‹ La censure sous le premier empire; avec documents inéditsChapitre 197 sur 220 · XLIX · texte numérisé non relu

XLIX

ENVOI OU MANUSCRIT DE L'aLLBAIAGNE A LA POLICE.

Archives nationales, F7 6331.

Bureau d'administration générale.

Envoi du manuscrit de M"« de Staël.

Blois, le 4 octobre 1810.

Le Préfet du département de Loir-et-Cher, baron de l'Empire, membre de la Légion d'honneur,

A S. Exe. le Ministre de la police générale :

Monseigneur, M"«de Staël m'a remis hier le manuscrit de ■son ouvrage sur l'Allemagne * ; j'ai rhounour de vous l'adres- •ser. Elle désire vivement ravoir ce manuscrit quand il ne vous -sera plus nécessaire.

M*^* de Staël sait que' son ouvrage est soumis à l'examen •d'un nouveau censeur; elle attend qu'on lui indique les changements qui seront jugés nécessaires, pour s'y conform'eff. Elle voudrait n'être pas obligée de partir avant que ces changements fussent effeclilé^ct que* vous l'autorisassiez à restera quarante lieues de'i^aris; à' Vendôihe, par exemple, jusqu'à cette époque seulement. Elle annonce toujours la ferme inten-

•L t Le Préfet de Loir-et-Ghër vint me demander mon manuscrit, je lui donnai pour gagner du temps une mauvaise copie qui me reliait et dont il se contenta. » (Dix années d'exil, p. (45.)

tôlO. DOCUMENTS RELATIFS Â MADAME DE STAËL 301

tion do passer aux États-Unis, si elle ne parvient pas à obtenir raudience qu'elle a sollicitée de Sa Majesté, et si dans cette audience elle n'obtient pas son rappel à Paris.

Ce que M»« de Staèl semble craindre par-dessus tout, c'est que son ouvrage paraisse sans que les changements qui pour-^ roiit être demandés soient faits par elle. Elle déclare que, dan» ce cas, elle désavouerait son ouvrage.

M™« de Staël m'a toujours parlé en femme passionnément attachée â la France ; mais je ne puis douter que le plaisir de la célébrité l'occupe au moins autant que ce sentiment, et je siiis tenté de croire que le succès plus grand encore qu'obtiendra son livre, par les circonstances qui viennent de précéder sa publication, la console dans ses contrariétés et même dans la résolution qu'elle s'impose de quitter l'Europe.

Je vous prie d'agréer l'assurance de mon respect,

Corbiguy.

Page 1