FF
Fig. 1. — PLAQUE DE REVÊTEMENT MOSAIÏQUÉE d’un tombeau provenant de Koniah (Anatolie) XIII° siècle. Collection de M. Raymond RŒCHLIN, Paris. — Hauteur : 360 mm; largeur : 715 mm; épaisseur : 32 mm.
L n'est pas en céramographie d'étude plus affachante que celle des céramiques des peuples | musulmans, parce qu'il n'en est pas d'une abondance ef d'une variéfé de décors plus surprenantes. Pendant près d'un millénaire les Musulmans onf vraiment friomphé dans la faïence, dans la Hechnique des émaux colorés dont la richesse, l'éclal, l'harmonie n'ont pas été surpassés; ils onf eu le sens vraiment grandiose du décor où les formes humaines, animales, végétales, el même géométriques ou épigraphiques onf une beauté de stÿlisation décorative qui n'a jamais éfé chez aucun autre peuple égalée. | |
Quand en 1907 je Hentai dans le premier ouvrage d'ensemble qui aïif paru sur ces questions 6) de résumer l'éflaf des connaissances qu'on pouvaif avoir alors de la céramique
orientale, je rencontrai à chaque pas de multiples difficultés d'inferprélations dans l'eXamen des monuments.
En effet les origines sont constamment douteuses ; les objets arrivent sur les marchés de l'Europe, importés par des marchands associés à des fouilleurs locaux dont les indicalions sonf foujours suspectes. Ces fouilles n'ont jamais élé faites d'une façon profonde ni méthodique, en fenanf comple en un journal des lieux fouillés, des couches en profondeur, non plus qu'en opérant un classement rigoureux des débris. Ce sont plufôf des gratlages superficiels, qui n'en ont pas moins fourni d'innombrables fragments de céramiques, dont parfois quelques-uns ont pu suffire à redonner la forme d'une pièce incomplète que ces âpres négociants onf immédialfement fait réfablir par d'adroits restaurateurs.
(1) Gaston Migeon. Manuel d'Art Musulman. 1. Les Arts Plastiques et Industriels. Alpbb. Picard, Editeur, Paris 1907.
En outre, nous ne pouvons faire sur les pièces de céramique orientale, cette riche moisson de documents épigraphiques, que nous onf donnés abondamment les cuivres incrustés d'argent Nous Frouvons constamment sur ces derniers par les inscriptions un nom d'artiste, un nom de lieu, une daïe, ef même quelquefois un nom de souverain ; indications précieures ef suffisamment précises pour localiser ef dafer un monument, mais qui sont infiniment rares sur les pièces de céramique, ef seulement sur quelques céramiques de la Perse.
Devant la variété invraisemblable de céramiques que les fouilles en Orient nous révèlent depuis quelques années, il devient nécessaire d'opérer un classement avec ordre el clarté. Quelque méthode ef quelque prudence qu'on ÿ apporte, on n'en saurait dissimuler le caractère provisoire eF Frop souvent hypothétique.
NE des quesfions les plus obscures à cel égard esF celle des fransilions de la céramique grecque byzantine ou de la céramique sassanide à celle des peuples musulmans. Grâce à des fouilles scientifiques faites à Constantinople, en Crimée, en Asie Mineure, dans les îles de l'E gée, el donf les résullals onf été recueillis par les musées de Constantinople, de Berlin, de Londres, de Pergame, de Priène, nous avons quelque idée de la céramique byzantine : 4) nous n'en avons pas la moindre de la céramique sassanide. Mais en attendant les résulals de fouilles sassanides que nous connaîfrons un jour, je surs convaincu que nous devons avoir vu des céramiques de ces civilisations, maïs que faute d’indicalions précises, nous les avons confondues avec l’ensemble des céramiques musulmanes.
L'une des principales fechniques de la céramique byzantine fuf celle du décor gravé plus ou moins profondément sous la couverte, qui souvent laisse aux Fraïls du dessin un Jéger relief. L'émail de fond est crémeux ou jaunâtre el parfois vert; le décor esl exprimé par du Vert ef du manganèse. C’est fout à fait la technique de deux pièces de céramique dans ces mêmes colorafions ici reproduites (PI 23. (A) Fragment de plaf à décor de canards tenant des grappes dans leurs becs. Collection du D' Fouquet — et PI. 63. Plat à décor d'aigle béraldique. Collection de M. Cb. Vignier), le premier frouvé à Fostat (Vieux Caire), le second en Perse.
