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ET DE LA RICHESSE NATIONALE

IE ET LITHOGRAPHIE BARLATIER ET BARTHELET

Rue Venture, 19

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Seront esleus quatre des négociants de la ville, apparens, dignes, sutfisans et soivables, pour et afin de surveiller et.se prendre garde aux affaires qui pourront concerner te négoce, commerce et trafEque.

(Déliber, du Conseil du 5 août 1599.)

La prospérité commerciale de Marseille n'est pas due uniquement à f admirable situation de son port, elle est due aussi au génie de ses habitants et à une institution qui, depuis trois siècles, n'a pas cessé de veiller avec intelligence et fermeté à la protection et à la défense des intérêts du commerce et de rindustrie.

Cette institution, connue aujourd'hui sous le nom de Chambre de Commerce, ne Jut d'abord qu'une commission municipale, composée de quatre conseillers, choisis parmi les négociants les plus honorables et les plus expérimentés.

Elle avait pour mission d'éclairer le conseil commutial sur les besoins du Commerce, et de proposer les mesures les plus utiles pour en favoriser le développement.

Séparée, plus tard, de la Municipalité, mais toujours présidée par un consul ou par un écbevin, suivant T époque, la Commission devint une sorte d'administration des affaires commerciales. Elle eut des ressources spéciales, un budget, et employa des fonds considérables pour armer des vaisseaux de guerre, destinés à escorter les navires marchands; elle établit, avec T autorisation du Gouver-

nement, des consuls dans toutes les Echelles du Levant et de Barbarie, et ouvrit ainsi au Commerce Marseillais des débouchés importants.

Sans cesse préoccupée des intérêts qui lui étaient confiés, la Commission, appelée bientôt Chambre de Commerce, ne négligea rien pour donner une très grande extension à nos relations maritimes.

Cest ainsi que s est formée la fortune industrielle et commerciale de Marseille. Mais il a fallu aux « Députés du Commerce » qui se sont succédé d'année en année, de siècle en siècle, dans ces délicates fonctions, absolument gratuites, un réel dévoilement et beaucoup d'esprit de suite, pour vaincre tous les obstacles, et faire du modeste port du moyen âge, une des plus grandes places commerciales du monde.

L'histoire de cette transformation est consignée dans les riches archives de la Chambre de Commerce. La lecture des $o.ooo lettres qu'elles renferment et des procès-verbaux des délibérations de la chambre, exactement rédigés, permet de se rendre compte de latdche si honorable que les délégués du commerce ont remplie. Nous y avons trouvé les éléments de l'étude que nous publions dans le but de faire connaître les actes honorables des anciens Marseillais, tout en rendant un juste hommage aux services que ne cessent de rendre au commerce et à l'industrie, leurs dévoués successeurs.

INTRODUCTION

Marseille, Massilia, l'antique et célèbre cité phocéenne, était à l'apogée de sa splendeur, quand l'Empire romain s'écroula, l'entraînant dans, sa chute. Placée sur le chemin des Barbares, qui se

ruaient sur l'Italie, elle devînt, tour à tour, la proie des Wisigoths, des Bourguignons, des Ostrogoths et des Lombards. Livrée ensuite, et pendant plusieurs siècles, aux troubles incessants qui bouleversaient l'ancienne Gaule, elle ne reprit possession d'elle-même que sous l'autorité puissante de Charlemagne. Plus tard, le grand mouvement produit par les Croisades lui fournit l'occasion de développer ses relations maritimes et de fonder sa fortune commerciale.

Pendant tout le XIII e siècle, cette prospérité se maintint encore, mais ensuite, les Comtes de Provence, épuisés par les guerres entreprises pour conquérir ou conserver le royaume de Sicile, devinrent impuissants à protéger les navigateurs marseillais contre les attaques des pirates. Puis vinrent les guerres de religion qui achevèrent de ruiner le commerce.

Telle était la situation du port et de la ville de Marseille, lorsque quelques négociants, faisant partie du Conseil Communal, eurent la pensée de se réunir pour étudier les besoins du commerce. Ils formèrent, sous la direction des Consuls, une Commission qui prit le titre de Chambre du Commerce , parce qu'elle s'assemblait dans une des chambres de l'Hôtel de Ville (5 août 1599).

VIII INTRODUCTION

Les membres de cette Chambre étaient élus pour deu* ans et renouvelés par moitié chaque année, en sorte que les nouveaux élus étaient mis au courant des affaires par ceux qui les avaient dirigées pendant l'année précédente.

