MADAGASCAR
Superficie : 585.000 kilomètres carrés.
Population en 1906 : 2.701.081 indigènes (chiffres du rapport Gervais), auxquels il faut ajouter 10.435 Européens, dont 8.044 Français (recensement de 1905). Il ne s’agit ici, bien entendu, que de la population européenne civile.
Finances.
Dette : 105 millions (emprunt de 30 millions en 1897, emprunt de 60 millions autorisé par la loi du 14 avril 1900, emprunt de 15 millions autorisé par la loi du 19 mars 1905). Ces deux derniers emprunts devaient être presque entièrement affectés à la construction du chemin de fer de Tananarive à la côte orientale, dont il sera question plus loin.
Budget de l'exercice 1908. — Le budget de l’exercice 1908 se balance par 32.091.610 francs et se décompose comme suit :
Recettes.
Produit du domaine . F. 829.000
Contributions sur rôles et assimilées . 15.953.250
Contributions indirectes . 4.400.000
Produits et revenus divers . 2.357.500
Recettes extraordinaires :
Produits d’emprunt . 5.690.000
Recettes extraordinaires diverses . 2.000.000
Recettes du chemin de fer . 861.860
Total . F. 32.091.610
Dépenses.
Dettes, emprunts, subventions. . . F. 6.218.895
Administration générale . 2.844.473
Travaux publics, mines, autos . 5.052.686
Transports . • . 1 . 546 . 500
Postes et Télégraphes . 1.473.719
Garde indigène . 1.340.415
Trésor . 908.925
Enseignement . 865.966
Autres dépenses . 3.288.171
Total . F. 23.539.750
Dépenses extraordinaires . 7.690.000
Dépenses du chemin de fer . 861.860
Total . F. 32.091.610
N. B. — Les redevances d’exploitations minières figurent dans le chapitre « recettes » pour plus d’un demi-million, les permis de recherches pour environ 200.000 francs, les taxes personnelles pour 11 à 12 millions, les taxes de consommation pour plus de 3 millions et les droits d’importation pour 600 à 700.000 francs. Quant aux droits d’exportation, leur produit s’élevait à peine jusqu’à l’an dernier à une quarantaine de mille francs ; mais la création d’un droit de sortie sur le caoutchouc de 0,40 par kilogramme (arrêté du 13 février 1907) est venue leur donner une importance toute nouvelle, puisque ce droit a rapporté à lui seul en 1907 une somme de 388.954 fr. 40.
Travaux Publics
A. — Travaux divers
En dehors des sommes inscrites dans les budgets annuels, l’emprunt de 60 millions avait affecté :
Aux phares et balises un crédit de . F. 2.350.000
Aux routes . . ! . . . 5 . 000 . 000
Aux travaux d’édilité . 2.500.000
Aux lignes télégraphiques . 1.950.000
Total . 11.800.000
Les travaux d’édilité prévus au programme de l’emprunt sont aujourd’hui terminés ; il en est de même pour les phares et balises, à quelques exceptions près. Les crédits des routes sont épuisés depuis 1903 et ont servi à l’achèvement de deux routes reliant Tananarive à l’Océan Indien et au Canal de Mozambique. Enfin, le réseau de lignes télégraphiques projeté sur les fonds de l’emprunt a été réalisé, et s’est même accru de plusieurs lignes nouvelles qui portent sa longueur totale à près de 5.000 kilomètres.
Le budget des travaux publics pour 1908 dispose, nous venons de le voir, d’environ 5 millions qui seront employés à la construction et à la réfection des routes, à des travaux urbains et d’adduction d’eau, enfin à la construction d’écoles.
Pour les routes, le Gouvernement général s’est inspiré du système suivant :
1° Réunir les ports d’exportation à leur arrière-pays par des voies carrossables permettant d’assurer l’écoulement des produits ;
2° Etablir à l’intérieur de l’ile un réseau de routes convergeant sur Tananarive, de manière à drainer le trafic vers le chemin de fer qui atteindra prochainement la capitale.
D’autre part, les travaux d’adduction d’eau à Majunga, Diégo- Suarez et Tananarive sont en cours d’exécution. Un wharf et des quais vont être construits à Tuléar, aujourd’hui relié à Durban par une ligne maritime régulière. Enfin, 38 écoles nouvelles seront édifiées dans le courant de l’année.
B. — Chemin de fer
Une somme de 48 millions avait été affectée par la loi du 14 avril 1900, et par celle du 5 juillet 1903, à la construction d’un chemin de fer de la côte Est à Tananarive. Mais cette entreprise se heurta à de telles difficultés , main-d’œuvre rare et inexperte, pluies torrentielles, mauvaise qualité du ballast, falaises à escalader, etc., qu’un second emprunt devint nécessaire pour terminer une voie ferrée qui ressortait au prix ruineux de 250.000 francs le kilomètre. La loi du 19 mars 1905
autorisa un emprunt supplémentaire de 15 millions, de sorte que le chemin de fer de Madagascar dispose en fin de compte d’un crédit total de 63 millions pour la section Brickaville- Tananarive (270 kilomètres). Quant à la section Tamatave- Brickaville, elle a été ajournée faute de crédits suffisants. Pour se rendre du port de Tamatave à la gare initiale de Brickaville, les passagers et les marchandises doivent emprunter d’abord un tronçon de voie ferrée de 12 kilomètres, puis, à partir d’Ivondro, le canal des Pangalanes, parallèle à la côte; cette voie navigable, aménagée par les soins de la Compagnie des Messageries françaises de Madagascar, est desservie sur une longueur totale de 123 kilomètres par les chalands et les chaloupes à vapeur de ladite compagnie.
