POSAGE DES COUVERTES, DES FONDS ET DES COULEURS
La composition pulvérisée n'aurait aucune adhérence au support sans le secours d'une matière auxiliaire. Les substances
Fig. 179.
APPLICATION DE LA DÉCORATION
capables de satisfaire aux exigences de la Céramique sont peu nombreuses.
L'eau peut servir à cet usage. Elle ne donne pas beaucoup do ressources. La couleur délayée à l'eau pure s'applique difficilement sur les surfaces émaillées et exige des tours de main particuliers pour donner de bons résultats. Une surface unie est toujours délicate à obtenir.
L'eau gommée est d'un emploi plus commode. Elle laisse utiliser la couleur avec plus de liberté, donne de l'adbérence à la couleur. La retouche, en revanche, reste fort difficile à effectuer.
L'essence de térébenthine de bonne qualité, additionnée d'essence grasse et parfois aussi d'essence de lavande, a été principalement employée par les peinires. On appelle essence grasse le résultat de l'exposition à l'air de l'essence de térébenthine. Cette dernière s'oxyde et se résinifie en s'épaississanl. L'essence n'a pas l'avantage que possède l'eau, de se vaporiser sans résidu. Le départ de l'essence est plus compliqué, sous l'action de la chaleur, par suite de la destruction de l'essence.
L'huile vierge a été aussi utilisée.
Ou a tiré parti également de la glycérine.
Les huiles de lin, de noix peuvent rendre des services. On rend les huiles siccatives par chauffage avec de l'oxyde de plomb.
Sous le nom de mordant du frère Hippolyte on a fait usage d'un mucilage obtenu en faisant bouillir pendant 8 heures des gousses d'ail et des oignons.
Suivant que la surface sur laquelle on appUque les compositions est mate ou glacée, on fait choix de l'une ou de l'autre de ces matières. Un enduit visqueux est nécessaire lorsque l'on veut poser les couleurs sur l'émail; sur la surface mate du biscuit ou du dégourdi un liquide aqueux peut suffire.
Le posage des couleurs se fait au pinceau dans beaucoup de cas. On mélange la couleur broyée et sèche avec la substance délayante et l'on applique sur la surface. Pour obtenir une adhérence suffisante sur une surface unie, comme celle que possède une poterie émaillée, on a recours à une préparation préalable
du support. Ainsi une première couche d'essence donnera une surface visqueuse sur laquelle mordront plus facilement les couleurs délayées.
Quand il s'agit d'établir une plage uniforme comme un fond le travail est plus difficile. Les reprises font des marques qu'il ne faut pas laisser voir. Avec un pinceau dit putois, disposé en brosse, on égalise la surface en tamponnant. En posant deux couches on obtient une plus grande égalité.
S'il faut mettre une certaine épaisseur, il est nécessaire de recourir aune composition visqueuse telle qu'une huile épaissie. Sur cette couche on fait tomber au tamis la composition pulvérisée. On nettoie ensuite la surface dans les régions qui ne doivent pas èlre recouvertes.
Sur des surfaces poreuses comme le dégourdi ou la pâte crue le travail est plus facile puisqu'il permet de ne pas recourir aux adhésifs.
L'emploi du pulvérisateur est très commode pour couvrir une large surface. Sous le nom aérographe, on a construit un petit pulvérisateur qui peut rendre de réels services dans la pose des couleurs et des fonds de peu d'étendue.
Quelquefois il est nécessaire de ménager des réserves, c'està-dire de laisser des portions de la surface dépourvues de la composition dont on veut recouvrir les autres parties de la pièce. Par exemple, pendant le posage par immersion d'une composition colorée on peut se proposer de laisser complètement dégagés certains endroits. On recouvre alors d'un corps gras les parties à réserver. La couverte ne prend pas sur les surfaces ainsi protégées. On a utilisé successivement : l'huile, qui a l'inconvénient de pénétrer inégalement le dégourdi, le suif.
Avant d'aller plus loin il faut, après le posage, détruire la matière grasse par la chaleur. Après cela on peut déposer sur le tout une couverte.
On a suivi aussi une autre marche. On place d'abord la couverte; on met après à la brosse le fond bleu sur la totalité de la surface et l'on gratte les parties qui doivent rester blanches.
APPLICATION DE LA DÉCORATION
§ 2. — Impression mécanique.
Au lieu de recourir au travail du pinceau, travail lent et coûteux, l'industrie utilise dans la fabrication courante l'impression mécanique. Le dessin est imprimé sur un papier préparé et l'on reporte le dessin supporté par le papier sur la pièce.
Gravure. — Le dessin est d'abord fait en creux sur une planche de cuivre. Il est facile, par la galvanoplastie, de reproduire le même dessin le nombre de fois désiré, une fois que l'on possède l'original.
On tire alors sur ces planches avec une encre, composée d'huile d'impression et de colorant. L'huile d'impression se fabrique de différentes manières.
Brongniart (^) indique une huile de lin ou de noix préparée par la méthode suivante : on verse dans une marmite l'huile de façon à ne remplir le vase qu'aux deux tiers, car le liquide gonfle sous l'action de la chaleur.
Quand l'huile est déjà chaude et voisine du point d'inflammation, on jette des tranches de pain dans le liquide. Le pain roussit, cuit et l'huile devient limpide.
