LES PETITS GARÇONS
sauvages. En troisième lieu, Vous avez* je crois, trop de livres sur l’éducation pour bien élever un seul enfant. En quatrième lieu, vous faites apprendre au vôtre à coller des boîtes, et à faire d’insignifiantes choses. En cinquième lieu, il sait sept choses de trop, et en sixième lieu, vous le grondez quand il a les mains sales et que ses genoux viennent regarder par les jambes du pantalon; mais comment ferait-il des progrès au jeu de billes? Calculez la différence qu’il y a entre un sarcloir et un soufflet. Je vous assure, madame* qu’il mange ses ongles, et il continuera de le faire; — qu’est-ce que la société peut attendre d’un homme qui mange ses ongles? Il porte aussi des bas bleus avec des souliers bas, c’est inouï! Savez-vous, madame, ce que vous faites de votre Frantz? l° un espion, 2° un rapporteur, 3° un pinceur, 4° un lâche, 5° ... Oh! chère dame, donnez à votre petit garçon une autre casquette, un pantalon avec de profondes poches, de bonnes bottes fortes, et ne le laissez jamais paraître aux yeux des gens sans une bosse ou une écorchure, et il deviendra un grand homme.
Le petit garçon hollandais est pesant et lourd; il a des genoux solides, des os solides. Il est blanc de peau et coloré de sang. Son regard est franc mais brutal. Il porte de préférence ses oreilles hors de sa casquette. Ses cheveux sont, depuis le dimanche matin jusqu’au samedi soir quand il va au lit, tout b fait en désordre. Le reste de la semaine, ils sont bien. Il n’a ordinairement pas de boucles. Cheveux bouclés, esprit de travers. Mais il n’a pas non plus les cheveux plats; les cheveux plots sont bons pour les avares et les cœurs oppressés; cela ne se trouve pas chez les petits garçons ; on n’a de cheveux plats, je crois, qu’à sa quarantième année. Le
petit garçon hollandais porte de préférence sa cravate comme une corde et il préfère encore n’en pas porter du tout, — une blouse bleue ou à carreaux écossais, et un pantalon retourné ; ce dernier vêlement s’use vite. Dans ce pantalon, il porte successivement tout ce que le temps lui donne, cela varie : des billes, des balles, un clou, une pomme à demi mangée, une jambette, un bout de corde, trois cents, une boulette de pâte à amorcer le poisson, une châtaigne sèche, un morceau d’élastique de la bretelle de son frère ainé, un suceur en cuir pour tirer des pierres du sol, un serpenteau, un sac de sucreries, une touche, un bouton de cuivre pour le faire chauffer, un morceau de miroir, etc., etc.; le tout bourré et maintenu par un mouchoir de couleur.
Le petit garçon hollandais fait au printemps une collection d’œufs ; dans la prisé des nids, il donne des preuves de force et d’adresse, et peut-être de dispositions pour la carrière maritime, vocation propre à notre peuple; dans l’achat des sortes étrangères, il donne des preuves d’une inébranlable bonne foi, et dans l’échange de ses doubles, un esprit précoce et commercial hollandais. Le petit garçon hollandais frappe ses boucs ferme, et pour donner du pain de seigle à ses animaux, il n’a pas son pareil. Le petit garçon hollandais est beaucoup moins imbu de la doctrine des princes que le maître d’école hollandais; mais, en ce qui regarde l’éducation des colleurs et des cocons, il pourrait passer un examen de premier rang. Il est fou du marché aux chevaux et se promène à la parade devant les tambours en tournant le dos aux beaux hommes. Le petit garçon hollandais s’encanaille facilement et puise de bonne heure dans un dictionnaire qui ne plaît pas aux mères; mais il a peu de présomption vis à