Tour à tour, tous les négociants apportaient ainsi le concours de leurs lumières, de leur expérience et de leur dévouement à l'administration des intérêts commerciaux. Ils étaient les délégués du commerce, et, de même que le lieu de leurs réunions avait été appelé la Chambre du Commerce, ils furent nommés les Députés du Commerce.

La Chambre de Commerce (pour nous servir de la désignation qui a prévalu) était présidée par les échevins (i); mais l'initiative des propositions appartenait aux députés, qui avaient ensuite la responsabilité des résolutions prises dans leurs réunions hebdomadaires.

Cette institution, très modeste à ses débuts, ne tarda pas à rendre les plus grands services au commerce et à l'industrie, et si Marseille possède aujourd'hui un des premiers ports du monde, elle le doit aux négociants remplis de zèle et de dévouement qui, se succédant d'ahnée en année, depuis près de trois siècles, dans les fonctions de délégués du commerce, ont toujours eu pour objectif la prospérité de leur vieille cité qu'ils aiment passionnément et dont ils sont fiers.

Mais il ne suffit pas de déclarer qu'ils ont été les auteurs de la fortune de Marseille, il faut le prouver, en faisant connaître comment ils sont arrivés à cet heureux résultat. Le meilleur moyen pour les juger, c'est de les voir à l'œuvre, et c'est leurs actes de chaque jour que l'on peut lire dans le Recueil de documents qui fait l'objet de cette publication, et dont je vais donner un rapide résumé.

Un des premiers services que les députés du commerce rendirent à la marine marchande, c'est-à-dire au commerce lui-même, fut

(i) Le consulat de Marseille fut aboli par Louis XIV, en 1660, et remplacé par Téchevinage.

INTRODUCTION IX

sinon de purger la Méditerranée de tous les pirates qui l'avaient envahie, du moins d'organiser un système d'escortes pour aider les navigateurs à lutter contre ces terribles ennemis. Nous les voyons constamment occupés à solliciter le concours des vaisseaux de guerre. En 1652, ils traitent avec le sieur de Bègues, qui s'engage, moyennant 4000 livres par mois, à armer une galère royale et à la mettre à leur disposition dans un bref délai. Aussitôt après, Mazarin leur écrit pour leur offrir la galère de la Reine, commandée par M. de Vauvré. Anne d'Autriche et Louis XIV joignent leurs recommandations à celles du Cardinal pour leur faire agréer cette galère. La Chambre de Commerce accepte avec empressement et promet de payer les sommes nécessaires. En 165 5 , le capitaine d'une autre galère royale, le sieur Jacques de Clapiers, traite également avec la Chambre, qui lui alloue 4500 livres, « en outre et par dessus les prises qu'il pourra faire contre les corsaires ennemis de l'Etat. »

Pendant ce temps, les capitaines du port de Marseille armaient leurs barques et défendaient valeureusement les marchandises qui leur étaient confiées. L'un d'eux, succombant dans une lutte inégale, est capturé par un corsaire qui laisse cinq pirates dans la barque. Le capitaine Rozan, seul avec un matelot, les jette tous les cinq à la mer; son compagnon est tué; mais, lui, sentant ses forces l'abandonner, fait un suprême effort, gouverne le navire et ramène son chargement intact à Marseille. Il est félicité et récompensé par la Chambre de Commerce. Un autre capitaine résiste à trois attaques d'une flottille de pirates et meurt avec son fils en combattant. Une forte indemnité est accordée à sa veuve.

Malgré ces efforts héroïques, malgré les charges énormes qu'elle s'imposait pour armer des frégates, la Chambre ne parvînt pas à anéantir la piraterie. Les députés du commerce firent les plus pressantes démarches auprès du Roi et de ses ministres pour obtenir un secours efficace. L'un des ministres, homme de génie et de résolution, Colbert, comprit enfin l'urgente nécessité de protéger le commerce. Il écrivit à son fils, le marquis de Seignelay, qui était en mission en Provence : « Le roi veut que toutes les mers soient

X INTRODUCTION

nettoyées de pirates, que tous les marchands soient escortés, favorisés et protégés dans leur commerce (i) ».

