HOMMES DE RAGE TROPICALE
Miridous 37", 85
Cochinchinois 37°, 60
Chinois 37°,85
Kègres du Sénégal 37»,70
— du Congo 370,80
— des Antilles 37», 80
EI'ROPÉENS
Marins observés au Séru'gal .... 37",7;>
— aux Antilles . . . 37o,70
Soldats observés — . • • 370,75
Fonclioniiaii-es ii Chandernagor . . 38", 10
Ces moyennes, à l'exception de la dernière, qui a été relevée chez 5 Européens au moment des excessives chaleurs du mois d'août, à Chandernagor, sont presque semblables ; elles ne diffèrent, au profit des races tropicales, que de 2 dixièmes de degré environ.
C'est du reste à ce résultat qu'arrive un autre médecin français, M. Maurel, dans un travail récent. M. Maurel remarque d'abord avec raison que, pour comparer la température des diverses races à la température des Européens, il faut prendre comme terme de comparaison, non pas la moyenne habituelle, mais la moyenne obtenue sur l'Européen vivant dans les pays chauds. Cette moyenne est alors 37°,S0 (M. Maurel l'établit en réunissant des chiffres pris à la Guyane et aux Antilles), et non plus 37". — Or M. Maurel trouve sur des Hindous une moyenne de 37», 44, alors que les observations qu'il faisait en même temps sur l'Européen lui donnent une moyenne de 37", 30, soit seulement une différence de 0°,14 en faveur des Hindous. Sur 10 mulâtres ou nègres, qu'il a observés pendant huit jours, matin et soir, il a trouvé une moyenne de 37°, 44, tandis que des Européens, dans des conditions identiques, lui ont fourni une moyenne de 37", 66 : c'est une différence de 0",22 à l'avantage des derniers. D'ailleurs Davy avait déjà vu à Ceylan, sur des nègres, la température extérieure étant de 24° à 25°, que les températures axillaire et buccale étaient de 37°, 15 à 37°, 22, tandis que celles d'Européens étudiés en même temps allaient à 37°, 33.
En somme, de ces chiffres on ne peut guère conclure qu'une chose : c'est que la température des hommes de différentes races, à supposer que tous soient placés dans les mêmes conditions de milieu, est sensiblement la même. Cette influence de la race serait donc peu importante, du genre de celle qu'il convient peut-être d'attribuer au sexe, c'est-à-dire à peu près nulle.
A la rigueur, on peut admettre, après les recherches considérables de M. Jousset, que l'Européen, acclimaté dans les pays chauds, a une température légèrement inférieure à celle des hommes de race nègre et surtout de race asiatique. Soit. Mais il faudrait faire l'expérience inverse, qui serait la véritable contreépreuve, cette contre-épreuve si nécessaire dans toutes les recherches physiologiques. Il faudrait étudier la température de nègres et d'Asiatiques accUmatés en Europe, et voir si elle est supérieure, et dans quelle mesure, à celle des Européens. Si l'on constatait encore cette différence, ne serait-on pas vraiment en droit de conclure à une influence propre à la race? — Nous ne
LA TEMPÉRATURE NORMALE DE l'uOMME 93
croyons pas que de telles observations aient été faites. Elles seraient curieuses cependant.
Arrivons maintenant à des conditions à la fois moins générales et plus précises : l'activité musculaire, l'état de jeûne et de digestion, la température extérieure et Factivité psychique.
Nous n'insisterons point sur l'influence de la contraction musculaire; nous en parlerons plus tard. Disons seulement que les contractions des muscles peuvent élever énormément la température; je l'ai vue monter chez un chien jusqu'à 45°,7. Davy, qui a très bien observé les effets de l'exercice musculaire, a vu sa propre température, après divers efforts (moyenne de 18 expériences), atteindre 37»,25, alors qu'à l'état normal elle était de .'Î6°,6, et que, pendant une promenade en voiture, sans que l'air fût bien froid, elle descendait à 36»,1. D'après Jiirgensen, la contraction musculaire élève d'abord la température, puis celleci reste constante tout le temps que dure le travail; il a vu par exemple la température s'élever d'abord de 1°,2, puis rester à ce chiffre. Un coureur, cité par Wunderlich, a présenté une température de 39", o. Une marche rapide d'une demi-heure suffit pour l)roduire une augmentation de 0",3, d'après Obernier. Davy avait déjà noté que, la température buccale étant de 36°, 7 avant la marche, elle montait à 37°,7 après la marche, soit de 1° par l'influence de l'exercice. M. Bouvier a constaté une augmentation de la température axillaire de 1°,1 en 50 minutes après une forte marche. M. Forel a constaté que la marche peut élever la température de près de deux degrés. M. Gresswell, dans un travail que nous aurons plus tard l'occasion de citer encore, a noté que par une température extérieure de 27°, 03 (à l'ombre), un enfant de douze ans, ayant travaillé quelques minutes, avait une température de 37°,8, c'est-à-dire environ 0°,3 de plus que la température normale. Dans l'insolation, les accidents observés ne sont pas dus seulement à la chaleur solaire, mais aussi à la fatigue, à la combustion musculaire exagérée. Les individus au repos ne sont pas frappés de coups de chaleur. On n'en observe guère que sur les soldats en marche ; avec la môme température extérieure, s'il n'y a pas marche forcée, on ne constatera pas de coups de soleil. On peut donc attribuer en partie ces accidents à l'exagération de la combustion musculaire.
