SCÈNE IV
LES M êmes , CADET, un panier au bras.
BABET
Par mes fourneaux ! pourquoi ce train?
TOUS
Nous avons faim, nous avons faim!
BABET
Allons, ne criez pas si haut I J’apporte là ce qu’il vous faut 1
TOUS
Nous avons faim, nous avons faim i BABET.
Voici des pommes et du pain I
tous, croquant les pommes.
Du pain et des pommes,
C'est un vrai festin !
El les gentilshommes N’ont rien de plus fin!
SATURNIN
AUI les bonnes pommes'
SYLVAIN
Le pain excellent !
SATURNIN
Croquants que nous sommes, SYLVAIN.
Croquons-les gaîmentl
TOÜS.
Du pain et des pommes,
C’est un vrai festin !
Et les gentilshommes N’ont rien de plus ûu !
VALENTIN
Chère Babet, ce n’est pas tout;
Tu ne verses rien en mon verre ï
(Babet lui remplit son verre de l’eau conteuue dans une cruche.).
Par économie et par goût Voici le vin que je préfère 1
Ma chère eau pure, on la méprise!
Doux trésor qui ne coûte rien 1 Je préfère au vin qui nous grise L’eau qui nous calme et nous soutient.
Sa fraîcheur,
Sans me donner l’ivresse,
Répand la tendresse En mon cœur !
Verse, Babet, verse toujours,
La belle eau claire, mes amours 1 La belle eau claire De la rivière 1
Verse, Babet, verse toujours !
tous ,
Verse, Babet, verse toujours,
Etc., etc.
Si l’eau coulait du haut des treilles, Sous les ponts si le vin coulaii,
C’est Peau qu’on mettrait en bouteilles, C’est le vin qu’on mépriserait!
Mon nectar
C’est l’eau purcîet je laisse Le vin et l’ivresse Au vieillard I
Verse, Babet, verse toujours La belle eau claire, mes amours I La belle eau claire De la rivière!
Verse, Babet, verse toujours !
TOCS.
Verse Babet, verse toujours, Etc., etc.
LANDRY
Tout cela est très-joli ! mais un petit doigt de vin de temps en temps ne gâterait rien.
BABET
Taisez-vous, petit débauché !
GUILLAUME
Landry a raison: le vin vieux a du bon. II est vrai (|iio nous ne sommes pas comme Valentin des êtres poétiques , vivant de rêverie et de mélancolie.
' VALENTIN
Queveux-tu dire?
GUILLAUME
Je veux dire, mon pauvre camarade, que tu nous montres, depuis six mois bientôt, la mine ténébreuse d’un amoureux transi. Tu ne parles plus, tu ne ris plus, tu n’es plus de nos parties du dimanche... Voyons, combien y a-t-il de temps que tu n’as brisé une lanterne ou dévissé un marteau de porte à minuit, en rentrant par les rues?
VALENTLV.
Cela ne m’amuse plus...
GUILLAUME
Ça devrait t’amuser : ce sont plaisirs de Ion âge... Mais veux -tu que je te dise ton fait?... tu as le cœur pris , tu aimes et tu n’es pas aimé,..
LA CHANSON DR FORTÜNIO
Moi?
GUILLAUME
Toi ! Valentin, t,i,n, tin!...
VALENTIN
Tu ne sais pas ce que tu dis!...
LANDRY
Oh ! que si ! Guillaume a raison ! Et si tu es sage, Valentin, tu te guériras de celte maladie-là...
BABET
Et s’il ne veut pas guérir !... s'il est heureux d’étre malheureux, ce garçon !
GUILLAUME
Ah ! mes enfants ! que voilà bien la femme qui aime 1
SATURNIN
La femme dévorée par une grande passion 1
BABET
Moi ? que me chantez-vous là ?
GUILLAUME
Ne te dessèches-tu pas d’amour pour notre petit clerc?
BABET
Pour Friquet ? ce pauvre Friquet ! Un enfant ! quinze ans à peine.
LANDRY
Gourmande !...
BABET
Je le protège parce qu’il est faible, voilà tout !
GUILLAUME
Et lui, il t’aime parce que tu es forte !... voilà !
BÀBET.
Peut -on dire?... oh ! les vauriens !... rien n’est sacré pour eux 1
LANDRY
Taisez-vous, grosse débauchée ! mais où est-il donc,, à propos, ton Friquet ?
GUILLAUME
Il est parti ce matin avec cinquante-cinq lettres à porter... SATURNIN.
Eh 1 le voici qui revient... Babet, contiens-toi.
BABET, dignement.
Je n’ai qu’une réponse à faire à vos calomnies! Je retourne A mes fourneaux !...
LANDRY
Il saura bien t’y relancer !
(Babet sort.)