Louis XIV voulut lui-même témoigner toutes ses sympathies au commerce de Marseille. Il engagea les négociants à venir à Paris lui soumettre directement leurs doléances ou à se faire représenter par des députés, leur offrant un logis dans son palais : « Nous ferons loger commodément à notre cour et suite, disait-il, tous et chacun des marchands qui y auront affaire, pendant tout le temps qu'ils seront obligés d'y séjourner, ayant ordonné au Grand Maréchal des logis de notre maison, de faire marquer un logis propre pour cet effet, qui sera appelé la Maison du Commerce; que si lesdits marchands veulent députer quelqu'un d'entr'eux à notre Cour, pour avoir soin de leurs affaires, nous le ferons loger dans ladite maison et lui donnerons audience en toute occasion (2). »

Profitant des bonnes dispositions du roi et de son ministre, les députés du commerce n'hésitèrent pas à demander le rétablissement des anciennes franchises, dont jouissait le port de Marseille, et qu'ils considéraient comme une des meilleures mesures pour ranimer le commerce, en appelant dans leur ville les produits de tous les pays.

Colbert, qui avait sur le libre échange des idées très arrêtées et très justes, prit en sérieuse considération les doléances des députés du commerce et fit signer à Louis XIV, en mars 1669, unédit décrétant la franchise du port de Marseille.

Il est de tradition chez quelques historiens, qui ne se sont pas donné la peine de lire les documents contemporains, d'affirmer que Colbert aurait pris l'initiative de cette grande mesure, et qu'il aurait rencontré une vive opposition de la part des représentants du commerce. Or, le texte même de l'édit prouve très clairement que la franchise avait été demandée par les Marseillais : « Après de

(1) Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert, par Pierre Clément. Tome II, p. clxi.

(2) Ibidem. Lettre du Roi, du 26 août 1664.

INTRODUCTION XI

grandes et mûres délibérations, dit le Souverain, et après avoir fait examiner les mémoires qui nous ont été présentés par les députés du commerce y nous avons résolu l'affranchissement général de tous vaisseaux et marchandises entrant et sortant de la ville de Marseille » (i).

Ainsi allégé de tout impôt, de toutes taxes ou redevances, le commerce pouvait se mouvoir librement. C'était assurément une grande victoire remportée par la Chambre, qui venait de prouver combien son institution avait été opportune et nécessaire. Si, à cette liberté longtemps souhaitée, les députés du commerce avaient pu joindre la certitude d'en finir bientôt avec les attaques des corsaires, ils auraient entrevu, dans un avenir prochain, le relèvement complet du commerce de Marseille. Mais rien n'était moins certain. Il fallait lutter, lutter toujours, non seulement contre les pirates de tous les pays, mais aussi contre les escadres Algériennes, Tunisiennes et Tripolitaines, quand les pachas des Etats barbaresques déchiraient, sous le plus futile prétexte, les traités de paix solennellement jurés par eux. Et même lorsque ces traités étaient en pleine vigueur, il fallait sans cesse offrir des cadeaux aux pachas avides, pour soustraire les commerçants établis dans les Echelles à toutes sortes d'extorsions, aux exigences du fisc et aux brutalités des janissaires.

Les armements, les cadeaux, l'entretien des agents diplomatiques étaient à la charge de la Chambre de Commerce, qui dut, pour faire face à ces dépenses souvent considérables, recourir à la voie des emprunts, et enfin à la dure nécessité de créer un impôt sur les marchandises provenant des Echelles du Levant et de Barbarie.

Il est vrai que le produit de cet impôt étant entièrement affecté aux bejoins du commerce, les négociants ne pouvaient y être hostiles. Et comme, d'autre part, l'Etat demandait une forte indemnité pour compenser certaines redevances supprimées, il fut

(i) Déclaration du Roi, du mois de mars 1669. (Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert. Tome II, p. 797.)

INTRODUCTION

convenu, d'un commun accord, que la Chambre de Commerce créerait à Marseille et dans les Echelles, un droit de douane appelé Cottimo (i).

Telle fut la source des revenus de la Chambre de Commerce, modestes dans les commencements, quand le trafic était peu important, très abondants quand l'échange des produits prit un grand développement. La Chambre se constitua ainsi un fort budget qui lui permit de faire face à toutes les dépenses dont on prit l'habitude de la surcharger, soit au profit du commerce, soit au profit de l'Etat, qui se reposait sur elle pour tout ce qui concernait l'administration des Echelles.

En 1677, k Chambre fut obligée de payer les dettes que M. de Nointel, ambassadeur à Constantinople avait contractées, soit pour aller en Terre-Sainte, soit pour faire exécuter des réparations magnifiques à son palais, où pour y donner des fêtes, des réjouissances et des comédies (2) .