Nous citerons encore une expérieiice dont le résultat est des plus nets. Si l'on attache un chien sur la table d'expériences et qu'il se débatte avec violence, on voit sa température monter
très vite, de 39°,2 à 40°, 5 et même 41'. C'est un phénomène auquel nous assistons, pour ainsi dire, chaque jour dans nos laboratoires. Au contraire, chez les lapins qui restent immobiles quand on les attache, la température baisse rapidement. Ainsi la même cause, Fimmobilisation d'un animal, peut produire des effets inverses, selon qu'il s'agit d'un chien qui se débat, ou d'un lapin qui reste immobile.
On ne saurait, je pense, trop insister sur ce fait remarquable.
11 n'est pas besoin d'un exercice violent, d'un effort musculaire prolongé pour élever la température d'un ou deux dixièmes de degi'é. Il suffit d'un léger effort, d'un travail musculaire normal, qui durera quelques minutes à peine, et l'effet thermique sera obtenu. Au haut d'un escalier qu'on vient de monter, même sans hâte, on a une température un peu plus élevée que tout à l'heure, quand on n'avait pas encore fait l'ascension.
Souvent, pour des expériences délicates de thermométrie, j'ai tenu pendant plusieurs heures des chiens attachés, ayant dans le rectum un thermomètre très sensible, gradué en cinquantièmes de degré. En général, si le chien reste immobile, la température ne varie pas et reste pendant des heures entières presque fixe. Mais si, à tel ou tel moment de l'expérience, le chien se débat, s'agite, ne fût-ce que pendant un quart de minute, ne fût-ce que pour un seul effort, cela suffit pour voir deux, trois, cinq cinquantièmes de degré d'ascension.
Ensuite la température, après avoir monté, rien qu'en une minute, de cinq cinquantièmes, revient à la température primitive en dix minutes environ, jusqu'à ce qu'un nouvel effort de l'animal détermine une nouvelle ascension.
Pour l'homme, il en est assurément de même. Instinctivement c'est par l'exercice de la contraction musculaire que nous réglons notre chaleur. Quand on a froid, on marche vite pour se réchauffer, et, quand on a trop chaud, on reste immobile. En dehors de ces actions que nous effectuons involontairement, par instinct, sans y penser et sans le savoir, nous augmentons et diminuons notre température, selon la nécessité du moment, par le plus ou moins d'exercice.
Certes, pour exphquer que la température diurne est plus élevée que la température nocturne, d'autres causes que l'activité musculaire peuvent être invoquées ; mais l'activité musculaire joue, à notre sens, un rôle prépondérant, non dans la régulation de la chaleur, mais dans la production de la chaleur.
Au milieu de la nuit, dans le lit, alors qu'on se refroidit beau-
LA TEMPÉRATURE NORMALE DE l'hOMME Qo»
coup moins que dans le jour, étant protégé par cVépaisses couvertures, on a cependant une température bien plus basse que dans le jour. C'est que, dans le lit, nul effort musculaire n' est nécessaire, et alors tous les muscles sont en repos, et la production de chaleur est à son minimum.
M. Mosso (1) a fait à cet égard des expériences précises. Il a d'abord mesuré sa température normale aux différentes heures, de la journée (temp. rectale).
6 heures, malin .... 36°, 45
Midi 360,93
2 heures, soir 37°, 25
Minuit 36°, 72
Après un exercice violent de marche (100 kilomètres en deux jours) il a trouvé (par une température extérieure de 12° à 19^ environ).
Le premier jour Le second jour de marche. de marche.
6 heures 36°,3 36°,7
Midi 37°, 8 38°,3
2 heures 37°,5 38°,4
8 — (repos). a7°,3 38°,4
Il est évident que cette élévation de température n'est pas en^ rapport avec l'énorme travail musculaire produit. M. Mosso n'a pas de peine à l'établir; mais d'autre part il n'en est pas moins évident que l'exercice musculaire a amené une élévation thermique assez notable. Je veux bien reconnaître avec M. Mosso que c'est un état analogue à la fièvi-e ; mais ce n'estlà qu'une comparaison assez imparfaite, et on ne peut assimiler la chaleur produite par un exercice musculaire, et la chaleur produite par une infecliondu sang due à un poison qui donne la fièvre.
(l) Influenza del sislema nervoso, etc., loc. cit. p. 26.
