AU. LIQUIDE
Fig. 61. — Principales catégories de préparations.
Les préparations définitives, plus efficaces dans la photomicrographie, peuvent se classer sous trois ca-
ractères distinctifs principaux ; à sec, au baume, ou dans un liquide contenu dans la cellule apposée sur le porte-objet. Remarquons qu’il est notablement avantageux, pour économie de temps et simplicité d’exécution, d’opérer sur un grand nombre à Ja fois; la manipulation est plus compensatrice de la multiplicité des inévitables soins minutieux.
On prépare à sec lorsque les corps possèdent par eux-mêmes une assez grande transludicité, ou que trop volumineux pour un autre traitement, ils sont destinés à être éclairés par en-dessus. 11 est utile qu’ils soient enfermés dans une cellule protectrice formée avec un couvre-objet, «à moins que l’on ne redoute la réflexion des rayons incidents de la lumière.
Le baume de Canada est le meilleur vernis qui donne aux objets secs et pulvérulents une grande transparence. 11 se présente sous l’aspect d’un fluide visqueux, légèrement jaune et translucide sous une faible épaisseur; s’il est durci, on lui rend sa fluidité par l’addition d’essence de térébenthine. On l’emploie aussi à l’état de petits morceaux durcis, que l’on but fondre sur le porte-objet. On expose la lamelle de verre bien essuyée à la chaleur modérée de la lampe à alcool sur la tablette de bronze ; on dépose avec une baguette une goutte de baume, qui s’étend, en abandonnant les bulles d’air sous l’action de la chaleur douce. Après, l’on place l’objet avec les
LES PRÉPARATIONS DES SUJETS MICROSCOPIQUES. 159 pinces, on le recouvre d’une seconde gouttelette de baume, et l’on laisse tomber le couvre-objet, en ayant soin d’appuyer le bord, pour lui faire décrire un mouvement de charnière ; avec le manche d’un scalpel ou d’une pince, on appuie légèrement, ce qui donne la cohésion nécessaire, et refoule sur les bords le baume excédant. Laissé ainsi sécher, jusqu’à durcissement, le superflu est enlevé avec un petit ciseau ou une lame de canif, et toute la préparation est terminée par un nettoyage avec un linge imbibé d’alcool.
l'ig Ci. — Exemple dp corps siliceux prépare au baume do Canada . Ancre de Synapta villala séparé du pédicelle.
Les parties molles et cellulaires avant d’être mises dans le baume de Canada, seront imprégnées d’un liquide pouvant s’y incorporer par dissolution, tels sont l’alcool et l’essence qui les débarrasseront de l’equ
160 IA CHAMBRE NOIRE ET LE MICROSCOPE, qu’elles contiennent. Après un premier mélange avec les substances aqueuses, on les replonge dans une seconde ou une troisième jusqu’à assimilation complète, moment où le baume pénétrera bien.
Ce genre de préparations est simple, évitant la cellule, et excellent pour la conservation ; il est spécialement propre à la reproduction photographique, parce qu’il y a compression uniforme, et que le baume est doué d’une puissance de réfraction et d’une perméabilité supérieure. Cependant il esta remarquer, que sous une certaine épaisseur, il donne des effets lumineux pouvant compromettre le succès dans les forts grossissements, à cause de ce que le rayon de soleil a la propriété de séparer les éléments qui constituent les corps composés. Comme le baume entre en fusion sous la chaleur développée par la lumière solaire réfléchie, on évitera de prolonger trop longtemps l’exposition.
Citons parmi les sujets qui subissent plus particulièrement cette méthode de préparation : les insectes, les organes cornés d’anatomie, les épidermes végétaux , les corps de tiges, les corps siliceux, les diatomées, les sels minéraux et végétaux, les coupes d’os et substances dures, etc.
Les préparations au liquide sont plus compliquées et s’adressent aux sujets humides et corruptibles, n’ayant pas par eux-mêmes la transparence nécessaire.
LES PRÉPARATIONS DES SUJETS MICROSCOPIQUES. ICI * On trace à la tournette, sur le porte-objet, un cercle épais de bitume de Judée, formant les parois d’une cellule qui doit recevoir le liquide et la substance préparée ; ceci est beaucoup plus simple que les cellules en matières étrangères, dont l’adhérence au verre n’est pas toujours parfaite. Le nombre des ciments usités est considérable, mais le bitume est celui qui offre le plus de sécurité, quand il est amené à un viscosité nécessaire pour obtenir une bordure bien conditionnée. L’exacte fermeture après dépôt du sujet baigné dans le liquide est le point capital du travail ; on y procède en remettant le porte-objet sur la tournette, avec laquelle on retrace un nouveau cercle cémenté sur les bords du couvre-objet, en ayant bien soin d’avoir rempli de liquide la totalité de la cellule, sans avoir emprisonné de bulles d’air.
Les liquides usités parle micrographe sont variés à l’infini, tous les produits chimiques ont été mis à contribution, et combinés entre eux selon les qualités qu’on leur suppose pour les tissus végétaux et ani- . maux. Chacun d’eux, suivant certains micrographes, exigerait un liquide particulier, lui donnant les qualités requises pour une bonne observation. On peut consulter à cet égard les travaux de MM. Bealc, Frcy, Robin, lIarting,Gerlach. Néanmoins, les plus fréquemment employés comme base sont : l’acide acétique, qui est déliquescent; la glycérine, émulsive;
16*2 LA CHAMBRE NOIRE ET LE MICROSCOPE, la gomme, agglutinative ; l’acide phonique, très-antiseptique ; le sel de potasse, dissolvant, etc. La puissance réfractive d’un liquide est importante pour mettre en évidence la structure intime d’un objet, car plus l’opposition entre la réfraction et le milieu qui l’entoure est grande, plus il se verra d’une manière tranchée; on l’aperçoit quelquefois ''distinctement à sec dans l’air, tandis qu’en le mettant dans l’eau, certains détails sont offusqués.
La coloration est d’un grand secours dans les pré- » parafions destinées à la photographie, pour établir des distinctions entre les différentes parties qui composent les éléments d’un tissu. Le fragment est plongé à chaud ou à froid dans la solution, y demeurant assez longtemps pour qu’il y ait imbibition de la matière colorante. Les principales matières en usage sont : la teinture de carmin, le vermillon, le chromate de plomb, la fuchsine, et surtout les couleurs d’aniline; le bleu de Prusse donne dans les reproductions photographiques des oppositions, mettant avantageusement en relief ce qui serait autrement irreproductible.
Il est utile dans la plupart des dissections de pièces anatomiques, d’isolcr les éléments les uns des autres sans les altérer, et de faire ressortir les traits caractéristiques de chacun d’eux. On y procède par une injection d’un liquide, introduite à l’aide d’une petite
LES PRÉPARATIONS DES SUJETS MICROSCOPIQUES. 163 seringue à oriliee capillaire, ou au moyen d’une pression continue, basée sur la pesanteur atmosphérique, ou sur celle d’une colonne de mercure chassant le liquide contenu dans un vase où elle vient plonger. La manière de procéder aux injections favorise d’une manière remarquable les recherches histologiques, elles permettent de scruter l’intérieur des vaisseaux capillaires; grâce à cette branche spéciale de l’art des préparations, on distingue une matière cellulaire ou vasculaire intérieurement, puisque le liquide colorant se substitue dans les petits vaisseaux au liquide naturel.
Les injections constituent, pour les sujets d’anatomie médicale pratique, une branche étendue, et multiplient l’art des préparations , qui demande un soin et des études particulières.