En 1681, la Chambre offre de contribuer pour trente mille écus aux dépenses d'armement d'une escadre, mais le Ministre répond que cela n'est pas suffisant, qu'il faut fournir au moins quarante mille écus.

Le 3 octobre 1683 > k Chambre contracte un emprunt de 250.000 livres « pour l'affaire des coups de canon tirés à Scio par

(1) « Le droit de Cottimo, lisons-nous dans un mémoire rédigé par les députés du commerce, est un des plus anciens qui aient été attribués à la Chambre, pour fournir aux dépenses dont elle est chargée. Anciennement, lorsqu'il était nécessaire de faire des dépenses en armement, qui avaient pour objet de protéger le commerce contre les corsaires et forbans, qui infectaient la Méditerranée, soit pour tout autre cause, on percevait à Marseille, sur chaque bâtiment du Levant et de Barbarie, un droit qui était plus ou moins fort, selon l'objet de la dépense. Ce droit était réparti sur les divers chargeurs, chacun au prorata des marchandises qui leur appartenaient. Il se percevait d'origine sans titre, suivant le régalement (répartition) qu'en faisaient les consuls et enfin les quatre notables négociants qui furent établis en 1599 pour prendre annuellement connaissance des affaires du commerce. » {Inventaire des archives historiques de la Chambre de Commerce de Marseille, p. 364.)

(2) Lettre du consul de Smyrne, du 11 février 1677. (Arch. de la Chambre de Commerce.)

INTRODUCTION XIII

le marquis Duquesne sur les vaisseaux Tripolitains . » Elle n'était pour rien assurément dans cette aventure, mais il s'agissait du Levant, qui enrichissait, par son commerce, la ville de Marseille, et cette considération , invoquée par le Ministre, était sans réplique .

Les députés du commerce eux-mêmes n'hésitent pas à s'en prendre à autrui quand les affaires qu'il dirigent ne marchent pas selon leurs désirs. Ils attribuaient, vers cette époque, à la présence des Juifs, le malaise que ressentait la place de Marseille. « Il est visible, écrivaient-ils à Colbert, que les Juifs sont la ruine du négoce pour des chrétiens et des gens qui veulent négocier dans la bonne foi. » En conséqnence, ils demandaient l'expulsion des Juifs, qui leur fut accordée par une ordonnance royale du 2 mai 1682, conçue en ces termes : « Sa Majesté ayant jugé du bien de son service de ne pas permettre un plus long séjour aux Juifs qui sont établis à Marseille, Elle leur ordonne de sortir incessamment de son royaume pour aller où bon leur semblera, à peine de désobéissance. »

Les comptoirs se multipliaient dans les Echelles, malgré la sévérité des règlements ministériels qui s'opposaient à leur développement. Et cependant il fallait lutter contre l'influence étrangère. La Chambre est informée, en 1698, que l'Angleterre a enfin obtenu, malgré l'opposition de la France, l'autorisation d'établir un consul au Caire. Des instructions sont adressées au consul de France pour qu'il fasse retirer cette permission, le pacha y est du reste intéressé parce que cet établissement le prive des droits du consulat sur les Anglais dont il jouissait ; et d'ailleurs on fera des « donatives » pour disposer toutes les autorités turques en faveur de la France.

Les entraves, les difficultés ne viennent pas seulement de l'étranger. Aux causes extérieures, il faut ajouter l'excès de réglementation qui se manifeste depuis quelque temps. Le ministre de la Marine s'immisce dans tous les détails du mouvement commercial, dont, seuls, les négociants et les armateurs peuvent connaître les besoins.

Aussi, voyons-nous, dans la correspondance, la Chambre s'élever

XIV INTRODUCTION

chaque jour contre les ordres souvent peu réfléchis qu'elle reçoit. Le 28 septembre 1698, les députés du Commerce se plaignent de ce que le Ministre a restreint le nombre des navires autorisés à faire le commerce avec l'Egypte; ce qui favorise singulièrement les Génois. Le Ministre répond qu'il y a un véritable encombrement de marchandises à Alexandrie et au Caire, et qu'il aurait même suspendu complètement les départs, si la Chambre ne s'y était opposée.

Remplis de tact et de fermeté, ayant la conscience d'accomplir un devoir patriotique, les députés du Commerce s'efforçaient de concilier les intérêts qui leur étaient confiés avec les ordres souvent inconscients de la Cour. Ils tenaient la main, dans la mesure du possible, à l'exécution des règlements que les ministres accumulaient, et qui auraient complètement paralysé le commerce si la Chambre n'était intervenue.