Fig. 2. — PETIT VASE Fouilles de Rakka, IX°-XII° siècle. ; Appartient à MM. RALEBDJIAN frères, Par Une seconde question, des plus controversées..
Hauteur : 93 mm; diamètre : 74 mlm.
est celle du décor lustré sur les céramiques orientales.
Sur son antériorité à l'Hégire, il n'y a pas de divergence d'opinions, car il n'existe pas encore
à noîre connaïssance de pièce lustrée qu'on ait pu dire incontestablement byzantine ou sassanide. 2) Wallis. Byÿzantine Ceramic Art. Londres 1 1907.
O. Wulf. Alkbristliche und mittelalterliche bÿzantinische und italienische Bilderke. 1 Berlin 1909. Ebersoll. Catalogue des Poleries Byzantines du Musée de Constantinople. Constantinople 1910.
On ne saurait cependant contester le caracière bien byzantin d'un plaf décoré en reflels d'un prêtre tenant un encensoir (Collection Kélékian, pl. 6 de son catalogue, Paris 1910).
Les avis ne sont pas unanimes sur les origines du décor lustré. Dans le chapitre « Céramique » du Manuel d'Art Musulman, j'avais proposé une ortgine perso-mésopolamienne, Opinion qui a été très vivement comballue dans le Burlington Magazine (Juillet ef Octobre 1907) par M. Bufier, énergique partisan d'une origine ég3plienne. J'y reviens donc, fouf en maintenant ma première bÿpolbèse.
Contre la surprise du persan Nassiri Kosrau de voir des poteries lustrées en Égypte au milieu du x siècle, el contre la citation de Ali de Héral, qui en 1173 aurait visité à Jérusalem el Aksa, rebâtie en 1022- 1027 par le kalife du Caire, décorée de carreaux lustrés, œuvre d'ÆAbdullab, fils d'Hassan du Caire, documents sur lesquels s'appuie M. Butler, il n'en esf pas moins vrai que des faits précis, probants, el des monuments exislanfs sont plus forts que des contradichions dont l'énergie ne masque pas assez la fragilité. — A Rakka, sur l'Eupbrale, des fouilles faites dans un palais, séjour préféré du Kalife Haroun er Rachid, aux premières années du 1X° siècle révèlent de nombreuses céramiques à décor de feuillages d'un brun rouge manganèse lustré (Plat pl. 2, Collection Mutiaux, — Plat, Fig. 3, Collection Gulbenkian).
Ce même lustre, brun manganèse, ce même décor de feuilles ou de mofifs géométriques, sans grande rigueur de dessin, je l'ai constaté fouf récemment encore au mirbab de la mosquée de Kairouan, sur les carreaux de revêtement que les fraditions, appuyées sur les affirmalions des auteurs arabes, attribuent au sullan aglabite, lbrabim IT ibn el Aglab, qui les aurait fait Venir de Bagdad en 242 de l'Hégire (894) — concordance avec RaKka, qui n'était qu'une dépendance de Bagdad. — ET ce même lustre, comme ce même style du décor, se retrouve encore sur des croix de revêtement que le général de Beylié découvrit aux ruines de la Kalaa des Beni Hamma (x1 siècle) en Algérie (Musée d'Alger), ef qui ne furent, un siècle plus lard, qu'une survivance de l'art de Kairouan.
Ce lustre, un peu plus pâle ef plus blond, ou bien plus éclatant et d’un rouge de cuivre, nous le rencontrons sur des débris frouvés à “ Samarra ” (Eupbrate). Missions du général de Beylié, de MM. Sarre ef Herzfeld, de M. Viollet) — à “ Suse ” (Mission de M. de Morgan, Musée du Louvre) — ef dans une fouille d'une ville de la Haute-Égypte, Bebnesse, (un plai,
Fig. 3. — PLAT LUSTRÉ, fouilles de Rakka, IX"-XII° siècle. Collection de M. GULBENKIAN, Paris. — Hauteur : 100 mlm; diamètre : 270 mm.
