POTERIE VERNISSÉE
Les argiles sont généralement beaucoup trop grasses pour qu'elles puissent être employées seules à la préparation de la pâte, l'addition d'un amaigrissant est souvent nécessaire. L'introduction d'un dégraissant en même temps qu'elle facilite le façonnage augmente, comme nous l'avons déjà dit, la résistance à réchauffement, puisqu'elle rend la structure alvéolée.
La présence du calcaire dans les pâles a une influence que n'offrent pas tous les corps aptes à jouer les dégraissants. Sans s'en rendre compta les potiers ont constaté qu'au point de vue de la glaçure la présence d'un peu de chaux était avantageuse pour l'accord. Il faut chercher l'explication de ce phénomène dans la modification apportée par le nouveau corps à la dilatation de la pâle. On diminue l'écart qui existait entre la pâte et la couverte et l'on ramène les dilatations à moins de discordance ; on a différé d'assez peu l'une de l'autre pour ne plus donner lieu à des accidents.
Le façonnage de la poterie commune est fait d'une manière très rudimcntaire, toul comme dans la fabrication des ustensiles de terre cuite. Les pâtes sont dégraissées le plus souvent avec du sable; par un coupage de diverses terres et l'addition de corps non plastiques on arrive à préparer des terres de plasticité convenable. Le développement de la faïence One a amené la suppression de nombreuses poteries. On a préféré des poteries plus fines et plus soignées à la poterie commune, aussi ne rencontre-t-on plus guère que de petits potiers ayant une modeste installation et bornant leur fabrication aux objets de première nécessité consommés dans le voisinage. Ainsi, à Conchy-les-Pols (Oise), il y avait cent tours au commencement du siècle dernier, on n'y trouve plus maintenant qu'un seul potier et encore borne-t-il toute sa fabrication à celle des vases et tuyaux de terre cuite. Dans quelques régions pourtant, comme à Vallauris, subsistent des fabriques spéciales, mieux conduites, et ayant encore une importance réelle.
On marche la pâle, rarement on la malaxe et l'on façonne au tour. Après dessiccation on donne un premier feu et l'on applique sur le biscuit le vernis qui doit le recouvrir. Un second feu plus
406 CKANTRI III. — FAÏRXCKS.
intense que le premier termine la cuisson de la pâte et donne le glacé nécessaire à la couverte. La mise en couverte sur cru el la cuisson en un seul feu ont été signalées par Brongniart; on ne doit pas la considérer comme générale. Dans ce cas la mise eu couverte se ferait par tamisage, ce qui est particulièrement dangereux.
Les fours destinés à cuire la poterie commune ont reçu les formes les plus variées el les vieux poliers ont eu à ce sujet les opinions les plus diverses. Les ouvrages renferment des dessins nombreux des anciens fours employés dans celte fabri-
Fïg.
cation et le hasard peut mettre encore sous les yeux des représentants de ces appareils primitifs. Tantôt les fours mit été construits à axe vertical, tantôt on a adopté une disposition rappelant celle du four dit de Cnssel avec plus ou moins de modifications.
La couverte de la poterie commune est presque toujours plombeuse. Bien préparé, le silicate de plomb qui sert à la former, serait peu nuisible; mais, pour économiser du combus-
POTERIE VBRNIS8BK. (\QJ
lible, des fabricants ont eu recours aux manœuvres les plus critiquables.
Le mieux serait de préparer un silicate de plomb correspondant à une formule moléculaire suffisamment acide pour ne pas tomber au-dessous de PbO.aSiO*, à la grande limite de i,5Si04. Avec un mélange bien fait de sable et de minium, dans les rapports voulus, et une cuisson à température suffisamment élevée, les pièces recevraient un vernis bien glacé et résistant» Par suite d'une économie mal comprise on a forcé souvent la dose d'oxyde de plomb, la glaçure est devenue basique, fusible; mais, si elle permettait un vernissage à température moins élevée que la précédente, elle fournissait un enduit capable de céder du plomb aux corps acides employés dans la cuisson des aliments.
Pour composer la glaçure les potiers avaient uniquement recours à l'alquifoux (sulfure de plomb dont le nom est d'origine arabe). Cette matière ne présentait aucun avantage, car elle nécessitait une transformation avant d'être apte à la silicatisation. Le départ du soufre à l'état de gaz sulfureux et l'oxydation du métal s'eiïectuent facilement au contact de l'air quand on porte la matière à une température voisine du rouge. Les oxydes de plomb (massicot, litharge, minium) sont évidemment plus avantageux.
La couverte est composée avec du sable siliceux et do l'oxyde de plomb; l'addition d'un peu de matière plastique facilite son application. Dans une fabrication aussi simple on se contente de faire un mélange, sans frittage ni vitrification de la masse.
Voici, par exemple, comment certains potiers composaient leurs vernis.
Alquifoux 75
Massicot »
Sable blanc 20
Minium »
Argile 5
Craie »
4o8 CHAPITRE XII. ~ FAÏENCES.
Si 0*
Dans toutes ces formules le rapport ne s'abaisse pas au-
dessous de i, mais il n'est supérieur dans aucune à i,5.
Non seulement les vernis plombifères ne sont pas toujours composés de manière à former un silicate convenablement acide, mais il est arrivé aussi que» par suile d'une cuisson peu soignée, mal conduite, la silicatisalion a été incomplète, aussi les graisses, les huiles, le vinaigre se sont-ils chargés de composés plombifères en attaquant la glaçure.
L'emploi du plomb dans la composition des couvertes n'offre pas que des inconvénients au point de vue de l'alimentation, la manutention des composés plombifères présente des dangers d'empoisonnement pour les ouvriers.
La pose de la glaçure par trempage oblige les ouvriers à avoir les mains en contact avec des liquides chargés de composés plombcux, la préparation du mélange lui-même amène la volatilisation de poussières plombeuses.
Le moins dangereux serait de ne pas manœuvrer de plomb sous une forme aussi assimilable que l'oxyde. Si l'on avait le soin de fondre ou au moins de fritler la couverte destinée à la poterie, on diminuerait de beaucoup le danger d'empoisonnement. Ce mode de préparation de la couverte plombeuse a élé signalé et recommandé par Bastenaire Daudenart déjà en i835; les récents démêlés des fabricants anglais avec la Commission de salubrité du travail prouvent que, en Angleterre comme en France, on a préféré s'en tenir aux vieux modes de travail (l). Pour éviter de dépenser spécialement du combustible on pouvait opérer comme les fabricants de faïence commune émaillée et opérer la fusion sous le four dans un bassin ad hoc. La seule dépense consistait alors dans le broyage du silicate de plomb.
Ce danger d'empoisonnement par le plomb était connu de bonne heure et l'auteur cité plus haut (*) indiquait déjà comme moyen d'atténuer ces inconvénients des types de vernis, moins plombeux, terreux et alcalins, additionnés au besoin de borax
(*) Pottery Gazette, Lead Poison inç, années 1899, 1900, 1901.
(2) Bastenaire Daudenart, L'art de fabriquer la poterie commune, i835.