‹ La CélestineChapitre 81 sur 179 · ACTE SIXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE SIXIÈME

O nouvel amant de la belle Mélibée ! De quelle manière payerez-vous la vieille qui a risqué aujourd'hui sa vie pour votre service ? Quelle femme s'est jamais vue dans une position aussi critique que la mienne ? Quand j'y pense, le sang abandonne mes veines. J'aurais donné ma vie pour moins que je ne céderais maintenant cette mante vieille et usée.

Parmeno, à part. Tu prêches pour toi, tu trouves toujours moyen de glisser tes intérêts au milieu de ceux des autres 65. Tu as monté un échelon, tout à l'heure je t'attends à la robe. Tout pour toi et rien de ce qui peut se partager. Elle veut faire son paquet, la vieille. Tu me forceras à être franc, et tu rendras mon maître fou. Laisse-la dire, Sempronio, et tu verras qu'elle ne demandera pas de l'argent, parce qu'il est trop facile à partager.

Sempronio. Tais-toi, imprudent; si Calixte t'entend, il te tuera.

Calixte. Ma mère, abrège tes discours ou bien prends cette épée et tue-moi.

Parmeno, à part. Le diable tremble comme s'il avait des convulsions; il ne peut pas tenir sur ses pieds; il voudrait lui prêter sa langue pour qu'elle parlât plus vite. Sa vie ne sera pas longue, nous gagnerons un deuil à ces amours.

Célestine. Votre épée, seigneur, que voulez-vous dire? Qu'une méchante épée tue vos ennemis et quiconque ne vous aime pas; je viens vous rendre à la vie et vous faire part du bon espoir que j'ai reçu de celle que vous chérissez le plus.

Calixte. Bon espoir, ma mère?

Célestine. On peut l'appeler bon, puisque la porte reste ouverte pour mon retour ; on me recevra plutôt moi avec cette robe trouée, qu'une autre avec des vêtements de soie et de brocart.

Parmeno, à part. Sempronio, couds-moi la bouche, je n'y puis tenir, voilà la robe qui y passe.

Sempronio. Te tairas- tu, pour Dieu, ou je t'envoie au diable ! Elle a raison si elle passe la revue de ses vêtements, puisqu'elle en a besoin. De ce qu'il chante, le curé s'alimente.

Parmeno. Et il est nourri comme il chante ; mais cette vieille horreur voudrait changer tout son vieux poil, pour trois pas qu'elle a faits en un jour, quand en cinquante ans elle n'a rien pu gagner !

Sempronio. Est-ce là la reconnaissance que tu portes à celle qui t'a élevé ? Sont-ce là les conseils qu'elle t'a donnés?

Parmeno. Je permettrai bien qu'elle demande et qu'elle plume, mais non pas pour elle seule.

Sempronio. Elle n'a pas d'autre défaut qu'une extrême avidité; mais laisse-la faire, qu'elle garnisse ses murailles, il faudra bien ensuite qu'elle garnisse les nôtres, ou elle nous connaît bien mal.

Calixte. Dis-moi, au nom de Dieu, ma bonne, que faisait-elle? Gomment est- tu entrée? Quel vêtement avait-elle? Dans quelle partie de la maison Tas-tu trouvée ? Quel accueil te fit-elle dès l'abord ?

Célestine. L'accueil que font les braves taureaux à ceux qui leur lancent les dards dans l'arène; l'accueil que font les sangliers aux limiers qui les mettent aux abois.

Calixte. Et c'est cela que tu appelles des signes de salut? Quels autres donc seraient des signes de mort? Ce ne serait certes pas la mort elle-même, car, dans une telle position, elle apporterait un soulagement à mon tourment, que rien n'égale.

Sempronio, à part. Voilà toute la bravoure de mon maître. Qu'est-ce que cela? Cet homme ne saura-t-il donc pas attendre patiemment ce qu'il a toujours désiré i

Parmeno. Je me tais, moi, Sempronio, et si notre maître t'entend, il te corrigera aussi bien que moi.

Sempronio. Le feu du ciel te brûle ! tu parles pour

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