.

Mélibée. Est-ce ainsi qu'elle agit? Je ne la verrai plus. Je suis ravie, ma mère, d'être prévenue et de savoir de qui je dois me garder.

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