‹ La chanson de Fortunio operacomique en un acteChapitre 2 sur 71 · FORTUNIO, LAURETTE · texte numérisé non relu

FORTUNIO, LAURETTE

Vous sortez, madame?

LAURETTE

Oui, monsieur, je vais chez ma cousine Madeleine qui est souffrante.

Je vais chez mal ire Mathieu, mon confrère. Accepterez-vous mou bras ? nous ferons le chemin de compagnie.

LAURETTE

Avec plaisir, monsieur.

Vous me comblez, madame.

LAURETTE

Vous n’avez jamais été si aimable..

Vous n’avez jamais été si charmante...

LAURETTE

Oh! oh! voici une galanterie qui m’inquiète... vous allez me faire une scène...

Moi, une scène?... Et pourquoi une scène?

LAURETTE

Le sais-je? vous ne vous en faites pas faute, et...

Mais, enfin, qui a parlé de scène?... ce n’est pas moi... c'est vous... une scène !... une scène!... si vous craignez que je vous fasse une scène, c’est donc que vous en méritez une?...

LAURETTE

Moi?... Hélas! monsieur, depuis un an que nous sommes mariés, vous vous êtes fait un devoir de me quereller chaque jour, et c'est vraiment le seul de vos devoirs d’époux, auquel vous ne manquiez jamais...

Jour de Dieu! madame! (a pari). Soyons calme! (naut.) Trèsbien!... Raillez-moi... essayez de me faire passer à mes propres yeux pour un mari jaloux... et inutile.

LAURETTE

Vous vous chargez bien vous-même de la chose, monsieur...

Je connais ce procédé féminin, madame, qui consiste à accuser pour ne pas se défendre. . .

LAUnETTE.

Me défendre, et de quoi, je vous prie !...

De quoi?... Jour de... Soyons calme !... On ne me trompe pas, moi, madame... Quand je vous épousai, il y a un an, je savais fort bien que je faisais une sottise...

LAURETTE

Je vous remercie, monsieur...

Vous étiez trop jeune et trop jolie... mais vous étiez si riche que je passai là-aessus!...

LA CHANSON DR FORTUNIO

LAURETTE

Vous fûtes bien bon, monsieur.

Oui, madame, je fus bien bon, et depuis je n’ai pas cessé do l’être, et je veux le devenir encore davantage...

LAURETTE

Est-ce possible?

Le devoir d’un mari est d’entourer sa femme de soins et de prévenances. Et tenez... vous habitez là une chambre qui donne sur le jardin, n’est-ce pas?...

LAURETTE

Oui, monsieur...

C’est humide... et puis l’odeur des fleurs, des roses surtout... cela porte à la tête...

LAURETTE

Oh! mon Dieu! les roses ne fleurissent qu’au printemps...

Erreur, madame, erreur... la rose est comme l’amour... elle est de toutes les saisons.

LAURETTE

Mais, enfin, que signifient toutes ces histoires, et l’air profond dontvous les dites?...

Rien autre que ceci, madame, à savoir, que, pour parer à tous ces inconvénients, je ferai élever un grand mur devant vos fenêtres,

3 ui vous protégera à la fois contre l’humidité et l’odeur enivrante es roses.

LAURETTE, avec impatience.

Oh 1 monsieur!... (Calme.) Cela vous coûtera bien cher, il me semble.

LA CHANSON DE FORTUNIO H

Je ne regarderai pas à la dépense pour vous, mon cher ange.

LAURETTE

Et puis, ne craignez-vous pas que cela soit bien laid.... un grand mur... nu.

FORTUNIO. s

J’ornerai le haut de tessons de bouteilles... vous savez, de tessons qui miroitent au soleil, et de petites broussailles de fer disposées eommecela... C’est très-joli...

LAURETTE, avec colère.

Monsieur!... monsieur!..*

Mais, en vérité, l’on dirait Qu’avec cette sotte querelle Vous voulez me mettre au regret De vous avoir été fidèle.

11 ne faut pis m’exaspérer,

Je vous le dis avec franchise] Car si j’ai fait une sottise,

Je puis toujours la réparer 1 Mon cher époux,

Prenez garde à vous 1

Vraiment, vous êtes bien heureux Que ma mère, la digne femme,

De ses principes vertueux

Ait de bonne heure orné mon âme 1

Méfiez-vous de moi, pourtant;

Ce qu’à force de patience On nous apprend dans notre enfance, En un seul jour se désapprend l Mon cher époux,

Prenez garde à vousl

Ehl corbleu, madame, que viennent faire les principes de madame votre mère, à propos d’un mur que je veux faire élever dans mou jardin?...

LAURETTE

C’est juste... et je dis là des folies... Ne m’avez-vous pas offert votre bras pour aller ch ez ma cousine Madeleine?

Je suis à vos ordres, madame...

LAinETTE.

Vous n’avez jamais été si aimable.

Vous n’avez jamais été si charmante ! (Us s’éloigneut.)

LAURETTE

Savez-vous que ce sera très-joli, ce grand mur... avec les petits tessons au-dessus. Il me tarde de le voir.

Jour de Dieu, madame!... Soyons calme... Oui, madame, je compte beaucoup sur les broussailles, (ns sortent.)

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