‹ La céramique industrielleChapitre 129 sur 182 · I. — POTERIE VERNISSÉE · texte numérisé non relu

I. — POTERIE VERNISSÉE

Sous ce nom nous comprenons les faïences dont la pâte homogène présente une cassure terreuse et une texture nettement poreuse.

La masse est opaque, colorée plus ou moins fortement par de l'oxyde de fer. La pâte est calcaire et la glaçure transparente, souvent colorée, est, dans le cas général, un silicate plombeux.

Les poteries communes (marmites, poêlons, jattes, écuelks) ne sont pas l'objet d'une fabrication très recherchée. Façonnage et cuisson sont réduits à la plus grande simplicité.

Les terres propres à ce genre de produits doivent êire assez plastiques pour le façonnage. La coloration qu'elles preiment

l^Q^ CIIAIMTRE XII. — FAÏENCES.

en cuisanl est sans importance, aussi trouve-t-on beaucoup de terres pouvant être utilisées, car les argiles convenables sont très répandues. Il faut une terre qui ne contienne pas une trop grande quanlité de carbonate de cbaux et dans laquelle on ne rencontre pas de grains trop nombreux (craie, pyrites).

Un éplucbage permet le nettoyage pbysiqiie d'une argile. Les terres qui nécessiteraient un éplucbage trop soigné doivent être rejetées, car leur épuration occasionnerait des frais peu en rapport avec le bas prix de la poterie commune.

Les terres employées dans la confection de la poterie commune sont des argiles ferrugineuses et calcaires.

Voici quelques types de ces terres :

MgO

traces

traces

Perte au ronge. . .

I. Argile de Kronningen (Bivière). — II. Argile d'Arcueil près Paris. — m. Argile de Tillendorf (Silésie).

Un excès de calcaire dans l'argile présente de graves inconvénients, il rend la terre impropre à supporter les cbangements brusques de température. La vaisselle de terre, façonnée avec une pâte trop calcaire, se rompt facilement quand on la cbauffe rapidement; elle éclate et se brise en plusieurs morceaux. La cuisson de ces poteries ne se fait pas à une température assez élevée pour amener la silicatisation de la cbaux, la pâle reste poreuse, le carbonate est plus ou moins décomposé et reste inerte, sans jouer le rôle d'un agglutinant. Il en résulte pour les pâtes calcaires une autre sorte d'inconvénients s'il y a production de chaux vive. La cbaux absorbe l'bumidilé atmosphérique, se dilate, foisonne et se délite en amenant la détérioration de la poterie.

POTERIE VERNISSÉIÎ.

Les argiles sont généralement beaucoup trop grasses pour qu'elles puissent être employées seules à la préparation de la pâte, l'addition d'un amaigrissant est souvent nécessaire. L'introduction d'un dégraissant en même temps qu'elle facilite le façonnage augmente, comme nous l'avons déjà dit, la résistance à réchauffement, puisqu'elle rend la structure alvéolée.

La présence du calcaire dans les pâtes a une influence que n'offrent pas tous les corps aptes à jouer les dégraissants. Sans s'en rendre compt« les potiers ont constaté qu'au point de vue de la glaçure la présence d'un peu de chaux était avantageuse pour l'accord. 11 faut chercher l'explicalion de ce phénomène dans la modification apportée par le nouveau corps à la dilatation de la pâte. On diminue l'écart qui existait entre la pâte et la couverte et l'on ramène les dilatations à moins de discordance; on a différé d'assez peu l'une de l'autre pour ne plus donner lieu à des accidents.

Le façonnage de la poterie commune est fait d'une manière très rudimcntaire, tout comme dans la fabrication des ustensiles de terre cuite. Les pâtes sont dégraissées le plus souvent avec du sable; par un coupage de diverses terres et l'addition de corps non plastiques on arrive à préparer des terres de plasticité convenable. Le développement de la faïence fine a amené la suppression de nombreuses poteries. On a préféré des poteries plus fines et plus soignées à la poterie commune, aussi ne rencontre-t-on plus guère que de petits potiers ayant une modeste installation et bornant leur fabrication aux objets de première nécessité consommés dans le voisinage. Ainsi, à Conchy-les-Pots (Oise), il y avait cent tours au commencement du siècle dernier, on n'y trouve plus maintenant qu'un seul potier et encore borne-t-il toute sa fabrication à celle des vases et tuyaux de terre cuite. Dans quelques régions pourtant, comme à Vallauris, subsistent des fabriques spéciales, mieux conduites, et ayant encore une importance réelle.

On marche la pâte, rarement on la malaxe et l'on façonne au tour. Après dessiccation on donne un premier feu et l'on applique sur le biscuit le vernis qui doit le recouvrir. Un second feu plus

/406 CHAPITRE XII. — FAÏKNCKS,

intense que le premier termine la cuisson de la pâte et donne le glacé nécessaire à la couverte. La mise en couverle sur cru et la cuisson en un seul feu ont été signalées par Brongniart; on ne doit pas la considérer comme générale. Dans ce cas la mise en couverte se ferait par tamisage, ce qui est particulièrement dangereux.