Sans cesse occupés à. maintenir le bon ordre dans les Echelles et à éviter les conflits avec les autorités musulmanes, les députés du commerce employaient des sommes importantes à des cadeaux, à des indemnités, qui arrangeaient toutes choses dans ces pays où la corruption et l'avidité ne connaissaient que la puissance de l'argent. D'autre part, ils faisaient les plus grands sacrifices pour l'entretien des vaisseaux de guerre qui protégeaient la navigation marchande. Ils empruntaient jusqu'à trois millions pour concourir aux frais d'armement de la marine royale.

Tous les détails de leur gestion, si dévouée et si intelligente, sont consignés dans les ^Annales annexées à cette étude ; le lecteur y trouvera la suite ininterrompue de leurs actes, que je n'ai pas à énumérer ici. Je dirai seulement -qu'en 1789, quand survint la Révolution, la situation commerciale due à ces administrateurs était des meilleures. Le chiffre des exportations du port de Marseille s'élevait à 20,356,000 livres et les importations à 31,219,000. La Chambre de Commerce possédait un capital disponible ou engagé de 1,591,108 livres. Son budget annuel faisait ressortir un excédent de recettes de 238,628 livres.

INTRODUCTION XV

On se demandera, peut-être, comment des négociants, qui ne demeuraient que deux années consécutives aux affaires, pouvaient les connaître si bien et les diriger avec tant de sûreté, même dans les moments les plus difficiles. Ils étaient assurément remplis de zèle et de bonne volonté; ils possédaient presque toujours une grande expérience, mais ces mutations si fréquentes ne pouvaient se concilier avec une ligne de conduite sans cesse la même, toujours en éveil et ne déviant pas de la bonne voie.

Ceci est un petit mystère d'ordre intérieur, que les Annales de la Chambre de Commerce nous révèlent, et que j'avais déjà remarqué dans la gestion des magistrats municipaux soumis à un renouvellement annuel. Ces administrateurs avaient eu la bonne inspiration de choisir des secrétaires-archivistes d'un réel mérite et de les maintenir en fonction le plus longtemps possible. Ainsi, M. Thiers, aïeul de l'ancien président de la République, avait été chargé, pendant vingt ans, de préparer les affaires et d'indiquer la tradition aux échevins, qui arrivaient parfaitement armés devant le Conseil communal; et, si une difficulté surgissait dans le cours de la discussion, l'archiviste, appelé, fournissait avec les titres et les dossiers une longue suite de « précédents », qui permettaient de prendre une sage résolution.

A la Chambre de Commerce, l'archiviste Isnard avait succédé à son père et à son grand-oncle, dont les services remontaient sans interruption jusqu'en 1696; il était encore en fonction en 1789, et avait été décoré du cordon de l'ordre de Saint-Michel par le roi, en 1780. Cette tradition si remarquable s'est perpétuée, et, de nos jours encore, nous voyons à la tête du secrétariat de la Chambre de Commerce M. Joseph Mathieu, qui, depuis plus de trente ans, rédige les statistiques industrielles et commerciales et rend des services extrêmement utiles au commerce.

Pendant la Révolution, et plus encore pendant les guerres de l'Empire, le commerce de Marseille subit les plus rudes atteintes. « La misère, dit M. Jules Julliany, était extrême. La population, jadis de 140,000 habitants, parmi lesquels on ne comptait que trois mille

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INTRODUCTION

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pauvres, était réduite (en 1812) à 80,000, dont la moitié vivait de la charité publique (1).

La Chambre de Commerce, reconstituée depuis 1802, s'efforçait de relever la fortune de Marseille, en favorisant de tout son pouvoir le développement des industries locales. La science leur fournissait les moyens de remplacer les produits exotiques que nos ports, bloqués par les Anglais, ne pouvaient plus recevoir de l'étranger. Alors s'ouvrirent à Marseille les fabriques de soude factice, d'acide sulfurique, de sel de soude et de plusieurs autres produits chimiques. Cette nouvelle industrie donna une plus grande activité aux savonneries. Les tanneries profitèrent aussi des recherches chimiques sur le tannin et améliorèrent leurs procédés. Les raffineries de soufre et de salpêtre participèrent à ces progrès (2). On comptait à Marseille, au moment de la chute de l'Empire, 68 fabriques de savon, 40 tanneries, 16 ateliers de chapellerie, 19 de bonneterie, 5 fabriques de soude artificielle, 4 d'acide sulfurique, etc.