Pour M. Mosso, ce n'est pas la contraction musculaire qui produit riiyperthermie, c'est l'excitation nerveuse. On avouera que la dissociation est bien difficile à faire. Quand le système nerveux commande un exercice violent, il commande en même temps des échanges plus actifs, de sorte qu'on ne peut faire la part de ce qui revient à la contraction musculaire proprement dite, et de ce qui revient à l'excitation nerveuse stimulatrice des échanges. Mais il est bien probable que les muscles jouent dans la production calorifique un rôle plus actif que les autres tissus.
Si, malgré l'activité énorme des échanges, la température ne s'élève pas davantage, c'est que la régulation de la température du corps se fait presque aussitôt. Mais, si efficace qu'elle soit, elle ne suffit pas tout à fait, de sorte que, malgré cette régulation, la transpiration cutanée par la respiration et la température est un peu plus élevée qu'à l'état normal.
M. Mosso dit aussi que les émotions sans travail musculaire font monter la température; et il en donne un intéressant exemple. Mais cela ne prouve pas du tout que les contractions musculaires n'aient pas cet effet. Il est certain qu'un exercice musculaire élève la température au-dessus de la normale.
La question est de savoir si l'élévation au-dessus de la normale est due à ce que la régulation est placée plus haut, à 37°, 08 je suppose, au lieu de 37°, ou bien à ce que la régulation est insuffisante. Il y a excès de combustion, et alors on dépasse 37°.
Ce qui semble prouver que la régulation est légèrement insuffisante, c'est qu'il suffit d'un court moment de repos pour que la température revienne au niveau normal. Au bout d'un quart d'heure environ, comme l'a montré M. Vernet, la petite hyperthermie de l'exercice musculaire s'est dissipée.
Quoi qu'il en soit d'ailleurs, les variations de la température normale de l'homme sont, dans une forte mesure, dépendantes de son activité musculaire. Dans le sommeil et pendant le repos de la nuit, la production de chaleur est faible, et alors il faut que la déperdition soit à son minimum. Aussi, quand on dort, at-on toujours besoin d'être couvert beaucoup plus que quand on veille. On supporte, avec des vêtements légers, en marchant vite, ou en faisant un exercice énergique, des températures basses qui feraient périr de froid ceux qui resteraient immobiles plusieurs heures durant, à cette même température et avec ces mêmes vêtements légers.
La différence qu'on trouve entre la température du sommeil et «elle de la veille serait donc beaucoup plus grande, si l'on ne se
LA TEMPÉRATURE iS'ORMALE DE l"U0MME 97
protégeait pas contre la chaleur trop grande pendant la veille, et contre le froid, pendant le sommeil.
Cette puissante influence de l'activité musculaire nous explique, en partie au moins, l'abaissement de température pendant le sommeil. Le matin, au réveil, la température est toujours inférieure à ce qu'elle est le soir, après l'activité de la journée. Chez tous les individus bien portants, comme chez les malades, il y a une rémission matinale et une exacerbation vespérale.
Mais le mouvement musculaire n'explique pas ce rythme quotidien, car, s'il en était ainsi, il n'y aurait que deux températures: une température d'activité musculaire, très élevée ; une température de repos musculaire, très basse; tandis qu'en réalité il y a un rythme régulier quotidien, qui se fait par gradations et et dégradations lentes. Ce rythme est dû évidemment à l'activité du système nerveux, maximum à 5 heures du soir, minimum à 5 heures du matin.
Par leurs contractions les muscles produisent bien de la chaleur. Pourtant à eux seuls ils ne peuvent régler la chaleur du corps. Certes, un violent exercice échauffe notre organisme; mais si notre organisme est réglé à 37°, bien vite, par suite d'un refroidissement énergique commandé par le système nerveux, bien vite, dis-je, la température de 37" reviendra : de sorte que les échauffements par combustion musculaire , si importants (ju'ils soient, ne durent pas, et la température normale reparaît au bout dun temps très court. Or c'est le système nerveux qui détermine la température normale : 37" le matin, 37°, 5 à cinq heures du soir, 36°, pendant la nuit. Ce rythme esl presque indépendant des contractions musculaires ; il dépend de la régulation par le système nerveux, qui règle les échanges, |)roductions et pertes de chaleur, de telle sorte que, tout compte fait, la balance des pertes et profits se solde par une température de 37° le matin, 37°, o, à quatre heures du soir et 36°, 5 dans la nuit; et cela, grâce au système nerveux qui règle le rythme.
En un mot, le rythme quotidien de la température dépend non de la [)roduction de chaleur (fonction des muscles), mais de la régulation de la chaleur (fonction du système nerveux). Or la régulation est due au système nerveux, qui commande des températures de 36°, 5 la nuit, et de 37°, 5 dans la journée.
L'activité musculaire n'est pas la seule cause qui élève la tem- [)éralure dans la journée. L'alimentation modifie aussi quelque peu notre chaleur i)ropre ; l'heure du repas fait varier notre tem-
Cll. lîlMIET. 7
pérature aux divers moments de la journée. M. Biirensprung a trouvé sur lui-même, dans la nuit, une température axillaire de de 36°, 3, et, à trois heures de l'après-midi, après le principal repas, 37°,5. Nous avons d'ailleurs déjà examiné cette question de l'alimentation et de son influence sur la température.