Musée du Louvre, fig. 5.) Identité de la terre, identité du reflel, même esprit décoralif. La dispersion des trouvailles ne peut ruiner l'idée d'une unique origine, qui sans doute fuF encore perso-mésopotamienne. ET la frouvaille égypfienne, n'en déplaise à M. Butler, vient confirmer une fois de plus l'hypothèse du point de départ perso-mésopolamien, el d'une eXpansion sporadique dans ous les sens, à laquelle n'échappa pas | ’Égyple. C'est d'ailleurs le phénomène constaté dans d'autres branches de l’art musulman : l’art du cuivre incrusté (pour lequel les objets datés par inscriptions font foi) se répandil très vile loin des centres persans de sa primitive origine, ef l’on sait quelle fortune il duf rencontrer dans les akeliers syro-égypliens. Fig. 4. — PROFIL DE LA PETITE COUPE PPDA OO Connie de. "MSN Lee Pure CP Rakka, notons les trouvailles qu'on ÿ ff, ef signalons | la beauté d'un décor simple, grandiose, purement arabe, qui, empruntant ses éléments à léprgraphie, à la faune, à la flore, en a Hiré le parti le plus magnifique. Ce sont des grandes jarres, parfois à épaisse couverte bleue Turquoise monochrôme accidentellement irisée, qui ne sont que la survivance d'un art partbe ef achéménide (Musée du Louvre) ou bien à décor de grande disposition de caractères arabes en coufique fleuri modelés en relief noir ou brun sous la couverte bleue ou blanchâtre vitreuse (pl. 1, 3, 6, 8 Collections Raÿmond Kwcblin, Du Cane Godman, Comtesse de Béarn, Jacques Doucet); une fois ÿ esF apparu un oiseau au milieu des caractères (pl. 12, collection Kouchakji). Cette même grandeur se refrouve dans une plaque de revéfement à inscriplion (pl. 4, collection Mutiaux) et dans la splendide lampe de mosquée avec médaillons ajourés pl. V, collection Tabbagb). — Ce reflet d’un brun de manganèse un peu sourd s'eXalle parfois de quelques touches d'un bleu de cobalt. Vase collection Mufiaux; pl. 7, albarello, collection Mutiaux, pl. 0). Enfin les suprêmes réussites décoratives des ateliers de RakKa, nous sont apparues dans quelques pièces à décors d'animaux, d'une ingéniosité de composition, d'une puissance eF d'une splendeur barmonique de couleurs Telles, qu'il n'ÿ a sans doute à mes ÿeux aucun chef-d'œuvre plus complet de faïence décorée (une vasque avec un aigle à double Fete, un plaFf avec deux paons élirés tête bêche, en décor noir sur fond bleu lurquoise, Collection Kouchakyji pl. 12) — ef un Vase à décor d'aigle à deux fêtes noir sur fond crème rosé (pl. 10, Collection Doucet). Celle pralique du lustre qui en céramique décorée fut une des plus belles réussites des peuples de l'Orient, après s'être développée, comme nous l'avons dif, en Mésopotamie, offrit sans doute les mêmes puissances de diffusion des procédés en Perse dont les civilisations participaient alors si intimement de celles du Rbalifat de Bagdad, ainsi que vers l’ouest en Syrie elen Égypte où la dynastie des Falimiles raÿonnaif alors d'un vif éclaf — ef jusqu'en Espagne où le dernier des Ommiades de Bagdad avait fondé à Cordoue au milieu du vu siècle une dynastie qui ne devait pas durer moins de rois siècles. Qu'élaif la céramique de ces princes Ommiades de Cordoue au 1X° el au X° siècles, sans doute si voisine de celle du bassin antérieur de la Méditerranée ? C'est ce que les fouilles récentes entreprises à Médinet az Zarab, le palais d'Abder Rbhamann 11] aux portes de Cordoue, viennent de nous révéler.
SŸ nous interrogeons les plus anciens objets de céramique arabe frouvés dans le sol du vieux Caire (Fostat), el que nous croyons d'époque fatimite du x* el du x siècles, nous rencontrons une Variété de décors fout à fait extraordinaire. Il semble que la figure bumaine el la faune » parurent d’un intérêt parkiculier, ainsi que le prouvent les innombrables fragments recueillis par les musées ef les collections particulières. Le reflet ÿ semble très adouci, d'un léger lon jaune charnoïs, sans vif éclal, ni raÿonnement. Les animaux paraissent Irès sElisés, comrme l'oiseau d’un plat de la collection du D' Martin (pl. 19 B.) donf l'analogue est aurmusée de Sèvres, — comme les poissons en frise sur le vase du D' Fouquef (pl. 22) — comme Je lièvre: de: la: Coupe du Musée du Louvre; — quand il s'agit de personnages, la sPylisation n'est pas moins acvusée-— dans le pelif personnage du fragment de vase (Collection Jeunielte pl. 23); dans les deux médaillons à figure d'ailleurs assez byzantines de la Coupe de M. Mutiaux (pl. 13).
