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CHAPITRE VU

LA TEMPERATURE APRES LA MORT

Il peut paraître extraordinaire qu'on étudie la température après la mort. Cependant, si limité que soit ce problème de physiologie, il a son intérêt dans l'histoire de la vie des tissus. Il nous montre à quel point les phénomènes chimiques qui produisent de la chaleur sont loin d'être sous la dépendance directe, immédiate, de la respiration. Sans doute Ja respiration, apportant de Toxygène, est, par cela môme, cause de la production de chaleur ; mais c'est d'une manière tout à fait indirecte, en faisant vivre des tissus, non en les oxydant, que l'oxygène produit de la chaleur.

Autrement dit, la combustion qui produit de la chaleur ne se

fait pas par la fixation directe de l'oxygène sur les éléments

combustibles, sinon en totalité , au moins en partie. Les actions

thermiques reconnaissent pour causes des hydratations, des

dédoublements et non des fixations directes de l'oxygène. Il y

a toujours dans le sang une quantité d'oxygène supérieure à

ceUe qui est nécessaire à la vie des tissus. Ainsi, d'une part,

«ur le vivant, il y a plus d'oxygène qu'il n'en faut pour la

combustion des tissus, et cependant la chaleur n'est pas accrue.

D'autre part, sur le cadavre, il n'y a plus d'oxygène, il n'y a plus

de circulation ; et cependant la production de chaleur continue à

se faire.

Même après la mort, cette production de calorique est réglée par le système nerveux. De sorte que les deux points que nous voulons établir sont les suivants : d'abord les actions thermiques continuent même après la mort; ensuite^ les actions thermiques sont soumises, même après la mort, au système nerveux.

Ce sont là deux faits assez importants pour qu^ils nécessitent d'être démontrés avec rigueur.

Les observations des médecins ou des physiologistes sur le refroidissement cadavérique ont établi que, dans un certain nombre de cas, la température, au lieu de baisser, s'élève après la mort. J'en citerai seulement quelques exemples.

M. Wunderlich, ayant constaté une température de 44'*,75, pendant la vie, sur un tétanique, a vu, après la mort, la température s'élever à 45%37. Une heure et demie après la mort, la température était encore à 44%9. Le môme auteur, dans une méningite tuberculeuse, alors qu'au moment de la mort la température était de 43% 78, a trouvé sur le cadavre, trois quarts d'heure après la mort, une température de 44%16.

M. Tourdes a constaté, au mois de février 1870, c'est-à-dire par une température . assez basse, dans un cas de méningite tuberculeuse, les chifires suivants :

40^,8 12 minutes après la mort.

M. Parinaud a vu, dans une série d'attaques épileptiformes, 42%2, deux heures avant la mort; — 43°,3, un quart d'heure après.

MM. Bourneville et Leflaive ont vu, sur un individu atteint d'épilepsie, la température monter à 44**, après la mort.

M. Landouzy a vu, dans un cas de rage, la température, qui était de 43° au moment de la mort, s'élever à 43*^,2 vingt minutes après, pour être encore à 43° cinquante minutes après la mort.

M. Guillemot rapporte de nombreuses observations où, sinon l'ascension thermique, du moins la persistance d'une température organique élevée, longtemps après que la vie a cessé, sont des plus nettes. 11 est vrai que, dans ses premières observations, les températures extérieures étaient assez hautes.

Dans les précieuses observations de M. Niderkorn, on retrouve le même phénomène. Je signalerai, en particulier, l'observation n^ 361, où la température a subi les phases suivantes, à une température ambiante de 13° :

A 5 heures, mort. ... T = 41o,6 (axillaire).

A 6»»30°> T = 430,2 (rectale).

A 7 heures T = 41«,4

LA TEMPÉRATITRE APRÈS LA MORT 137

11 esl donc évident que, dans un cerlain nombre de cas, la tfimpérature s'élève après la mort — et nous en donnerons tout à l'heure la démonstration expérimentale. — Il nous reste à savoir dans quels cas se produit cette h jperthermie ;)os( morlem, et quelle est la durée du refroissement normal.

Pour M. Guillemot, qui a étudié spécialement la question, la ilurée du refroidissement est évaluée à 30 heures environ pour

A loMonnéB inférieure : les heures mBrqufcs en 15 nUnulea. En haul, irait plein : Cadiurc d'uu Individu mort de Bèrte t;[iholde, a- 51, de Niderkom |m6ine courbe que la courbe supérieure de Is Og. sulvanle.

monalre : n" 389 el 390 de Hlderkom.

cadaTres a Is lubFrcuJuse a été relevée de 39°,lj, el de 38> jusqu'à 43°. Celle Bgarc. eommc la ligure 1* monlro que le refroidissement est beaucoup plus lenl après

une température extérieure de 20°; à 44 heures pour une température de 10°; à 50 heures pour une température de S".

MM. Taylor et Wilck admettent une moyenne de 23 heures, avec un minimum de 16 et un maximum de 38 heures.

De là se peut déduire une moyenne générale. Si nous supposons une température extérieure voisine de 10% une température organique voisine de 38°, la durée sera de 24 heures pour le refroidissement total, et le refroidissement du cadavre humain sera en moyenne de 0*',8 par heure.