Quant à l'action des poisons — et certaines substances qui entrent dans l'alimentation, comme l'alcool, doivent être rangées parmi les poisons, — nous aurons l'occasion d'en parler dans une des leçons suivantes.
Enfin l'activité psychique augmente aussi la température. Nous ne parlons pas de l'influence du travail intellectuel sur la température locale du crâne, question sujette à controverse, et au fond assez peu intéressante : c'est de la température générale qu'il s'agit ici. Davy a fait quelques expériences sur ce point. Il a vu qu'après des efl'orts d'attention soutenue, et durant deux à cinq heures, la température, étant d'abord de 36°, 62, est arrivée, après un effort intellectuel, à 36°,67 ; l'augmentation est d'un demi-dixième de degré, d'après une moyenne de 18 expériences.
Fig. 11. - Influence du travail intellectuel sur la température. Expérience de M. Gley. Température rectale.
Sur ce graphique, comme sur le suivant, on voit nettement l'influence du travail intellectuel .
En A, au lit, le matin, lecture d'un article de la Revue philosophique. La température,, qui éta'it restée stationnaire pendant une demi-heure à SG'jSa, monte aussitôt et atteint, de 8 heures à 8 h. SO", en une demi-heure 36»,45, L'ascension se prolonge encore quelque temps ; enfin la température reste stationnaire, puis tend à redescendre.
Sur l'ordonnée inférieure, les temps sont marqués toutes les cinq minutes. Sur rordonnée latérale de gauche, les températures sont indiquées à l'échelle de 0',0 par ligne.
LA TEMPÉRATURE NORMALE DE l'hOMME 99
Il trouva encore qu'après avoir prononcé un discours, sa température s'était élevée à 37°,9-4, chiffre qui dépasse tout à fait la normale. — Il est vrai que cette expérience n'est pas absolument probante, car les fonctions musculaires sont intéressées au moins autant que les fonctions intellectuelles dans l'exercice de la parole. Donc dans ce cas l'influence du travail psychique proprement dit n'est pas seule en jeu.
Un physiologiste allemand, M. Speck, a pris aussi quelques observations pour juger du rôle thermique de l'activité intellectuelle. Il a constaté que la température axillaire s'élève, par le fait du travail psychique, de quelques dixièmes de degré, par exemple :
De 3o°,70 à 3j°,80, c'est-à-dire de . . . 0»,1 35°,70 à 35°,80, — ... 0°,1
Un autre observateur allemand, M. Rumpf, a vu que chez lui et chez un autre expérimentateur la température, pendant le travail intellectuel, monte quelquefois jusqu'à 37%7 ; ce chiffre a été atteint de neuf heures à minuit, ce qui est tout à fait exceptionnel ; car en général, à minuit la température se rapproche beaucoup du minimum.
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Kn f;, leetiire d'un article de la Ucmic jihilosophiquc. La tcm|i(';ralure monte tant qui* dure la leeture, jusqu'en [). Kn D, le travail est interrom|)U ; la teriipéralure re.stc alors stîilionnaire, pour remonter légèrement quand la lecture est reiirise en li, et s'arrêter eu F, quand le travail est fini.
Mais la question demandait à être étudiée de plus près et d'une façon plus suivie, par des observations de longue durée. C'est ce qu'a fait récemment M. Gley sur lui-môme, en prenant sa température rectale au moyen d'un thermomètre que nous avons spécialement fait construire à cet effet. C'est un thermomètre à mercure, dont la cuvette est assez grosse et dont la tige offre deux coudes ; du second coude s'élève une branche montant assez haut, et à l'extrémité de laquelle se trouve la graduation qui va de 35 à 42°. Une fois l'instrument introduit dans le rectum, — la direction du premier coude rend très aisée cette introduction — on peut faire soi-même les lectures sans déplacer aucunement le thermomètre. Chaque degré est divisé en 25 centièmes. — M. Gley, après avoir expérimenté dans des conditions bien déterminées et en variant ses expériences (fig. 11 et 12), a pu conclure que, dans l'espace d'une heure, la production de chaleur due au travail intellectuel proprement dit est représentée par un dixième de degré.
A toutes ces causes , particulièrement physiologiques , qui agissent sur la température, il faut en ajouter une d'ordre physique : l'influence du milieu extérieur.