Sont-ce là les belles céramiques à nuances changeantes que le persan Nassiri Rosrau au 1X° siècle visitant l'Égyple, s’étonnait de Frouver dans les bazars de la ville de Misr ? el de quelles autres voulait-il parler en faisant allusion à des vases dont la matière était si fine el si diaphane qu'on voyait au fravers la main appliquée à l'extérieur ?
seraient-ce quelques surprenantes pièces de céramique dont foule une série fut trouvée jadis dans les déblais d'une maison de Marrab, pelile ville près d'Alep, ce qui nous offre l’occasion de reconnaîfre l'impossibilité où nous sommes d'en préciser l'origine de fabrication, | l'Égyple el la Syrie ayant élé alors sou- Fig. 5. — PLAT LUSTRÉ, trouvé à Behnesse (Haute Egypte) mises l'une Vis à vis de l'autre à des conditions Dour mie aan de vassalité ef d'influences qui font pendant | RU lrois à quatre siècles leur civilisahion commune. La plus belle de ces pièces esF une petite aiguière d'une couverte blanche irisée, décorée de superbes caractères coufiques en relief, el ajourés sous vVitrificafion ultérieure (Collection M. Mufiaux, pl. 16); semblable esf la coupe à cercles concentriques fleuris de M. Demotlte (pl. 30). Au lieu d'éfre ajouré (procédé usité aussi en Perse dans des pièces à couverte d'un blanc ivoire), le décor purement ornemental ef géomélrique n'est parfois que gravé sous la couverte (Collection Mufiaux, pl. 17).
De celte origine indécise sÿro-égÿphenne, (car les Fumuli de Damas onf fourni des fragments semblables à ceux du Caire), el semblant se dater par le caractère du X° au X11° siècle, sont sans doute des pièces à couverte bleu de cuivre el à décor noir, felles qu'un vase surbaissé à décors de cerfs ef d’oies de la collection Peyÿlel (pl. 14), ou le beau plaf aux deux oiseaux flanquant un arbre de la collection Doucef, (pl. 15). Un frès curieux bol à décors de lrois paons élirés ef divergents entre des rinceaux de branchelles, maïs en noir el blanc, fut d'ailleurs Hrouvé par le D' Fouquet à Kom el Ghorab, à l'angle sud-ouest de Fostaf, (PI. 19 À).
o LA CÉRAMIQUE MUSULMANE
Une aufre espèce de céramique à couverte blanc crême, à décor noir, cobalt ef rouge brun, de caraclères épigraphiques déformés, de rinceaux à fleurons, d'ornements linéaires — trouve sa parfaite réussite dans un bol à rebord plaf du Musée du Parc du cinquantenaire de Bruxelles (pl, 29).
Pêle-mêle avec des fragments d'un caracière aussi archaïque, se rencontrent dans les ferres remuées de l'Égypte ef de la Syrie, des morceaux d'époques plus récentes, ef dont nous sommes infiniment beureux de connaître des pièces complètes de la plus parfaite beauté, de la plus complète réussife Fechnique. — Ce sont de beaux ef larges décors de bêtes sur un fond de pebils rinceaux ou de fleurs en noir ef bleu sur fond blanc crème el sous couverte alcaline, sans doute du Xi ou du x1v° (fragment de plaf avec lionne collection R. Koecblin pl. 21). — Albarello avec une grande oularde Collection de M" la Comtesse de Béarn (pl. 20) — ou des décors de caraclères arabes en lustre d'or frès olivätre en lignes verticales ou diagonales sur fond bleu de coball comme sur un albarello de la collection de M. du Cane Godman à Horsbam (pl. 18), ou sur le plus beau de fous, un grand albarello du Musée des Arts Industriels de Francfort sur le Mein.
Enfin l'Egypte connuf indéniablement au x1Y siècle, une céramique d'un décor superbe par la précision ef la vigueur incisive d'un dessin gravé à l'outil dans la pâle sous engobe Vernissée jaune ou brune, donf on peuf juger par la coupe à inscriptions gravées el à armoiries d'Ermir (Collection de M. R. Koecklin, pl. 24), par le fragment de Coupe à bêtes se poursuivant (Collection du D'° Martin, pl. 26 B. — Collection Marcel Bing, pl. 27 A), ef par un grand bassin magnifique à M. Kelekian.
HISTOIRE de Ja céramique en Perse reste encore à écrire; c'est la lerre classique de la céramique, ef déjà aux plus lointaines origines on ÿ euf le goûf de couvrir de grands revéfements de ferres vVernissées les murs intérieurs des Femples ef des palais. Des palais de Darius aux Mosquées de Slamboul on peut dire qu'on en pourrait suivre les chaînons de l’est à l'ouesf sans solution de continuité.