Avec la paix, le commerce se ranima. Le Moniteur du 4 décembre 181 5 disait : « On écrit de Marseille, à la date du 15 novembre : Depuis deux jours, il est entré dans notre port plus de vingt bâtiments de toute grandeur et richement chargés. Déjà, on ne trouve plus aucun magasin à louer dans tout le beau quartier de Rive-Neuve. «

Le commerce eut à souffrir, sous la Restauration, des lois de douane si restrictives qui furent adoptées et même exagérées par les Chambres, à dater de 182 1. Cependant ses progrès, quoique bien lents, quoique bien inférieurs à ceux que lui réservait le régime un peu plus libéral de 1830, n'en furent pas moins réels et sensibles.

L'expédition d'Alger fut l'occasion d'un grand mouvement dans le port de Marseille, qui put fournir, au gouvernement, 160 navires dans le courant du mois de février 1830. Ce nombre ne pouvant suffire aux besoins de l'expédition, un appel fut fait aux principaux ports de l'Italie, qui fournit 197 transports. On eut donc, en réunis-

(1) Essai sur Je Commerce de Marseille. Tome I, p. 125.

(2) Statistique des Bouches-du-Rhône. Tome IV, p. 591.

INTRODUCTION XVII

sant ce chiffre à celui des affrètements faits précédemment, 357 transports formant, en totalité, 71,339 tonneaux.

Tous ces transports, entièrement armés, équipés et installés avec une rapidité merveilleuse, appareillèrent du port de Marseille, dans la première quinzaine de mai, pour aller rallier l'armée navale du port de Toulon.

La conquête d'Alger couronna les efforts réunis des armées de terre et de mer, et fit grand honneur aux armements maritimes organisés par le commerce marseillais. De cette époque date la renaissance du port de Marseille, qui n'a plus cessé de prospérer. Ajoutons que la navigation à vapeur, qui faisait ses premiers essais, facilita singulièrement l'expansion de notre commerce.

En 1835, le régime administratif des consulats ayant été profondément modifié, la liberté du commerce dans les Echelles fut proclamée. L'ordonnance royale du 18 avril, qui intervint, faisait connaître les motifs de cette mesure importante : « L'ancien régime sur le commerce du Levant et de la Barbarie, disait le législateur, appartenait à une époque où les français avaient seuls dans ces contrées des établissements permanents ; alors le commerce des Echelles avec l'Europe était presque exclusivement renfermé dans ces établissements, sortes de colonies dont Marseille pouvait être considérée comme la métropole.

« Le régime légal avait naturellement pour objet le maintien de cet état de choses. Conserver intacts nos privilèges et les soustraire à la concurrence, tel était son but ; il réunissait en un seul corps tous les français du Levant et les soumettait à une même impulsion. Aucun commerçapt ne pouvait s'établir dans les Echelles sans l'aue la Chambre de Commerce de Marseille, et sans avoir :nt fourni un cautionnement, qui variait de 40 à 60.000

ogres naturels du commerce, la concurrence des autres

: événements qui ont tantôt rompu, tantôt altéré nos ec la Porte, les changements survenus dans l'Etat poli- :vant, tout s'est réuni pour renverser ce régime de resle privilège.

XVIII INTRODUCTION

« Jusqu'à présent les dépenses d'entretien des établissements publics dans les Echelles du Levant, avaient été à la charge de la Chambre de Commerce à Marseille, elles figuraient annuellement dans son budget ; il n'existe plus aujourd'hui de raisons d'imposer à cette Chambre une dépense qui lui est étrangère.

« A cette dépense répondait un revenu spécial, produit d'une taxe appelée du consulat, que prélevait la Chambre sur les marchandises apportées du Levant. Ce droit est maintenant réduit à 2 0/0, il n'atteint pas les marchandises expédiées par les maisons cautionnées établies au Levant.

« La dépense que le produit de ce droit devait acquitter (traitement des consuls), sera désormais classé comme le bon ordre l'exige parmi les dépenses générales de l'Etat. »

Le droit dit du consulat fut supprimé, mais le droit sur lès huiles, également perçu par la Chambre de Commerce, était maintenu. Il rendait près de 250.000 francs par an, et servait à payer les dépenses laissées à la charge de la Chambre : frais d'entretien à l'Ecole des Mousses, travaux publics intéressant le commerce, personnel des bureaux, etc.

