LBTTRE OU MINISTRE OB LA POLICE AU COMTE DE BÉMUSAT
SUR l'opéra-comique.
Archives nationales, F' 1.
Monsieur le comte, je remarque avec autant de surprise que de regret l'extrême négligence que plusieurs théâtres apportent à la représentation des ouvrages qui devraient exciter le plus de zèle: celui de TOpéra-Comique, notamment, semble affecter d'accompagner les pièces composées sur le grand événement que là France entière célèbre, de ce qu'il y a de plus repoussant dans son répertoire. Je suis informé qu'il retarde d'un jour à l'autre, et sous les plus frivoles prétextes, la représentation dun second ouvrage sur le môme sujet, comme si des acteurs comblés des bienfaits de leur Souverain, honorés de sa protection et du titre de ses pensionnaires, ne devaient pas saisir avec un empressement respectueux de pareilles circonstances pour multiplier leurs études et faire éclater leur dévouement. Je suis encore très mécontent du peu do choix et du peu de soin qu'on apporte aux représentations du dimanche. Plus ce jour est favorableaux délassements d'une partie du peuple, moins il est permis aux premiei-s sujets des théâtres impériaux de négliger ces plaisirs. Ce n'est qu'en obtenant les sullragesdupublic par leur modestie, leurs efforts et leurs travaux qu'ils peuvent
S'élever jusqu'à mériter les récompenses que Sa Majesté daigne leur accorder.
Je vous serai particulièrement obligé, monsieur le comte, de les rappeler â des devoirs gui ne peuvent être méconnus sans donner lieu à des plaintes graves et multipliées. Il me serait pénible d'avoir à provoquer des punitions, quand je voudrais n'avoir que des récompenses à obtenir pour le zèle et pour le talent.
Recevez, elc. Paris, 10 avril 1811.