Que fut la Céramique en Perse sous les Sassannides (sans doute de caractères assez mésopotfamien), puis sous les Ommiades de Bagdad (probablement en éfroile union avec le primitif caractère arabe), el ensuite sous les Samanides, les Buvides et les Seldjouks jusqu'au xu° siècle, c'est le secref que recèle encore le sol de la Perse, vérilablement fruffé de céramique. Le jour où la pioche aura profondément creusé les franchées qui éventreront les innombrables lumuli recouvrant les restes des cités disparues, la céramique en débris apparaïlra en si grand nombre, dans une variété d'espèces si infinie, que la lâche de l'historien pour les classer, avec une clarté relahive n'en sera pas moins frès complexe.
Nous pouvons déjà en avoir quelques pressentiments depuis quelques années devant les nombreuses pièces brisées ef recollées que de petits enfrepreneurs de fouilles ont envoyées de Perse aux divers marchands arméniens de l'Europe; les certificats d'origine ne peuvent êfre par conséquent acceptés qu'avec une exXfrême prudence, eF seronF peut-être par la suite reclifiés, lorsque les moyens de contrôle scientifique apparaîtront. Acceplons provisoirement les noms de Reï (Rbagès), de Hamadan ef de Sullanabad, comme les frois principaux centres d'où furent extraits le plus grand nombre de pièces de céramique qui soient parvenues jusqu'à nous.
D'ailleurs il exisk souvent entre pièces dites en provenance de ces divers lieux, des analogies ef comme un air de famille: ef cependant, soit par le dessin, soit par le caractère
décorafif, soif par la nuance de la couleur on ne peuf nier qu'elles diffèrent quelque peu.
Le centre d'extraction le plus anciennement exploité, parce qu'il élaif ouf voisin de Tébéran, fut Reï ou Rbhagès. — Celle ville déjà puissante sous les Sassanides, était à l'apogée de sa splendeur sous le Kalifat de Mansour, et passait alors pour la rivale de Bagdad. Quand Yacoub, le géographe arabe la visita en G17/1221, Reï vVenaif d'être ruinée par l'invasion des Mongols de Djengis Khan. — Les premières céramiques que la plaine de Reï nous Jivra prouvaient par leurs reflets doux que cet art du lustre céramique ÿ élail pratiqué aussi, eF peut-être depuis plusieurs siècles. Le décor à personnages s'y imposaif presque foujours, ef la recherche d'une composition ordonnée indiquail assez que le céramiske avait derrière lui pour guider sa main, sinon le dessin, du moins l'influence cerlaine du minialuriste.
Non pas qu'on n'ai pu ÿ chercher aussi des décors plus grandement shylisés; el s'il es} vrai que le plaf au décor d'oiseau de proie sur fond de rinceaux du Musée Frédéric, de Berlin, pl. 37, est bien de Rbagès, on ÿ» peuf conslater un lustre jaune brun, assez analogue à celui de Rakka, el un caractère oriental archaïque frès prononcé,
Mais les pièces à lustre de Rbagès sont en général d'un louf autre caractère ef d'un autre aspect, Les reflets fantôt d'un brun sourd, lantôf d'un jaune olivâtre sur un fond d'un blanc crémeux, font vivre ouf un décor de figures, bomrmmes ou femmes, assis ou debout, enveloppés d'amples éloffes, les léles souvent voilées; les M Des ni de uit We figures comme les formes indiquées des corps sont VIII-X° siècle. fa iles d’un COUp de p inceau d’un esp rit de SÈMp ie, Appartient à M. Charles Vignier, Paris. — Hauteur : 68 mlm; diamètre : 200 m/m. ficalion fouf extrême oriental. ET celle rondeur formulée on la retrouve dans les frès nombreuses peintures du X*° siècle que les missions Grunwedel, Le Coq, Stein ef Pelliof onf rapportées du Turkeslan chinois, ef qui sont bien faites pour nous révéler les rapports qui existaient entre les villes du Kboltan et l'Iran.
Grand vase au Musée du Louvre (pl. 39), avec personnages assis sous des sortes d'arcalures, — Grand plat magnifique (Collection Larkin, pl. 35) où des personnages debout se Hiennenf derrière un cheval tout barnaché, — Grand plaf, collection Kelekian (pl. 44) où un cavalier galope au milieu de rinceaux de feuilles ef de canards volant.