38 LA CRALEUH AMMALE

Il y a donc dans le refroidissement total du cadai

B pre-

mière période, qui est de deux heures à peu près, et pendant laquelle il y a état statiounaire ou très faible descente. Une seconde période, plus longue, vient ensuite, où la vitesse du refroidissement est grande, et se fait conformément à la loi de Newton, d'autant plus rapide que la différence est plus considi'rable entre la température organique et le milieu ambiant.

1,11 icmiHlniiure eii6rieure c-sx la mfmc dis

A l'ordonnée [ufér[eure Jc9 tcni|i3 sont murqués de dix minnlcs en dix minules.

Lb température du csdayre mort de tobèrcnlose pulmonaire a él6 mleita de ^,! ; elle £talt au moment de la mort de 3fi>,B. au Iteu de 4t-, eatume elle est margoAe sur !a flRure. tjca sutrns cbiffres sont rnrn^latirs, et la courbe Indlqoée sur la Tigure ut idcnllque B la eourbe réelle, à cela près qu'il y a 5°. 2 au plu».

On loll que )a courbe de rplraidissement r»l bten plos lenf dans sa desreule pour In maladie at|;uc qae pour la maladie ehroniqnc, oQ elle est ra|>lde et bnisqu<^.

Ainsi les cadavres, en se refroidissant, semblent se comporter, quelques heures après la mort, absolument comme les corps inorganiques. Au contraire, dans les premierstemps qui suivent la mort, le système nerveux restan l actif, il y a continuation de la production de chaleur.

Quant aus cas dans lesquels on observe le plus nettement l'hyperthermie après la mort, il n'y a pas de doute à cet égard.

Elle se rencontre dans les fièvres infectieuses, dans les traumatismes du bulbe ou du cervean, en un mot, toutes ies fois

LA TEMPÉRATURE APRES LA MORT 13

qu'il y a eu une excitation exagérée du système nerveux. L'excitation nerveuse continue et persiste, même quand la circulation a pris fin.

MM. Quincke et Brieger ont noté que c'est surtout dans les cas de fièvre infectieuse, avec des hypeithermies de 42°, que s'observe cette élévation anormale après la mort. Au contraire, comme l'ont indiqué M. Niderkom et M. Guillemot, dans les maladies chroniques lentes, dans les morts par épuisement, la température s'abaisse régulièrement après la mort.

Ainsi donc, il y a un contraste frappant entre ces deux sortes de mort, les unes qui prennent l'individu en voie d'excitation nerveuse, les autres qui le prennent en voie de dépression. La mort ne change pas immédiatement l'état du système nerveux; de sorte que soit l'excitation, soit la dépression, continuent après que la circulation a cessé.

Les tracés ci-joints indiqueront ce contraste entre les ca« davres d'excités et les ciadavres de déprimés (fig. 13 et 14).

L'expérimentation physiologique peut apporter d'intéressantes confirmations à ces observations médicales. On peut facilement déterminer des cas d'ascension thermique après la mort. Il faut pour cela exciter violemment le système nerveux : alors l'excitation semble se prolonger. Môme quand le cœur ne bat plus, les phénomènes chimiques continuent à s'exercer dans l'intérieur dés tissus de manière à dégager de la chaleur (1).

J'fii fait quelques expériences sur le refroidissement cadavérique dans diflférents cas de genre de mort, et j'ai essayé, sur des lapins, de comparer aussi le refroidissement des cadavres ù celui des animaux empoisonnés par une substance toxique qui ab^se la température avant d'entraîner la mort.

j'ai ainsi trouvé que le genre de mort exerce une influence très appréciable. Un lapin tué par certains poisons se refroidit bien longtemps avant de mourir ; de sorte qu'il se comporte, au point de vue de la chaleur, à peu près comme un cadavre. Il produit si peu d'actions chimiques que le milieu extérieur le refroidit très vite. La circulation même, qui détermine une régularisation relative de la température interne et de la température

{i\ Sous l'influence d'une dose considérable de 'vératrine, avec respiration artificielle, M. Rondeau a tu la température d'un chien atteindre après la mort 46*, température yraisemblablement supérieure à celle qui était au moment de la mort et qu'on n*a pa» notée. Ce chiffre de 46° est un des plus élevés peut-être qu'on ait obsenrê chez un vertébré, en dehors des insolations et des échauff'ements par une étuve.

périphérique, contribue encore à accélérer le refroidissement.

Nous retrouvons, pour les lapins, ce que nous venons de voir pour les cadavres humains. Un animal frappé en pleine vie continue à produire des actions chimiques. Mais, si Ton empoisonne son système nerveux, les actions chimiques s'arrêtent', tout autant, sinon plus, que quand on fait cesser la circulation. Le cœur bat encore ; la respiration amène de Toxygènedansle sang; mais les actions chimiques, par suite de Fempoisonnement du système nerveux central, n'en sont pas moins arrêtées . Au contraire, sur un animal mort par écrasement du bulbe, le cœur ne bat plus, l'oxygène ne pénètre plus dans le sang; mais le système nerveux commande encore les actions chimiques. Celles-ci, si incomplètes qu'elles soient, par suite de l'arrêt circulatoire et respiratoire, sont suffisantes pour produire autant de chaleur que dans le cas d'un empoisonnement qui paralyse la fonction thermique des centres nerveux.

Voici, à cet égard, quelques chiffres :

Expérience 1. — Température extérieure : 12*.

TEMPS

en

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