SCÈNE XII
Le duc de CHAVIGNY , LAURENCE.
LAURENCE. Arrêtez, monsieur!...
CHAVIGNY, indigné. Laurence!...
vous ,
madame !...
LAURENCE. Vous ne sortirez pas !...
CHAVIGNY. Eh ! quoi!... vous oseriez!...
LAURENCE. Vous uc sortircz pas, vous disje!...
CHAVIGNY. Quelle audace !.. .
LAURENCE. Je sais où vous voulez aller... exposer vos jours. . . et. . .
CHAVIGNY. Et vous tremblez pour lui, n'est-ce pas?... pour lui?...
LAURENCE. Pour VOUS scul , mousieur!...
CHAVIGNY» Pour moi ? oh ! c'en est trop ! c'est ajouter la raillerie à l'outrage!... pour moi!... mais je sais tout, madame, je sais tout!...
LAURENCE, d'un ton ironique. Ah ! vraiment!... et je venais, moi, pour tout vous avouer.
CHAVIGNY. Comment ?. . . vous raillez encore ?
LAURENCE , changeant de ton. Oh I non l voyez au contraire comme je suis émue et tremblante... c'est que je sais, monsieur, combien je suis coupable , et je n'espère pas obtenir... je n'oserai jamais vous demander ma grâce !
CHAVIGNY. Votre grâce!... oh! vous avez raison, madame!,., votre grâce!,,, mais à quoi bon m'emporter?.,. de la colère, moil contre vous... oh ! non, non !.. . le ciel m'en garde!... nous sommes pour toujours étrangers l'un à l'autre... et cet odieux mariage...
LAURENCE. J'ai prévenu vos désirs, monsieur le duc!...
CHAVIGNY. Comment?...
MAGASIN THÉÂTRAL
lauren'ce , lui présentant un papier. Lisez ce papier!...
CHAViGN Y . Ce papier ? . . .
LAURENCE. J'ai l'approbatioii du roi... il ne manque plus que votre signature.
CiiAViGNY, étonné. IMa signature?...
LAURENCE. Lisez !.. , et vous serez libre 1...
CHAVIGNY, prenant le papier , et lisant. Libre!... « Ce qu'il y a de plus cruel au » monde, c'est d'être condamné à vivre avec » quelqu'un qu'on n'aime pas!... » {liépctant avec amertume. ) Quelqu'un qu'on n'aime pas !...
LAURENCE, em«c. N'est-ce pas votre avis?... vous me le disiez tantôt, monsieur le duc...
CHAVIGNY% continuant. « Aussi, j'accepte » enfin. .. ou plutôt, je demande avec mon » mari... » [S' arrêtant peu à peu en regardant attentivement le papier.) C'est singulier!.. . cette écriture!... {It reprend lalecture.) « Je demande avec mon mari le di- » vorce... qui doit lui rendre le bonheur... » la liberté!... » {S' arrêtant encore.) Oui! c'est bien cela !. . . cette écriture.. . je la reconnais... et je n'ai pas besoin d'en lire davantage. . .
Il marche vers la droite.
LAURENCE. Eh bien!... où allez-vous donc, monsieur ?
CHAVIGNY. Je vais remettre ce billet à son adresse.
LAURENCE, étonnée. A son adresse?
CHAA'IGNY. Au comte de Luxeuill... puisque c'est sa femme qui l'a écrit.. .
LAURENCE. Du tout!... c'est moil...
CHAVIGNY. C'est sa femme qui réclame le divorce. . .
LAURENCE. Mals non... je vous jure que c'est moi!...
CHAVIGNY. Vous?... cst-il possiblcî.. .
c'est de votre main ?. . .
LAURENCE. Oui, monsieur.
CHAVIGNY. Et toutes ces lettres que j'ai reçues depuis un an?...
LAURENCE. De moi.
CHAVIGNY. Et celle-ci?... celle-ci?... la première de toutes. . . à Saint-Germain ?. . .
LAURENCE. De moi.
CHAVIGNY, ému. Grand Dieu!
Air de Préville.
LAURENCE
De moi... qu'alors vous refusiez de voir... Une autre, hélas! recevait votre hommage, Vous l'attendiez, et dans mon désespoir, Moi, de vous surveiller pouriant j'eus le courage. J'entendis tout, et dans l'obscurité, A vos aveux je répondis pour elle.
J'encourageais votre infidélité...
Pour m'assurcr que vous restiez fidèle.
Je m'assurais que vous restiez fidèle.
CHAVIGNY, avec feu.Kh\ oui... fidèle î... toujours fidèle!... ma chère Laurence...
Il est tomljé à ses genoux, et lui baise les mains. Le Comte rentre par la porte de gauche.
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