ACTE DIX-SEPTIEME. 20Ç
de temps pour parler; je voulais te demander si Sosie était venu.
Areusa. Il n'est pas venu; nous causerons après. Quels coups on frappe ! Je vais ouvrir ; c'est un fou ou un habitué. Qui est là?
Sosie. Ouvrez-moi, madame, je suis Sosie, serviteur de Calixte.
Areusa. Par les saints du paradis, quand on parle du loup... Cache-toi, sœur, derrière ce paravent119, et tu verras comme je vais te le gonfler de vent et de flatteries, de telle manière qu'il puisse penser en me quittant qu'il est bien lui et non un autre. Je vais lui arracher du jabot, avec mes caresses, ses affaires et celles des autres, comme il ôte la poussière de ses chevaux avec son étrille...
Est-ce bien mon Sosie, mon secret ami, celui que j'aime tant sans qu'il le sache, celui que sa bonne réputation me donne le désir de connaître, cet homme si attaché à ses compagnons, si fidèle à son maître ? Je veux t'embrasser, mon amour, et maintenant que je te vois, je crois qu'il y a en toi plus de qualités qu on ne me disait. Viens, entrons nous asseoir ; je suis heureuse de te voir, tu as quelque chose du pauvre Parmeno. C'est aujourd'hui un jour de bonheur puisque tu viens me visiter. Dis-moi, ami, me connaissais-tu déjà?
Sosie. Madame, ta réputation de gentillesse, de grâces et de savoir est si haute en cette ville que tu ne dois pas être surprise d'être plus connue de moi que tu ne me connais. On ne peut parler d'une belle femme sans se souvenir de toi avant toutes celles qui sont belles.
Élicie, à part. Oh ! le pauvre fils de putain, comme il se déniaise! Quel changement pour qui l'a vu mener boire ses chevaux, perché sur leur dos et les jambes écartées, vêtu d'une mauvaise casaque ! Maintenant que le voilà avec des chausses et une cape, les plumes et la langue lui viennent.
2IO LA CÉLÈSTINE,
Areusa, à Sosie, Je serais confuse de ce que tu me dis et de t'entendre te moquer de moi de la sorte, si quelqu'un était devant nous. Vous autres hommes, vous avez toujours provision de ces discours, de ces trompeuses louanges, que vous débitez à toutes indistinctement et que vous faites au même moule ; aussi je ne veux pas m'en effrayer. Mais je t'assure, Sosie, que tu n'as pas besoin d'employer de tels moyens: je t'aime sans que tu me nattes ; sans que tu cherches à me gagner, je suis déjà toute à toi. Je t'ai fait prier de me venir voir pour deux choses, et je ne te les dirai pas, bien qu'elles soient dans ton intérêt, si tu fais encore le flatteur et le câlin.
Sosie. Ma douce amie, Dieu ne veuille pas que j'agisse de ruse avec toi ! Je venais sans croire à la grande faveur que tu veux m' accorder et que tu m'accordes ; je ne me sentais pas digne de te déchausser. Guide toi- même ma langue, réponds pour moi à tes paroles, je souscris d'avance à tout.
Areusa. Mon amour, tu sais combien j'aimais Parmeno, et comme on dit : t Qui aime Bertrand... Ii0 » j'aime tout ce qui lui a appartenu, tous ses amis me plaisent : je m'intéressais comme lui au bon service de son maître ; partout où il voyait du tort pour Galixte, je cherchais à l'éloigner. Puisqu'il en est ainsi, je voulais te dire d'abord tout l'amour que je te porte 5 tu me réjouiras toujours en venant me voir, et en cela tu ne perdras rien si je puis ; il y aura plutôt profit et avantage pour toi. Ensuite, puisque je porte sur toi mon amitié, mes regards et mon bon vouloir, je te conseille de te garder des dangers et surtout de ne découvrir ton secret à personne. Tu vois combien ce qu'a su Gélestine a été fatal à Parmeno et à Sempronio ; je ne voudrais pas te voir mourir aussi tristement que ton compagnon ; j'ai bien assez d'en avoir pleuré un.
Tu sauras donc qu'il est venu chez moi une personne qui m'a dit que tu lui avais découvert les