D'ailleurs, parallèlement à cette série lustrée, des pièces à décor polÿchromé, exécuté à petif feu sur couverte d'un fon voire admirable, nous montrent des personnages fout à fait semblables de siÿle, de dessin: un souverain assis sur son frône reçoit l'hommage de deux sujets, collection Muliaux (pl. 49) — des cavaliers galopent au milieu de figures assises, Collection Charles Freer (pl. 47). — Admirable est un bol sur lequel un personnage monté sur un chameau chasse des bêtes sauvages (Collection Sursock). Maïs rien ne saurait égaler le gobelef de M. Tabbagb (pl. 45) où
sur trois registres superposés se développent des scènes de la vie d’un souverain, traïlées avec la minulieuse finesse qu'y aurait apporté l'enlumineur d ’une-miniature de manuscrit, ef le charme nuancé d’une polychromie vive ef harmonieuse. 2) R
Dans celle série de céramiques les Variations ne manquent pas, celle belle couverte d'un blanc d'ivoire est parfois remplacée par une. couverke bleu furquoise (Collection Reiza Monif pl. so À), et d'autres fois les vives couleurs se marient heureusement aux ajours vilrifiés (pl. 59 B).
| Les pratiques du feu de moufle se sont aussi étendues à d'autres pièces de céramique,
en permettant à l'artisan de donner à ses. couleurs moins vitrifiées plus de consistance, plus d'épaisseur, ef de les enrichir par de légères feuilles d'or d'un précieux effet. (Bol de la Collection Curtis, pl. 51) — et celle splendide série à fonds bleu de cobalt intense, à décor de f eurlles blanc, rouge et or à pelit feu sur émail cuif (Bouteille de M. Mutiaux, pl. 36). Eloile de M. Du Cane Godman (pl. 58) ef la bouteille incomparable à vols d'oiseaux parmi les feuillages du Musée du Parc du cinquantenaire de Bruxelles (pl. 43) — ou 1 extraordinaire grande plaque de revêtement de fond de Mirbab dans la collection Du Cane Godman (pl. 65) — ou la charmante coupe à poissons nageant de M. Taylor (pl. 52 B) — ou encore le superbe bol à oiseaux et fleurettes de la collection Engel-Gros (pl. 53 ) — ou le plat à ombilic de poissons nageani du Musée du Louvre (pl. 56.)
Une série de bols présente une disposition à pans coupés, où le décor ornemental ou de figures se détache en lustre sur des fonds alternativement bleu de cobalt ou blanc (Collection Engel-Gros, pl. 75 À, et Du Cane Godman, pl. 34). |
On rencontre encore des cruches à goulots en crêtes de coq, à décor bleu de cobalf sous couverte silico-alcaline (Collection Léonce Rosemberg, pl. 60).
J E n'oserais attribuer d'origines précises à aucune autre série céramique de la Perse. Qu'en
savons-nous ? ef allons nous prêler une foi naïve aux propos non contrôlés des marchands ?
Si l’admirable petite coupe du Musée du Louvre (pl. 75 B) a été frouvée à Hamadan, le
caractère du personnage assis qui occupe tout le fond, exécuté en lustre doux, est évidemment différent
des Fppes de Rhagès, par un sens plus certain de la vie, el une recherche de la vérité individuelle.
Les coupes à couverte bleu de cuivre el à décor noir à réserves, sont du plus puissanf
effet. Ü n'en est pas d'un plus beau caractère que la coupe du Musée du Louvre (pl. 74) où un énorme éléphant qui en occupe fout le fond est monté par un pelif personnage.
Les beaux décors ornementaux bleus ef noirs sur couverte blanc ivoire ne manquent pas. (Le bol de la collection Engel Gros, pl. 42.)
Une extrême sFylisation apparaît dans le décor gravé d'oiseaux eF enfrelacs sous couverte verte (couvercle de vase de M. Martin, pl. 26 À) ou bien dans cet animal, sorte d'élan, perdu dans les rinceaux sous couverte bleu de cuivre (Coupe de M. Demolk, pl. 28), celle dernière pouvant provenir de Kbunabad près Saveb.
Le décor en relief atteint souvent à la beauté de vraies sculptures, soif qu'il développe autour de grandes jarres des frises de bêtes se poursuivant modelées avec une singulière beauté de style sous couverte lustrée (Vase du Musée de l'Ermitage, à Saint-Pélershourg, pl. 66), ou sous couverte bleu de cuivre (grand vase de M. Kelekian), ou vase du Musée du Louvre (pl. 60 À)—
soit qu'une frise circulaire entoure d'une splendide inscription coufique sous couverte bleu lurquorse irisée une coupe comme celle de M. Henri Dallemagne (pl. 32).
