PREFACE XVII
biographes gardent le silence sur sa vie et ses écrits; on le croit auteur de ce premier acte, mais on ne peut l'affirmer. C'est ce que dit Moratin dans son Catalogue historique : «Cela n'est pas suffisamment prouvé. »
Je pense au contraire que Fernando de Rojas, auteur des vingt derniers actes de la Cèlestine, le fut aussi du premier. Mais où serait le motif du secret qu'il a gardé ? Pourquoi, dès qu'il se reconnaît continuateur d'une œuvre, ne dirait-il pas aussi bien qu'il l'a entièrement conçue ? Pourquoi, dès qu'il avoue vingt actes, n'avouerait-il pas aussi bien l'œuvre elle-même ? La réponse à ces questions me semble facile.
Rojas a déclaré que ses devoirs, ses occupations étaient entièrement opposés à un travail comme la C'elestine ; il avait trouvé dans ces motifs une raison suffisante du silence qu'il avait gardé pendant dix ans \ Il pouvait être excusable comme continuateur ; il n'avait pas à avouer l'idée première ; il recueillait une œuvre abandonnée, un écrit dont tous admiraient la profondeur, Je talent, l'utilité même2. Ainsi il abritait derrière un titre de collaborateur, de continuateur, certains remords que l'Eglise eût pu faire naître chez l'écri-
1 . Ce motif, il l'attribue lui-même à son devancier supposé : « Et cependant, dans la crainte des détracteurs et des a mauvaises langues, qui savent mieux blâmer qu'imiter, il « voulut cacher son nom. » Cette phrase, qui se trouve dans la préface de Rojas, ne peut-elle être prise comme une allusion directe à la position qu'il s'est faite ?
2. Moratin, et après lui don Léon Amarita, auteur de l'édition moderne de 1822, ont écrit que Rojas ne consacra a ce travail que quin%e jours de vacances, qui, ajoute Moratin, ne pouvaient être mieux employés.
Il importe de relever l'erreur à laquelle ces deux écrivains se sont laissé entraîner j quelques jours de plus n'ôteront rien