Cette influence a été bien étudiée par Davy dès 1814. Dans un voyage qu'il fit d'Angleterre à Ceylan, il nota une élévation progressive de la température chez les hommes de l'équipage, à mesure que l'on approchait des régions chaudes. La difl'érence entre la température humaine à Londres et la température humaine à Ceylan a été alors de 1°,93 en moyenne. Dans d'autres observations prises sur lui-môme, il a constaté que, pour une différence dans la température extérieure de 12°, 3, la buccale augmente de 0°,9. M. Raynaud a observé une variation de 0°,43 dans la température buccale pour une variation extérieure de 18°. Antérieurement, Eydoux et Souleyet, dans un voyage à Rio-Janeiro, observant la température rectale sur dix personnes différentes, étaient arrivés à un résultat analogue. M. Brown-Séquard prenant, comme Davy, la température buccale, dans le cours d'un voyage aux Antilles, a fait des observations également intéres-
(1) Pour apprécier exactement cette influence du climat, il importe de bien distinguer les diverses températures que l'on peut prendre. Ainsi la température du rectum semble varier beaucoup moins que les températures superficielles. Eydoux et Souleyet n'ont trouvé que 1° de différence pour 40° dans la température extérieure du cap Horn, O", au Gange, à Calcutta, -f- 40°. Mais M. Brown-Séquard, prenant la température buccale, pour une difl'érence extérieure de 23°, a trouvé une différence physiologique de 1°,275.
LA TEMPÉRATURE NORMALE DE l'uOMME 101
santés ; entre autres, il releva, sur huit personnes de dix-sept à quarante-cinq ans, les chitrres suivants :
Température extérieure. Moyenne.
En France, au Havre 8° 36°, 62
8 jours après le départ 23° 37°, 42
17 jours après, sous Féquateur. . 29° 37°, oO
6 semaines après 29° 37°,23
M. Mantegazza, prenant la température de l'urine pendant une traversée de l'Atlantique, confirme encore ces recherches. Le minimum, dans ces 241 observations, a été de 36°, 4 en février, et le maximum, de 37", 95 en juillet, cette difTérence de l°,5o correspondant à une dififérence dans le milieu extérieur de 28°, 5. Plus récemment M. Jousset a fait de nombreuses et intéressantes observations sur ce point. Il a vu que la température axillaire s'élève, au Sénégal et aux Antilles, lorsque l'air est modérément humide et ne gêne pas trop l'évaporation, de 1° à 2°. Plusieurs des faits qu'il cite sont très démonstratifs. Ainsi il a vu sur un sujet de dix-huit ans, bien portant, qui avait quitté Marseille à la fin de juillet et traversait l'isthme de Suez pour se rendre dans l'Inde, une augmentation de i°J, quand la température extérieure passa de 20" à 33° à l'ombre. Au milieu de la mer Rouge, au moment d'une tempête de sable, par une atmosphère embrasée, la température de la main était presque à 39° ; celle de la bouche, primitivement de 37°, 5, s'était élevée à 39°, 2. Le même observateur a trouvé sur cinq Européens vivant à Ghandernagor une moyenne de .38°, 16 ; il faut dire que ces températures furent prises à la lin de la saison chaude par une température extérieure très élevée et fort sèche. En résumé, pour M. Jousset, dont les mesures ont porté sur cent dix sujets, la moyenne de la température dans les régions chaudes oscille entre 37°, 6 et 38°2, alors que la moyenne dans les pays tempérés est comprise entre 36°, 6 et 37°, 4. — M. Jousset a d'ailleurs fait la contre-épreuve de ses observations, et examiné plusieurs personnes revenant des Antilles en Europe. Sur cinq sujets qui avaient à la Martinique une moyenne de 37°,02 pendant la saison chaude et de 37°,88 pendant la saison fraîche, il a vu la température descendre à 37°,80, quand ils quittèrent les régions chaudes ; loi'sque la température extérieure ne fut plus que de 17°, leur température axillaire tomba à 37°, 21.
Nous devons cependant citer des observations qui contredisent quelque peu les précédentes. M. Boileau dit qu'aux tropiques, la
moyenne de la température axillaire est entre 36°, 67 et 37°,29, c'est-à-dire la môme qu'en Europe. M. Maurel, dans le mémoire dont nous avons déjà parlé plus haut, rapporte un certain nombre d'expériences qu'il a faites à la Guyane et à la Guadeloupe et qui lui ont donné, comme moyenne de la température axillaire, 37°, 384. Et, à l'appui de ses observations, il cite celles d'un de ses collègues de la médecine navale, le docteur Guéguen, qui a aussi trouvé à la Guadeloupe la moyenne 37°, 3. Par conséquent la température de l'Européen dans les pays tropicaux ne serait supérieure à la moyenne observée dans les pays tempérés que de quelques dixièmes.
D'après M. Lôw, en Californie, par une température extérieure énormément élevée (47°,5), l'élévation de la température du corps était de 0°,5 à 0°,6 au-dessus de la normale ; pour la faire monter de 1°,2, il fallait un exercice musculaire un peu prolongé. Cela confirme ce que nous disions plus haut, que la chaleur extérieure ne suffit pas pour provoquer le coup de chaleur : il faut encore qu'il y ait marche forcée ou exercice exagéré.
