DÉFENSE DE RENTRER EN FRANCE
Archives nationales, ibid.
Paris, le 13 fructidor an xiii (31 aoilt 1805).
Le Sénateur Ministre de la Police générale do l'Empire invite M. lo Conseiller d'Etat chargé du 3« arrondissement à* écrire au Préfet du Léman de no point accorder à M»« de
Staël de passeport pour rentrer en France, et de la faire arrêter si elle y entrait sans passeport et sans une autorisation expresse.
RÉPONSE DU CONSEILLER d'ÉTAT AU SUJET DE CETTE MESURE.
Archives nationales, F^ 6331.
Je m'empressai de faire coimaître vos intentions à M. le Préfet du Léman. Ce fonctionnaire m'écrit que M"« de Staël, qui habite le plus souvent Coppet dans le canton de Vaud, à deux lieues de Genève, a toujours eu un logement dans cette ville où elle a, à diverses fois, passé plusieurs mois de suite; que depuis l'an xi, époque où il fut nommé à la Préfecture du Léman, il ne lui a été donné aucun ordre au sujet de cette dame.
M. le Préfet demande maintenant si, d'après Tordre que je viens de lui intimer, il doit interdire à M»« de Staël l'entrée et le séjour de Genève, et la libre circulation de celte ville â Coppet.
. iV. B. — On lit en note de cette lettre : Permis d'aller séjourner à Genève.
LETTRE DB M. DE BARANTE RELATIVE AU DÉPART DE MADAME DB STAËL POUR AUXERRE.
Archives nationales, ibid, Genève, le 20 avril 1806.
Le Préfet du département du Léman à M. le Conseiller d'Etat chargé de la police générale dans le 3« arrondissement de l'Empire :
Monsieur le Conseiller d'État, conformément à votre lettre du 2 brumaire dernier, j'ai l'honneur de vous informer que M»« de Staël est partie hier avec ses deux enfants ; elle est
accompagnée aussi do M. Schlcgel, professeur allemand, qui, depuis deux ou trois ans, est attaché à Téducatiou do ses ûis, auquel j'ai délivré une passe en échange d'un passeport de Weimar^ présenté â cetta Préfecture, il y a près de trois ans
L'intention de M"»'' de Staël est, à ce qu'elle m'a dit, de se rendre près d'Auxerreot à une distance de plus de quarante lieues de Paris. L'autorisation de S. Exe. le Ministre de la Police générale, que vous m'avez fait connaître, no porte d'autre défense que celle de passer par Paris ou de s'approcher de cette capitale plus près que quarante lieues. C'est dans ces termes et avec cette condition expresse que je lui ai donné un passeport pour voyager dans l'intérieur de l'Empire.
Pendant une année presque entière qu'elle vient de passer à Genève ou dans les environs, sa conduite m'a toujours paru très réservée et très circonspecte. Au milieu des événements de la guerre et dans les circonstances qui l'ont précédée, elle n'a manifesté aucun sentiment, aucun vœu contraire à l'intérêt de son pays et à la gloire de nos armes.
En séloignant de cette ville, elle a paru avoir le dessein d'en abandonner pour toujours l'habitation, ce climat convenant mal à la santé de sa ûlle. Elle a annoncé d'ailleurs qu'ayant à discuter de grands intérêts de fortune, elle avait besoin de s'approcher de Paris autant qu'il lui est possible, et qu'on a consenti à, le lui peimettre, pour être plus à portée de correspondre avec ses gens d'affaires et de faire valoir ses réclamations.
J'ai ciu, monsieur le Conseiller d'État, répondre à vos intentions en vous présentant ces détails.
Recevez, etc. Barante.
LETTRE DU PRÉFET DE L'YONNE RELATIVE AU SÉJOUR DE MADAME DE STAËL A VINCELLES.
Archives nationales^ F? 6331.
Auxerre, le 28 avril 1806.
Le Préfet du département de l'Yonne à M. le Conseiller
d'État chargé du 2* arrondissement de la police générale : Monsieur le Conseiller d'État, j'ai Thonneur de vous prévenir que M"« de Staël, arrivant de Coppet avec ses enfants, s'est pi'éscntée à mon audience et m'a donné en communication un passeport pour voyager, avec la condition de se tenir néanmoins dans un rayon de quarante lieues. Elle m'a annoncé, en outre, qu'elle allait s'établir à Vincelles, à trois lieues plus loin qu'Âuxerre, dans une maison appartenant à M. Bidermann, Suisse et banquier, do sorte que dans cette résidence elle est à quarante-trois lieues de Paris. Elle espère beaucoup de la bienveillance de Sa Majesté et de celle de S. Ëxc. le Sénateur Ministre de la Police générale, pour retourner â Paris où, m'a-t-elle dit, de grandes affaires d'intérêts exigent sa présence.
Ja'i l'honneur, etc. R. Labergerie.