‹ La chaleur animaleChapitre 19 sur 99 · TRAUMATISMES DU SYSTEME NERVEUX · texte numérisé non relu

TRAUMATISMES DU SYSTEME NERVEUX

TEMPÉHATIRE

OBSERVATIONS

AUTEURS

TERMINAISON

Fracture de la colonne vertébrale cervicale (observa-

tion prise en 1837) ....

Brodie.

Mort.

Fracture de la 6» cervicale (cinquante heures après

l'accident)

Billroth.

Id.

Fracture de la 12'' dorsale

et delirium tremens . . .

Simon.

Id.

Fracture de la 6« cervicale (dix-neuf heures après le

traumatisme)

Frerichs.

Fracture de la colonne vert'=

Fischer.

Id.

Id.

Weber,

Id.

Id.

Quincke.

Id.

Fracture de la 7« cervicale (dix heures après le trau-

matisme)

Nieden.

Id.

Expérimentalement on reproduit cette hyperthermie nerveuse, soit en piquant la moelle cervicale, comme l'ont montré MM. Naunyn et Quincke (1869), pour la moelle et le bulbe, soit, comme je l'ai montré récemment, en faisant une lésion traumatique du cerveau.

Il y a donc une fièvre nerveuse, c'est-à-dire une fièvre où il n'existe pas d'altération humorale. C'est une altération organique du système nerveux, qui, réagissant plus activement qu'à l'état normal, commande des éclianges interstitiels producteurs de la chaleur |)lus actifs. C'est une fièvre dynamique, tandis que les autres affections fébriles sont vraisemblablement humorales.

§ V. — Maladies infectieuses.

Le quatrième groupe des hyperthermies est, de beaucoup, le plus important ; et c'est celui qui constitue la presque totalité des cas de fièvre. En effet, il est très rare d'observer soit le coup de chaleur, soit la fièvre traumatique nerveuse ; et les affections convulsives hyperthermiques, avec tétanos limité ou partiel, sont loin d'être aussi communes que les affections fébriles, qui font presque toute la pathologie.

Les découvertes contemporaines, inaugurées par M. Pasteur, ont rendu extrêmement probable ce fait esssentiel que la fièvre est presque toujours une affection parasitaire.

Que la fièvre nerveuse existe, celan'estpas douteux; et nous venons d'en donner plus haut des exemples ; mais, en dehors de ces conditions exceptionnelles, il n'en existe pas de cas indiscutables. Il est permis de supposer que, toutes les fois que notre température s'élève au-dessus de la normale, c'est qu'il y a une infection parasitaire plus ou moins durable, plus ou moins offensive.

Certes, dans un grand nombre de cas, l'infection n'est pas prouvée. On n'a pas démontré qu'une bronchite catarrhale par exemple, ou une courbature, ou un embarras gastrique fébrile coïncident avec les développements d'un microbe dans le sang. Mais il y a tant de cas si précis, si démonstratifs, où l'on voit la fièvre suivre l'évolution du parasite infectieux, qu'on est tenté de généraliser et de dire que, sauf les cas indiqués plus haut, toute élévation de température est due à une infection et au développement d'un parasite microbique.

Par exemple, en chirurgie, si la plaie est bien protégée par les antiseptiques, il n'y a aucune réaction fébrile. Mais qu'on laisse la plaie suppurer sans pansement antiseptique, et au bout de vingt-quatre heures la température générale aura monté d'un ou deux degrés.

Ce cas est typique, car il montre à quel point la réaction fébrile marche de pair avec le développement du microbe.

Nous pouvons donc, tout en reconnaissant qu'il s'agit d'une hypothèse — elles sont souvent nécessaires pour le progrès des sciences — considérer toutes les affections fébriles comme des affections parasitaires.

Que se passe-t-il quand il y a fièvre ? On peut admettre : ou bien que la production de chaleur est augmentée, ou bien que lat

perte de chaleur est diminuée. L'hypothèse d'une production de chaleur exagérée est maintenant un peu plus qu'une hypothèse : c'est presque un fait démontré. La production d'acide carbonique est plus forte, comme aussi l'absorption d'oxygène et l'élimination d'urée. D'autre part, les mesures calorimétriques montrent que le rayonnement calorique est plus considérable. Il suffit de mettre la main sur la peau d'un fiévreux pour constater que sa peau est chaude. Or cela suffit pour prouver qu'il perd plus de chaleur qu'à l'état normal. Si l'on trouvait les extrémités froides et la surface du tégument glacé avec une température centrale très haute — ainsi que dans certains cas de choléra, par exemple — on pourrait conclure que l'hyperthermie centrale est due à un moindre rayonnement périphérique. Mais le refroidissement périphérique des fébricitants est une condition exceptionnelle. Le plus souvent les fiévreux ont la peau brûlante, rouge; ils répandent autour d'eux un excès de chaleur considérable. Donc il y a excès dans la production du calorique, et non rétention de calorique.

Mais alors quel est le rôle des ferments organisés qui provoquent ces combustions plus actives ? Là encore on peut faire deux hypothèses. Ou bien les microbes produisent par eux-mêmes, par leur combustion propre, une certaine somme de chaleur qui vient s'ajouter à la chaleur produite déjà par l'organisme ; de sorte que le résultat final est une somme d'effets thermiques qui se surajoutent. De nouveaux éléments vivants viennent s'ajouter à ceux du corps et contribuent à augmenter la chaleur finale. Ou bien — et c'est ce qui me paraît beaucoup plus facile à admettre et vraisemblable — les microbes, dans leur évolution organique, produisent des substances chimiques, de véritables poisons, des alcaloïdes, des ptomaïnes, qui actionnent le système nerveux de manière à l'exciter et à lui faire produire de la chaleur.