Ce décor en relief modelé sous couverte a enrichi l'aspect des monuments d'architecture de la Perse aux xur ef x1v° siècles. Les murs des mosquées ont reçu un revêtement de grandes plaques à grands caractères d'inscription bleus sur fond de rinceaux fleuris bleus et lustrés sur couverte blanc crème (Plaque du Musée de Kensinglon provenant de Mesched, pl. 76), Plaque d'encoignure de la collection Du Cane Godman, provenant peut-être de Veramin (pl. 55). — Une niche de Mirbab entièrement revêlue de plaques de ce genre est encore dans la Collection de Sir W.-H. Preece (pl. 77).
"UN arf céramique bien inférieur, dénotant des ateliers provinciaux moins sublils el moins raffinés, fravaillant d'après les modes fransmises par des cités plus riches, mais appliquant des fechniques bien moins savantes, sont, à mon 7 avis, de Frès nombreuses pièces frouvées, dit-on, à Sullanabad. Le reflet en esF généralement plus pâle, le décor d’un dessin lâché, les personnages n'y sont qu'un médiocre reflet de ceux que dessinaient les poliers de Rbagès (Coupe, Collection J. Douce, pl. 71); les oiseaux qui volent parmi les branchages (Coupe ]. Doucel, pl. 73) sont sans caractère, dans un décor confus ef de banale exécution. Parfois cependant les animaux 7% apparaïssent avec une réelle grandeur de conception décorative, comme ces deux bêtes élranges qui passent avec la souple démarche de félins parmi les branchages (Bol de la Collection Mufiaux, pl. 70).
"ART du décor à reflets mélalliques dans la céramique se poursuivit ainsi en Perse ef HORS alfeignif un degré de perfection Hechnique vVrai- vig. 7 — COUPE à décor polychrome. — Fouilles de Rhagès ment surprenant au XV siècle. La Ferre ÿ est | | KIT siècle. : Appartient à M. Dikran Kélékian, Paris. — Hauteur Go mm; diamètre 170 mm.
alors plus fine, mieux fravaillée, le lournassage d'une extrême habileté, l'émail plus homogène, sans ressaillure. L'harmonie des surfaces, d'un blanc d'ivoire, avec le reflet d'or bruni, est d’un rare raffinement. Certains céramographes ont Voulu ÿ voir des porcelaines, Irompés par l'emploi des terres blanches cuites à baute fempérature. La dénomination de demi-faïences que leur a donnée M. Olfo von Falke est bien judicieuse. — Ce sont des bouteilles, souvent côtelées, à décor de branches et de fleurs (Collection Du Cane Godman, pl. 78 À) parfois à décor d'animaux (Musée du Louvre), des bols ef des coupes.
AIENCES HISPANO MORESQUES. — L'Espagne Musulmane, depuis les premières beures de la domination des Ommiades de Bagdad, avait toujours éfé en étroits rapports, avec les payÿs orientaux de l'Islam. I est donc vraisemblable qu'ils lui fransmirent les receltes de
l’industrie céramique, comme celles de bien d'autres arts industriels. Nous avons dif comment de Bagdad les produits de la faïence lustrée avaient pénétré à Kaïrouan. I est impossible de dire si ce fut de Bagdad que ce procédé décoratif pénétra en Espagne — ou indirectement de Kairouan par les routes du Maghreb.
lbn Balutab avait déjà, vers 1350, constaté que la poterie « dorée » était fabriquée à Malaga, ef une petite coupe de la collection de M. Sarre, à Berlin, foute décorée d'arabesques en lustre oliväâtre, analogue au lustre rencontré sur des fragments provenant de Fostal, porte au revers une inscriplion qui donnerait le nom de «Malaga», d'après les épigrapbhistes allemands qui l'ont éfudiée. — Ce même fon du reflet, nous le refrouvons dans un intéressant fragment de grande plaque de revéfement décorée de grands rinceaux en forme de serpents avec fleureltes ef un paon (Collection Slora, pl. 02) el dans la magnifique plaque de revêtement, de décor analogue, avec des écussons, el ayant une inscription qui, d'après Scheffer, donnerait le nom de Yussuf (UT) 1408-1417 (Collection de M. de Osma, à Madrid, fig. 8).
Des Hexles nous ont appris l'importance des fabriques de Valence dès le xur siècle, puisque, en 1248, Jaime 1° d'Aragon octroÿaif une charte spéciale aux poliers sarrasins de Jativa. — Tout autour de Valence les localités de Mislata, Manissès, Carcer, Gesarte, Palerna sont cilées au XY el au XVr siècle par les Voyageurs ef les chroniqueurs comme fabriquant la plus belle poterie bleu ef or.