Une grande partie des fonds disponibles était affectée aux travaux du port. Nous signalons parmi les plus importants exécutés de 1836 à 1844 :

Prolongation du quai aux huiles F. 72.619

Sortie du Lazaret par terre 122. 662

Etablissement de diverses grues 113. 842

Construction d'une bourse provisoire.. 50.000

Agrandissement des quais du port 800. 000

Autres travaux 268. 426

Total F. 1.427.549

Ces travaux indiquent les besoins successifs de l'accroissement du mouvement commercial, et, en effet, la statistique prouve que le mouvement avait presque doublé de 183 1 à 1844.

INTRODUCTION XIX

Le nombre des navires affectés au commerce général était de 5 .7S8 navires, jaugeant 447.000 tonneaux en 183 1, et de 9.445 navires, jaugeant 1.037.000 tonneaux en 1844.

L'auteur de Y Essai sur le Commerce de Marseille constate que ces heureux résultats étaient dus, pour beaucoup, au zèle et à l'habileté de la Chambre de Commerce :

De nombreuses et importantes améliorations, dit-il, ont été apportées dansson administration. Il faut signaler aussi comme un des avantages de ta nouvelle ordonnance (1832), le remplacement du Président semainier par un Président annuel. IL en résulte plus de suite et d'ensemble dans les travaux, plus de chance de réussite aux améliorations proposées.

« M. Alexis Rostand, désigné aces hautes fonctions par ses talents " oar son ardeur pour le bien public, a acquis dans ce nouveau ■te, comme dans tous ceux qu'il a occupés, des titres i la reconssance de ses concitoyens. Ses successeurs, MM. Auguste Lafon ^ulfran Puget, ont dignement continué l'œuvre commencée par Rostand (1). »

VtM. Luce, Rabaud et Paranque, qui présidèrent ensuite la Chamade Commerce (1847-1852), donnèrent une nouvelle et plus :ssante impulsion aux travaux du port. Par une loi du 5 août f4, qui ne reçut un commencement d'exécution qu'en 1847, la ation du bassin de la Joliette fut enfin décidée. 14.400.000 francs ent affectés a sa construction et 900.000 a l'établissement d'un :mîn de ceinture.

En 1857, le bassin de la Joliette était terminé et livré au comrce et les travaux du Bassin-Napoléon, adjugés dès le mois oût 1856, sous la présidence de M. Pastré, étaient en bonne voie xécution. Bientôt après, la compagnie des Docks faisait consire les bassins du Lazaret et d'Arenc, d'une contenance totale de hectares.

ij Aïeul de M. Eugène Rostand, président des Caisses d'Epargne dus Bouches- Rhône et de M. Alexis Rostand, directeur général du Comptoir d'Escompte de

XX INTRODUCTION

Un décret du 29 août 1863 antorisa la création d'un très grand bassin de 48 hectares, qui était terminé en 1870.

Enfin, une loi du 5 août 1874 décida l'exécution des grands travaux d'ensemble proposés par l'ingénieur Pascal, et qui s'élevaient à la somme de 20 millions. Pour accélérer l'exécution de ces travaux, la Chambre de Commerce offrit à l'Etat une avance de 1 5 millions ; ce qui fut accepté (1).

L'ancien port de Marseille présentait une surface de 28 hectares (y compris le bassin de Carénage et le canal de Rive-Neuve) ; la longueur des quais affectés aux opérations de débarquement et d'embarquement n'avait qu'un développement de 2.100 mètres. Aujourd'hui, l'ensemble des bassins offre une superficie d'eau abritée de 171 hectares et un développement de quais de 18.279 mètres!...

Sous l'influence de ces grands travaux et depuis la réorganisation de la Chambre de Commerce, qui remonte à 1832, la ville de Marseille a vu sa prospérité s'accroître dans des proportions exceptionnelles. Le chiffre de sa population a triplé; il n'était que de 145.000 habitants à cette date, et il s'élève aujourd'hui à plus de 400.000. Le mouvement de son commerce s'est augmenté de deux milliards (2).

Les causes de cet accroissement sont multiples. L'application de la vapeur à la navigation, l'établissement des chemins de fer, le percement de l'isthme de Suez, le rayonnement universel du télégraphe électrique et l'installation plus récente des téléphones, ont puissamment contribué au développement de nos relations commerciales. Mais ces merveilleuses inventions, dues à la science moderne, pouvaient être utilisées par vingt autres ports de commerce, et si celui de Marseille en a si largement profité, c'est qu'il

(1) Ces travaux ont été projetés et exécutés sous la présidence de quatre administrateurs d'un rare mérite, dont les noms resteront attachés à la rénovation de nos ports et à la grande prospérité du commerce de Marseille : MM. Armand, Gimmig, Grandval et Cyprien Fabre.