Les fours destinés à cuiro la poterie commune ont reçu les formes les plus variées et les vieux policrs ont eu à ce sujet les opinions les plus diverses. Les ouvrages renferment des dessins nombreux des anciens fours employés dans celle fabri-

Fig. 1-26.

cation et le hasard peut mettre encore sous les yeux des représentants de ces appareils primitifs. Tantôt les fours ont été construits à axe verlical, tantôt on a adopté une disposition rappelant celle du four dit de Cassel avec plus ou moins de modifications.

La couverte de la poterie commune est presque toujours plombeuse. Bien préparé, le silicate de plomb qui sert à la former, serait peu nuisible; mais, pour économiser du combus-

POTERIE VERNISSÉK. [\OJ

tible, des fabricants ont eu recours aux manœuvres les plus critiquables.

Le mieux serait de préparer un silicate de plomb correspondant à une formule moléculaire suffisamment acide pour ne pas tomber au-dessousde Pb0.2SiO% à la grande limite de i,5SiO-. Avec un mélange bien fait de sable et de minium, dans les rapports voulus, et une cuisson à température suffisamment élevée, les pièces recevraient un vernis bien glacé et résistant. Par suite d'une économie mal comprise on a forcé souvent la dose d'oxyde de plomb, la glaçure est devenue basique, fusible; mais, si elle permettait un vernissage à température moins élevée que la précédente, elle fournissait un enduit capable de céder du plomb aux corps acides employés dans la cuisson des aliments.

Pour composer la glaçure les potiers avaient uniquement recours à l'alquifoux (sulfure de plomb dont le nom est d'origine arabe). Cette matière ne présentait aucun avantage, car elle nécessitait une transformation avant d'être apte à la silicatisation. Le départ du soufre à l'état de gaz sulfureux et l'oxydation du métal s'effectuent facilement au contact de l'air quand on porte la matière à une température voisine du rouge. Les oxydes de plomb (massicot, litharge, minium) sont évidemment plus avantageux.

La couverte est composée avec du sable siliceux et de l'oxyde de plomb; l'addition d'un peu de matière plastique facilite son application. Dans une fabrication aussi simple on se contente de faire un mélange, sans friltagc ni vitrification de la masse.

Voici, par exemple, comment certains potiers composaient leurs vernis.

Alquifoux 75 » »

'Massicot » 64 »

Sable blanc 20 uo 3o

Minium » » 6>

Argile 5 16 »

Craie » » 5

4o8 CHAPITKK XII. — KAÏENCI'S.

Dans toules ces formules le rapport ne s'abaisse pas aa-

dessoLis de i, mais il n'est snpérieur dans aucune à f,5.

Non seulement les vernis plombifères ne sont pas toujours composes de manière à former un silicate convenablement acide, mais il est arrivé aussi que, par suile d'une cuisson peu soignée, mal conduite, la silicatisation a été incomplète, aussi les graisses, les builes, le vinaigre se sont-ils cbargés de composés plombifères en attaquant la glaçure.

L'emploi du plomb dans la composition des couvertes n'offre pas que des inconvénients au point de vue de l'alimenlation, la manutention des composés plombifères présente des dangers d'empoisonnement pour les ouvriers.

La pose de la glaçure par trempage oblige les ouvriers à avoir les mains en contact avec des liquides chargés de composés plombeux, la préparation du mélange lui-niême amène la volatilisation de poussières plombeuses.

Le moins dangereux, serait de ne pas manœuvrer de ploml) sous une forme aussi assimilable que l'oxyde. Si l'on avait le soin de fondre ou au moins de fritler la couverte tiestinée à la poterie, on diminuerait de beaucoup le danger d'empoisonnement. Ce mode de préparation de la couverte ploinbeuse a été signalé et recommandé par Bastenaire Daudenart déjà en i83o; les récents démêlés des fabricants anglais avec la Commission de salubrité du travail prouvent que, en Angleterre comme en France, on a préféré s'en tenir aux vieux modes de travail ('). Pour éviter de dépenser spécialement du combustible on pouvait opérer comme les fabricants de faïence commune éniailiée et opérer la fusion sous le four dans un bassin ad hoc. La seule dépense consistait alors dans le broyage du silicate de plomb.

Ce danger d'empoisonnement par le plomb était connu de bonne heure et l'auteur cité plus haut (^) indiquait déjà comme moyen d'atténuer ces inconvénients des types de vernis, moins plombeux, terreux et alcalins, addilioimés au besoin de borax

(') Pottery Gazette, Lead Poisonin^, années 1899, 1900, 1901.

( '-) Bastenaire Daudenart, L'art de fabriquer la poterie commune, i835.

Page 1