C'est ainsi que nous apparaïf le plus beau groupe de faiences lusfrées bispano-moresques caractérisé par des bassins ou des plaïs à décors bleus d'inscriptions déformées, mêlées à un décor d'ornements lustrés sur un fond bis (pl. 04 ef 99 Hispanic Sociét) of America), accompagnés souvent d'écussons (Vase, collection de M. de Osma, vers 1450) — par un décor de feuilles de vignes el de vrilles bleues ef lustrées (Ælbarellos, collection Olto Bei, pl. 100 — el Musée du Louvre, pl 06) — par un décor d'animal: bouc, gazelle, chien ou oiseau (collection de M. de Osma, pl 95 — ef collection de M. Oo Beïf, pl. 08). Maïs parallèlement à cette céramique de fraditions fouf à faif orientales, il est probable qu'on a fabriqué en même femps dans l'Aragon des céramiques de traditions très indigènes, frès populaires ef frès courantes, d'un décor naïf ef d'une sauvagerie assez savoureuse. La curieuse petite coupe du Musée du Louvre (pl. 80) en esF un des spécimens les meilleurs. Un grand plat du Musée du Louvre (pl. 01) à décor de deux personnages flanquant une sorte d'arbre frès stÿlisé aux côtés duquel se trouvent deux serpents, est d'un effet encore plus violent, dans ses colorations brunes ef vertes.
E /urent Irès probablement les Seldjouks qui, refoulés des plateaux de l'Iran par les invasions mongoles, vinrent aux portes de l'Analolie créer au x111° siècle à Konïieb les merveilleux monuments qui » subsistent encore, ef dont M. Raymond Kacblin a pu rapporter la splendide plaque de revélement en mosaique de faïence (Fig. 1) de fechnique semblable à celle qu'on praliquait dans la Perse du Nord, dans le Kborassan, à Mery, ef qu'on retrouvera un siècle plus fard dans les monuments de Samarkand.
Les Persans furent encore les maïtres ef les inspiraleurs des céramistes qui au XY° siècle allaient décorer pour le sulfan Mobammed 1° les murs de la Mosquée verte à Brousse. ET de ve jour la décoration céramique murale dans foule la Turquie, de l'Asie Mineure à la Syrie, allait
prendre un développement inouï ef donf on peuf suivre les élapes de Darnas à Constantinople.
Pendant deux siècles, du Xvr au Xv1ir siècle, les pièces de formes ef d'usage dans les maisons ne feront que répéler les décors qu'on retrouve sur les vastes revélements muraux, identiques à ceux qu'on retrouvera sur les fissus, soies Hissées ou velours. ET les motifs composés de l’ornement floral (tulipe, willel, byacinfhe, rose épanouie, de la palmeffe persane, de l'arabesque, du cyprès, des vases ou larnmpes de mosquées chargés de branches fleuries, parfois dans les pièces de formes d'animaux el le plus rarement de personnages — seront le répertoire à variations inépuisables du céramiste furr.
Les harmonies de couleurs permettent de faire deux groupes principaux: celui où s’harmonisent exclusivement les bleus ef les verts, ef celui où éclate, comme un instrument de cuivre dans un orchestre, un rouge puissant, épais sous le doigt, du fon de la lomale. On a jadis inventé deux lermes de classification, de localisation, beaucoup Hrop éfroits à mon avis, Damas pour le premier groupe, Rhodes pour le second, alors que les harmonies bleues ef vertes se refrouvent dans de nombreux monuments, aussi bien de la Syrie que de l'Egypte, de l'Asie Mineure ef de Constantinople, dont la pauvre île de Rhodes aurait été un frop faible fournisseur. (Plaïs des collections R. Kwcblin, pl. So, 81, ef Sulzhacb, pl. 83, vases ef plaïs de Ta collection Jeunieflte, pl. 85 ef 86). Deux groupes d'un grand charme peuvent éfre encore établis, de l'Anatolie, l’un de pièces décorées d'incriptions bleu foncé sur un fond de rinceaux fleuris d'un bleu plus clair el à fond blanc (collection Kalebjian, pl. 70 B), l'autre de pièces de petites dimensions dites de Rutayeb (/Analvlie), à décors fins où le noir, le bleu, le jaune ef le rouge sous couverte alcaline créent des harmonies vives el gaïes, sans grande puissance d'effet décoratif, qui ont fait dénommer celle céramique «le Sèvres » de l'Orient (Vase de la collection Multiaux pl. 70 À).