Ainsi l'influence du milieu sur la température est très réelle. Combien de médecins d'ailleurs, même en Europe, ont pu la constater ! Les médecins norvégiens ne donnent-ils pas comme moyenne normale le chiffre de 36°,4, tandis que les médecins italiens donnent 37°, 3? M. Alvarenga n'a-t-il pas trouvé au Portugal une moyenne plus élevée de quelques dixièmes (37°,22 sous l'aisselle) que celle des médecins anglais ou allemands ? Que si l'on compare ce chiffre de 37°, 22 à celui qu'a obtenu M. Compton en Ecosse, c'est-à-dire dans un pays froid et humide, on constatera presque 1° de différence.
Cette influence du milieu extérieur sur la température a été quelquefois constatée de la manière la plus simple. Ainsi Davy a vu par un froid très vif sa température s'abaisser à 35°, 9. M. Stapfî a vu par un froid de — S° sa température buccale à 34°, 17 ; dix minutes après, dans une chambre assez chaude, elle s'était élevée à 36°,22.
M. Forel, ayant déterminé sa température normale (rectale) moyenne T aux différentes saisons de l'année, a cherché à savoir quelle était la différence de cette température moyenne T avec telle ou telle température spéciale à divers moments de l'année. Soit i la température observée.
t' représentant la différence entre telle ou telle température spéciale et la température moyenne. Il a trouvé alors que de
LA TEMPÉRATURE NORMALE DE l'uOMME 103
septembre à mars, /' = — 0°,12, tandis qu'en juillet et août l' = -\-0%o. Il y a donc, d'après M. Forel, une très légère augmentation avec la température extérieure.
Nous pouvons ajouter à ces faits de très intéressants détails dus à M. Gresswell. Cet observateur a pris sur divers passagers et sur lui-même, durant un voyage fait autour du monde, sur un navire à voiles, de très nombreuses températures buccales, et il a ainsi constaté nombre de faits importants, confirmatifs de ceux que nous venons de rapporter plus haut(l).
M. Gresswell a constaté d'abord que la courbe quotidienne thermique est, à toutes les latitudes et par tous les climats, à peu près la même; cependant, dans des climats chauds, l'élévation thermique diurne commence de meilleure heure et dure un peu plus longtemps que dans les climats froids.
D'une manière générale, la température buccale est plus élevée quand il fait cliaud que quand il fait froid, ainsi que lindique le tableau suivant, qui exprime des moyennes:
Tempi^raturc humai
iue.
Tempe Minimum.
rature extér Maximum.
icure.
Maximum.
Minimum.
Moyenne.
Moyenne,
ll°,0
37», lo
A ce propos, M. Gresswell fait remarquer que cette augmentation de la température organique par le climat s'observe surtout chez les enfants.
L'auteur de cet important travail attribue, et non sans raison, une grande influence à la température extérieure sur la température du corps. Jamais, aux tropiques, la température ne s'est abaissée au-dessous de 30", 4; tandis qu'en d'autres pays, quand le vent était froid, il a observé quelquefois des températures de 34", 7. Il s'est assuré qu'il n'y avait pas d'erreur instrumentale, de sorte que ce chiffre de34'',7 doit être regardé comme certain.
{l) Il est n;^n;tlal»li; que nous n'ayons pas sur la température humaine dans les régions froides des observations comme celles que nous possédons pour les pays chauds, nombreuses et précises comme celles de Davy, de M. Brown-Séquard, de M. Jousset, etc.
Cela n'a d'ailleurs rien de bien surprenant si l'on songe que la température buccale est, en somme, une température périphérique, et qu'à ce titre elle varie bien plus que la température centrale.
Un homme exposé au vent froid avait 36°,5 ; rentré dans l;i cabine, sa température était, au bout de dix minutes, de 36°, 75 ; dix minutes après, de 37°, 5. Or jamais la température rectale, quand il n'y a ni intoxication ni contractions musculaires violentes, ne varie aussi vite chez un adulte bien portant.
M. Gresswell nous donne aussi, sur la température périphérique, prise à la paume delà main, des documents qui concordent encore très bien avec les données classiques précédemment exposées, mais je ne puis les rapporter en détail.
En tous cas, voici deux lois essentielles qu'il faut bien reteniiet qui résultent de toute cette longue discussion.
1° La température périphérique du corps varie beaucoup avec la température extérieure, s'abaissant quand la températuri^ extérieure s'abaisse, s'élevant quand celle-ci s'élève.
2° La température profonde (mesurée profondément dans h) rectum) varie dans le même sens, mais très peu, de sorte que, si les variations dues au milieu extérieur sont de 2°, 5 pour la température périphérique (buccale;, elles n'atteignent pas 1° pour la température centrale (rectum).
Notons, avant de terminer cette étude des conditions extérieures, que l'abaissement par le froid ou l'élévation par la chaleur ne se prolongent pas indéfiniment. En passant rapidement d'un endroit froid dans un endroit chaud, on élève sa température organique ; mais bientôt l'équilibre s'établit : on revient à la température normale. Les voyageurs allant d'Angleterre aux Indes ont d'abord une température de 38° ; mais, après quelques mois de séjour, la température normale est à peu près revenue : c'est une des conditions de l'acclimatement. La plupart des médecins cités plus haut, qui ont étudié les variations thermiquessuivant le climat, ont fait cette importante remarque.