L'huile maintenue sur le feu s'échauffe de plus en plus et s'allume. On laisse la combustion s'effectuer, mais on retire l'huile du feu. On pose le couvercle. Quand l'huile n'est plus assez chaude pour se rallumer d'elle-même, on essaie avec une baguette si elle est devenue assez visqueuse. Dans le cas oii ce résultat n'est pas atteint, on remet le vase sur le feu et on laisse l'inflammation se reproduire. On continue cette série d'inflammations et d'extinctions jusqu'à ce que l'huile possède les propriétés nécessaires.
Lambert (-) préconise de chauffer comme précédemment.
( ' ) Loc. cit., p. G5o. ( 2 ) Loc. cit., p. 187.
mais sans introduire de pain, le mélange :
Huile de lin
Colophane
Litharge
Acétate de plomb Copal
lO
lO
En faisant bouillir la composition suivante pendant plusieurs heures, on obtiendrait aussi des résultats satisfaisants :
On n'introduit l'huile de navet que lorsque l'huile de lin a déjà subi une ébullition d'une heure. Quand le mélange est froid on l'additionne de i partie de goudron de bois.
Le mélange des couleurs et de l'huile se fait à la molette pour de petites quantités; on a recours à une machine pour des quantités importantes.
L'encre est appliquée sur la planche chauffée, étalée, puis enlevée de la surface avec un tampon. On lire alors avec la planche, bien chargée dans ses creux, sur un papier au moyen d'une presse. Le papier et la planche passent entre deux cylindres. Pour un très grand débil on a remplacé les planches par des cylindres gravés.
Le papier n'est pas du papier collé. On le détache de la planche et on le passe aux découpeuses qui séparent les divers fragments du dessin. On applique ensuite le papier sur la poterie en frottant et en s'aidant d'une roulette. La séparation se fait en trempant dans l'eau l'objet et le papier imprimé. Le papier gonfle et se sépare de l'impression qui reste sur la pièce.
Ce procédé est très employé pour l'impression monochrome sous couverte.
On obtient de même les profils de dessins qu'il ne reste plus qu'à remplir de couleurs.
L'or s'applique par un procédé analogue. On le délaie dans l'huile en y ajoutant un tiers en volume de noir de fumée.
Huile de lin . .
Huile de navel
APPLICATION DE LA DÉCOKATION
Le mélange est pauvre en or et l'impression s'en ressent, aussi repasse-t-on (le l'or divisé sur l'image encore humide. Le dessin est renforcé et fixe une (pianlité d'or convenable.
On a essayé d'oblenir de la dorure par décalque, comme dans la chromolithographie (^).
Chromolithographie. — Pour obtenir des images imprimées en plusieurs couleurs, on suit un procédé analogue. On imprime en plusieurs couleurs successivement sur la même feuille et l'on reporte le tout sur la pièce.
Le papier est un papier collé, résistant, capable de ne pas subir des extensions inégales. On le recouvre d'une préparation renfermant de la fécule, de l'arrow-root ou d'autres matières semblables. Leur rôle est de faire un enduit, se gonflant dans l'eau, opérant la séparation du papier et de l'impression. On se sert aussi de papiers recouverts de pellicules, telles que des pellicules collodionnées.
Ces papiers se conservent avec leur impression et sont encore bons à être employés longtemps après leur préparation.
On tire les couleurs à la presse lithographique en ayant soin (îe bien repérer les diverses impressions. Au lieu d'employer de l'encre colorée, on tire simplement au vernis et l'on saupoudre après.
Le vernis est soit à base d'essence de térébenthine, soit à base de vernis lithographique mélangé de vernis copal et de suif.
Le saupoudrage suit l'impression au vernis, il se fait en étalant la couleur au blaireau, soit en passant la feuille dans une boîte pleine de couleur en poudre, dite botle à poudrer. On fait autant de fois cette série d'opérations qu'il y a de tons à imprimer; on peut arriver couramment à tirer au moins douze couleurs et plus. Dans la pratique on se contente d'un nombre moindre.
Pour une grande production on a construit des presses travaillant maintenant avec des encres colorées, comme les presses lithographiques.
(') Tonindustrie Zeitung, 1901, p. 663.
Certains industriels livrent au commerce les chromolithographies toutes préparées.
Pour appliquer ce papier imprimé et faire adhérer le décor, il faut recourir à une mixture spéciale. Les mixtures sont composées différemment suivant les fabricants. On emploie l'essence, on se sert aussi de mélange de poix blanche et de térébenthine de Venise dissous dans l'essence. Le vernis copal étendu d'essence peut constituer aussi une mixture.
Une fois la mixture posée soit sur la pièce ou le papier, soit aussi sur les deux objets, on applique le dessin. On presse pour faciliter l'adhérence et l'on sépare par l'action de l'eau.
On a perfectionné beaucoup ces papiers et maintenant certains papiers, comme ceux de la Zieherdrûck Anslalt de Glogau, ne nécessitent plus l'emploi d'une mixture. Ils se détachent du papier par l'action de l'eau. Le dessin est posé sur une pellicule qui se sépare très facilement par immersion. On pose le décor un peu différemment. C'est le papier supportant la pellicule,, rendue libre par trempage dans l'eau, que l'on applique à l'endroit à décorer. Puis on fait glisser le papier sur la pellicule qui tombe sur la surface de la pièce.
La chromolithographie est très employée dans le décor de la porcelaine du commerce.