Jusqu'ici la démonstration de cette hypothèse, prévue par beaucoup d'auteurs, n'a pas été faite; elle ne sera pas cependant au-dessus des procédés de la physiologie, et on pourra, je crois, extraire des bouillons de culture, stérilisés après culture, les poisons, chimiquement définis, que les microbes ont sécrétés.

Jusqu'ici, malgré divers essais ingénieux, on n'a pu rien faire de précis à cet égard. Tout au plus peut-on comparer ces poisons hypothétiques produits par les microbes aux poisons que nous connaissons bien. Or e.\isle-t-il des poisons qui ont une action hyperlhermique?

En toxicologie il n'y en a pas, si l'on excepte, comme il convient, les poisons convulsivanls. Les poisons non convulsivants,

abaissent la température, et il n'y a môme pas d'exception à cet égard pour la cocaïne qui très nettement, élève à la fois la température centrale (comme l'a montré M. Laborde) et la production de chaleur, comme j'ai pu en donner la démonstration. C'est que la cocaïne agit par les contractions musculaires qu'elle provoque.

En effet, en mesurant la quantité de cbaleur produite par des lapins normaux et en la comparant à celle que produisent des lapins empoisonnés par la cocaïne, à dose modérée, j'ai trouvé les chiffres suivants (en supposant que la chaleur d'un lapin normal est de 100) : 160, 150, 122, 163, 133, 118, 133, soit en moyenne 143, Il s'ensuit que la cocaïne est une substance qui donne la fièvre, puisqu'elle produit à la fois de l'hyperthermie et un dégagement plus considérable de chaleur. On peut donc supposer que la vie des microbes dans l'organisme produit des substances septiques, plus ou moins analogues à la cocaïne, qui stimulent le bulbe et produisent à la fois de l'augmentation dans la production de la chaleur et de l'élévation de la température.

Une autre hypothèse voisine de l'hypothèse d'un poison d'origine microbienne, c'est que, les excrétions étant diminuées, il y a rétention de certains produits qui doivent, à l'état noimal, être éliminés de l'organisme. Alors ces produits toxiques seraient capables de provoquer les phénomènes de la fièvre. Ce serait une auto-infection, au lieu d'être une infection par des microbes. Dans l'un et l'autre cas, il s'agirait de substances toxiques agissant sur le bulbe et provoquant son excitation.

Telles sont donc à peu près les trois théories possibles pour expliquer la chaleur fébrile : 1° vie des microbes qui donnent par leur combustion propre une certaine quantité de chaleur ; 2° suppression de certaines excrétions normales et rétention d'un poison qui excite le bulbe thermogène ; 3° sécrétion par les microbes d'un poison qui excite le bulbe thermogène. De ces trois hypothèses, il nous parait que la première est difficilement acceptable, et que la troisième est la plus vraisemblable.

On pourrait en ajouter une quatrième qui est peut-être vraie dans certaines conditions tout à fait exceptionnelles, mais qui est assurément exceptionnelle. C'est que la fièvre est un phénomène réflexe, c'est-à-dire dans laquelle la mise en jeu de l'excitabilité bulbaire est provoquée par une excitation périphérique. En cautérisant le bulbe, on provoque de l'hyperthermie. Une stimulation par voie indirecte réflexe aura peut-être le même résultat. Mais jusqu'ici, à part une intéressante observation de Claude Bernard sur un cheval, dans le sabot duquel on avait.

enfoncé un clou, on n'a pas pu reproduire ces fièvres nerveuses rt^flexes.

Jai souvent cherché ce que devenait la température d'un lapin après une violente excitation périphérique. Or, en cautérisant, coupant, excitant le nerf sciatiqiie, je n'ai jamais constaté, une ou deux heures après, une augmentation notable de température. Si, à la rigueur, certains traumatismes peuvent être considérés comme l'origine de la fièvre réflexe ; si, à la rigueur encore, on peut concevoir que le froid à la périphérie provoque des actions réflexes fébriles, dans son ensemble, la fièvre ne peut pas être un phénomène réflexe; c'est un empoisonnement aigu du système nerveux central, et cet empoisonnement ne s'explique que par la présence d'une substance toxique, qu'elle vienne des microbes, qui végètent en abondance, ou de nos sécrétions normales indûment retenues.

Les températures fébriles peuvent aller jusqu'à 4i°, et même 44% 13, chiffre maximum qui a été constaté pendant la vie; après la mort, on a pu constater, dans un cas de variole, 44°, o. Je donne ici un tableau des principales observations, de moi connues, où la température a été supérieure à 42°. On voit que cette énorme hyperthermie est presque toujours, sauf dans les cas de fièvre' intermittente et dans trois ou quatre observations exceptionnelles suivie d'une terminaison funeste (1).

MALAI3IES INFECTIEUSES

TEMPKRATLRE

OBSERVATIONS

Fièvre (?)

Id. (?)

Fièvre typtioïde (et 42*>,8

après la mort)

Fièvre tvphoïde

Id.

id.

Id.

Wunderlich.

Id.

Niderkorn.

Alvarenga.

Niderkorn.

Tlioma.

Thierfelder.

Id.

Id.

Wunderlich.

TERMINAISON

Mort.

Id.

Id.

Gué ri son.

Mort.

Guérison.

Mort.

Id.

Id.

Id.

(1) Je me permets d'appeler l'aUenliou sur ce triijleau «lui nisulle «le longues recherches hililios^raphiiiues et qui est notablement i)lus complet «pie tous ceux qui ont été puhliég jusqu'à ce jour.

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