Dans une ascension faite au mont Blanc, MM. Lortet et Marcel, par un froid de — 10° et dans un air évidemment peu dense, paiconséquent peu riche en oxygène, ont môme noté des températures (buccales) de 31°,8, 32°, 32°,3, 32°,8, etc., refroidissement intense que les auteurs attribuent moins au climat extérieur qu'à l'effort musculaire, nécessaire pour faire l'ascension, effort qui absorbe une grande quantité de force vive. Si MM. Lortet et Marcet ont admis que dans l'ascension des
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raontagnies, la température s'abaisse, celte proposition n'a pas été sans soulever de très vives et, à notre sens, très légitimes critiques de la part de M. Forel, qui pense que la mensiu-ation de la température buccale ne donne que des résultats imparfaits.
En se plaçant dans de meilleures conditions, cest-à-dire en mesurant la température rectale, M. Forel a vu constamment (jue l'ascension d'une montag^ne élève énoimément la température : ainsi, dans un cas le milieu extérieur étant à 19^2o), la température du corps était de 39'',13. Dans uu autre cas le milieu étant à 9',6), la températiu'e du corps a été de 38'',38. Dans presque toutes les ascensions, la températiu-e rectale a dépassé 38".
La descente de la montagne a donné lieu aux mêmes phénomènes, et la température s'est aussi élevée pendant la descente.
Cette intéressante question a été reprise avec un soin tout pailicuLier par M. Vernet 1). M. Vernet continue absolument les recherches de M. Forel. Au repos sa températiue rectale était en moyenne de 36', 96, soit de 37'. Par le fait de l'ascension, la température montait à 38', 54 en moyenne (avec un maximum de 39">. Par le fait de la descente de la montagne, elle s'élevait à 38',60. Au repos, dans le lit, quelques heures après le retour, elle revenait à 36^9o.
Dans une autre série d'expériences, répondant à M. Gay (2) qui avait cru trouver que l'ascension de la cathédrale de Slrasboiu'g avait fait descendre sa températui'e (buccale) de O'o, M. Vernet établit «qu'après une rude ascension la températiu-e qni, au bas de la montagne, était de 37°, atteignait, immédiatement après l'ascension, 38°, 46; 7 minutes après, 38^,4o; 13 minutes après, 38',44; 23 minutes après, 37%76; et dans deux autres expériences le résultat a été le même.
Il n'y a donc, après les faits si démonstratifs donnés par •M. Forel et .M. Vernet, pas de doute possible. Quand on monte une montagne, ou an escalier, on s'échauffe, quoiqu'on consomme beaucoup de force vive. Quelle que soit la quantité de force consommée, elle est moindre que les combustions chimiques, et le corps s'échauffe.
Ces faits sont importants au point de vue de la conservation intégrale de 1 énergie et de la théorie mécanique de la chaleui*. Il est certain que, par l'ascension du corps, une certaine quantité de force vive est consommée, qui est représentée par PH. P étant
(1) L'organisme humaiu soami'» à un travail masctilaire. Af-h. dus se. phyt. «i nalur. t. XIV, août 18}<3, p. 111 ft suir.
(2) Voir Rnue scientifique 6 juin 1885.
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le poids du corps, et H la hauteur de la montagne. Cette force
vive est empruntée évidemment aux opérations chimiques de
l'organisme, de sorte que la réaction totale peut s'exprimer
ainsi :
Comb. chim. = chai. + P xH.
Mais, pour suffire à cette double dépense, les combinaisons chimiques se font en excès, de sorte que non seulement il y a assez de force vive pour suffire au travail, mais encore la quantité de chaleur dégagée est plus grande qu'il était nécessaire.
Ainsi c'est la contraction musculaire qui domine tout. Dès qu'il y a efforts et contractions, notre température s'élève, soit que nous montions, soit que nous descendions, soit que nous marchions en terrain plat ; le travail produit, qui consomme une certaine quantité de chaleur, est toujours inférieur à la quantité d'énergie dépensée en excédent par les combinaisons chimiques qui ont lieu dans les contractions musculaires (1).
L'influence des douches et des bains froids est difficile à résoudre.
M. Aubert (2) a fait sur lui-même des expériences précises pour déterminier l'influence que les bains froids exercent sur la température du corps. Pour des bains dont la durée est seulement de 15 minutes, il n'y a aucun abaissement de la température centrale ; tandis que, si la durée du bain froid est plus prolongée, soit de 30 minutes ou d'une heure, il se fait un abaissement de O^S pour des bains d'une demi-heure et de 0°,6 pour des bains d'une heure.
Les températures étaient prises dans le rectum.
Ces observations prouvent bien que l'organisme, s'il est exposé à une source de froid considérable, réagit vigoureusement contre le froid en dégageant alors une plus grande quantité de chaleur; car un refroidissement de 0°,6 en une heure est tout à fait minime pour un corps plongé dans un bain froid.