(2) Il était de 294 millions en 1832 et il atteint actuellement plus de deux milliards.

INTRODUCTION J£XI

était dans des conditions particulières de succès, et que les découvertes de la science venaient s'ajouter aux efforts incessants d'une population laborieuse et intelligente, ayant le génie du commerce.

Toutes les questions pouvant intéresser le développement du commerce et de l'industrie, ont été l'objet d'une étude approfondie dans le sein de la Chambre de Commerce, composée exclusivement d'hommes compétents et dévoués.

Toujours aux prises avec les difficultés inhérentes aux fluctuations des théories sur l'économie politique, luttant pour la liberté du commerce avec énergie et sans se laisser décourager par des coalitions d'intérêts divers, les membres de la Chambre de Commerce de Marseille ont souvent triomphé des obstacles accumulés sous leurs pas.

C'est ainsi, qu'en i8éo, ils ont obtenu des lois libérales qui : le commerce et déterminé une situation économique ospères. Nous en trouvons la constatation dans un très le mémoire, présenté par M. Augustin Féraud à l'occasion soulevés parle renouvellement des traités de commerce. : produit des chiffres indiscutables, il disait : * Un enseiïsulte de cette étude; c'est que la périodede trente années l'application du régime inauguré en 1860, est au point nomtque, heureuse et prospère entre toutes les périodes istoire. »

, quand la question vitale du libre-échange a été soumise 1 aux délibérations du Corps législatif et du Sénat, M. le Augustin Féraud a défendu les intérêts du commerce avec une grande compétence et une rare énergie : « La a été rude, lisons-nous dans le Sémaphore du 2 5 juin 1891, peut se faire uue idée de ce qu'il a fallu dépenser de de ténacité pour mettre en échec les forces coalisées du îisnie, dirigées par un habile leader. Mais Marseille a js l'éminent président de la Chambre de Commerce, in Féraud, un défenseur non inoins habile.

: début de la campagne, dans son remarquable rapport, en

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XXII INTRODUCTION

forme de réponse au questionnaire du Conseil Supérieur du Commerce préparé en vue du renouvellement des traités, il avait examiné de haut la question et posé les véritables principes de la liberté économique qui peut seule assurer l'avenir commercial et industriel de la France.

« Peu de temps après, appelé à organiser et à présider le Comité des Intérêts Commerciaux, Industriels et Maritimes, il préparait vigoureusement tous les éléments d'une résistance dont le puissant concours devait être si utile.

« Nommé président de la Chambre de Commerce après dix ans de vice-présidence, M. Augustin Féraud, avec l'autorité de son passé et une vieille expérience acquise dans le maniement des affaires, a su imposer en haut lieu les vues de notre Chambre de Commerce et assurer ainsi les succès dont Marseille a le droit de se féliciter. En ce qui concerne surtout la question des sucres, sa haute compétence en cette matière a été d'un grand poids dans la décision du Parlement.

« Nos députés, notamment MM. Peytral et Jules-Charles Roux, ont puissamment concouru à sauvegarder les intérêts marseillais qui ont trouvé en eux d'éloquents défenseurs. »

Marseille, son port et la France tout entière doivent donc, cela n'est point douteux, à l'institution qui prit naissance il y a trois siècles, dans une modeste chambre de notre Hôtel de Ville, le magnifique développement du commerce maritime, qui constitue une des forces vives d'une grande nation (i).

(i) Ne pouvant citer ici les noms de tous les députés et membres de la Chambre de Commerce de Marseille, depuis la fondation de cette utile institution, nous transcrirons ci-après la composition actuelle de cette Chambre :

MM. Féraud (Augustin), président; Paquet (Nicolas), vice-président; Boude (Frédéric), secrétaire ; Laroque (Moïse) d'Aix; Rodocanachi (Théodore-Paul) ; Bounaud (Jean-Baptiste); Fournier (Félix); Fraissinet (Alfred); Puget (Edmond) ; Prat (Louis) ; Monier (Frédéric) ; Le Mée (Léopold) ; Abram (Félix); Palis (Victor) d'Aix ; Deville (Jules); Borelli (Georges); Rodrigues (Amédée); Rambaud (Frédéric); J.-B. Gibert, trésorier, et Joseph-Mathieu, secrétaire-arch i viste .

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