Les travaux d’exécution de la ligne commencèrent en 1901. Le premier tronçon, de Brickaville à Sandrantsibona (kilom. 30), fut inauguré le 16 octobre 1902 ; le 1er novembre 1904 , la ligne atteignait à Famovana (kilom. 102) la lisière de la grande forêt. A la fin de 1906, on avait construit 167 kilomètres de voie ferrée (de Brickaville au fleuve Mangoro), sur lesquels 149 étaient en exploitation depuis le commencement de l’année (de Brickaville à Moramanga). Enfin, le tronçon Moramanga- Anjiro (37 kilomètres) a été inauguré le 17 avril 1908, reportant au kil. 186 le terminus du trafic.
En attendant l’achèvement de la ligne, un service d’automobiles transporte les voyageurs d’Anjiro à Tananarive, ce qui permet d’effectuer le trajet de Tamatave à la capitale en deux jours au lieu de trois. Quant aux 84 kilomètres restant à construire, les travaux sont poussés activement, et l’on espère que la locomotive atteindra Tananarive dans le courant de 1909.
La recette kilométrique brute s’est élevée en 1906, pour une longueur exploitée de 149 kilomètres (section Brickaville-Moramanga), à 6.185 francs, et la recette totale à 921.550 francs, sur lesquels 759.486 francs ont été fournis par les marchandises. Les dépenses d’exploitation se montant d’autre part à 611.449 francs, le produit net a donc été de 310.101 francs. Ajoutons que ces chiffres représentent le transport de 18.728 voyageurs, et de 18.902 tonnes de marchandises.
Agriculture. — Forêts. — Mines.
La superficie cultivée atteint environ 700.000 hectares, dont près de 400.000 sont consacrés au riz, qui forme la base de l’alimentation indigène, et donnent un rendement dépassant 400.000 tonnes. A côté du riz, les Malgaches cultivent dans les terres moins fertiles le manioc (130.000 hectares, 700.000 tonnes), les patates, le maïs, le mil, la canne à sucre, etc. Quant aux Européens, ils se cantonnent de préférence dans les cultures riches, telles que le cacao, le café et surtout la vanille, qui a pris un grand développement depuis une dizaine d’années. Le caoutchouc est, d’autre part, une des grandes ressources de la colonie (1), ainsi que le raphia dont l’exportation se développe, bien que le prix du fret ait été augmenté de 3 francs par halle. Quant au colon, l’Administration, secondée par l’Association cotonnière coloniale, s’efforce d’en développer la culture, surtout dans la région nord-ouest de l’ile qui semble tout particulièrement propice. Rappelons enfin que l’élevage du bétail a toujours été en honneur parmi la population malgache, et qu’il constitue pour elle de sérieux profits.
Les forêts de Madagascar couvrent environ le cinquième de la superficie totale de l’ile, soit 12 millions d’hectares, et sont riches en essences variées, où dominent principalement les bois d'ébénisterie, le palissandre et les palétuviers (l’écorce de ces derniers est de plus en plus utilisée pour la tannerie). D’importantes scieries se sont établies le long de la côte, à proximité
(1) Les exportations de caoutchouc ont suivi la progression suivante :
Le droit de sortie établi en 1907, dans le but de ménager les ressources de l’ile et d’améliorer la qualité du caoutchouc, a sensiblement enrayé, comme il fallait s’y attendre, l’exportation de ce produit.
des concessions forestières, et débitent les bois à destination de Maurice, de la Réunion ou de l’Afrique du Sud.
Quant aux exploitations minières, elles doivent surtout leur prospérité aux gisements aurifères du nord et de l’est de l’île. L’or vient actuellement en tête des exportations, et le nombre des permis de recherches va sans cesse en augmentant (1).
Industrie.
L’activité industrielle des Européens, en dehors des mines et des forêts, se porte principalement sur les industries alimentaires (Rizeries, brasseries, distilleries, fabriques de sucre et de rhumj, les transports et le bâtiment.
(1) Exportations d’or depuis 1898 :
N. -B. — L’anomalie que présente parfois la comparaison du poids et de la valeur tient uniquement aux variations qui se produisent dans le mode d’emballage du précieux métal.
Tableau général du commerce de Madagascar depuis 1895 (en milliers de francs)
(D'après les statistiques du Ministère des Colonies'.
Commerce de Madagascar en 1906 (milliers de francs)
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