M. Delmas (.3) a fait des observations sur la température du corps, pendant et après les douches. Mais, comme il s'agit de température périphérique, mesurée dans la bouche et dans l'aisselle, il a observé des résultats qui difl'érent de ceux de M. Aubert,
(1) Voyez encore sur cette question. Tapie: Chaleur et Travail musculaiî^es. Tli. d'Agrégat, de Paris, 1886, — et Lambling : Des origines de la chaleur et de la force chez les êtres vivants. Th. d'Agrégat, de Paris, 1886.
(2) Revue des sciences médicales, T. XXI, page 150.
(3) Revue des sciences médicales, T. XXI, page 509.
LA TEMPERATURE NORMALE DE L HOMME
c'est-à-dire qu'après la douche, quand la réaction s'établit, la température, au lieu de monter, s'abaisse et quelquefois d'un degré en une ou deux minutes. Cet abaissement est dû, selon toute vraisemblance, au refoulement du sang périphérique dans les parties profondes et à l'anémie périphérique. Alors la surface cutanée étant anémiée se trouve, par cela même, à une température plus basse.
Il faut en tout cas admettre que, si le bain froid et la douche froide diminuent quelque peu la température, ils augmentent dans une énorme proportion les combustions chimiques qui produisent de la chaleur.
Toutes ces causes que nous venons de passer en revue peuvent déterminer chez le même individu des oscillations normales de température atteignant et dépassant môme 1° en vingt-quatre heures. Voici à cet égard quelques chiffres.
Axillaire
Buccale
Axillaire
Rectale
Axillaire
De l'urine
Axillaire
Buccale
Axillaire
De l'urine
Rectale
d'après
Ogle. . . .
Stapfî. . .
Bârensprun Jœger. . .
Billet . . .
Œrtmann.
Van Duyn.
Damrosch.
Billroth. .
Cil. Ricliet Gley. . . .
Ecart maximum
en vingt-quatre
heures. Maximum. Minimum.
De même M. Pilz, en mesurant la température rectale chez des enfants âgés de sept ans environ, a constaté sur le même individu des oscillations de (P,7; l",!; i°,2; 0°,6; 1", 3. Dans ce derniercas, et quoique le sujet fût bien portant, la température a effectivement baissé de l°,o en trois heures.
D'après M. Forel, les différences ont été au maximum de 1°,07 pour la température rectale et de 1°,08 pour la température axillaire.
A la vérité, il ne s'est agi là que des écarts observés sur des mêmes individus. Ces écarts sont un peu plus considérables, quand l'observation porte sur des personnes différentes. Ainsi ils seraient :
D'après Alvarenga 1°,9
— Ladame 1°,2
— Jûrgensen lo,S
— Finlayson 1^73
— Billroth 10,6
11 ressort de ces faits qu'un homme adulte, bien portant, dans les conditions ordinaires de la vie, peut présenter, dans l'espace de vingt-quatre heures, des oscillations de température de l'',S, sans que sa santé soit le moins du monde altérée (1). Au contraire, c'est une des conditions de l'existence physiologique normale.
Quant aux différences de température entre les individus diffé" rents, il n'existe malheureusement pas de recherches précises* Ce serait cependant un travail intéressant que de compareriez divers individus au point de vue de leur chaleur propre et de leur consommation organique (en urée, en acide carbonique), comme au point de vue de leur appétit, de leur alimentation, do leur manière de se comporter par rapport à la température extéri3ure. Peut-être devrait-on tenter cette étude instructive do biologie comparée.
La température de l'homme peut donc varier de 2°, 5, c'est-àdire à peu près de oS",? à 38", 2, et cela sans que la santé soit altérée, sans qu'il y ait un état morbide, que la température parvienne à l'un ou à l'autre de ces termes extrêmes.
Quant aux chiffres à retenir et à garder comme des types, c'est surtout le chiffre de 37°, qui représente la moyenne générale ; 36°, 2 dans la nuit, 37°, 5 à la fin de la journée pour la température axillaire. Pour la température rectale, 37°, 8 à la fin de la journée, 36°,6 pendant la nuit et 37°, 2 à huit heures du matin.
Ces données suffiront pour déterminer exactement les cas où il y a soit de la fièvre, soit de l'algidité.
En comparant cette température à celle des animaux, on verra ce phénomène étrange que l'homme a deux degrés de moins que les autres mammifères — le singe et le cheval exceptés — et qu'il constitue, à ce point de vue, dans la nature, une remarquable exception.
(1) M. Jiirgensen, eu particulier, a trouvé le chiffre de l^jS, les oscillations thermiques se faisant normalement entre 36°,3 et 37°, 9. Mais sur un des trois sujets qu'il a si bien étudiés au point de vue des variations de la température, il a vu, après un travail énergique, la température monter à 38o,8, après un bain chaud à 40o,7, et après un bain très froid descendre à 33°, d. Chez un individu à l'état normal, les oscillations peuvent donc atteindre 8° ; mais alors il s'agit de conditions physiologiques non normales.