SCÈNE VIII
Les Mêmes, moins LAURETTE.
friüuet.
Nieras-tu maintenant ? Ah ! tu prends des mouchoirs pour des éventails?
VALENTIN
Eh bien! oui, je l’aime, et comme un fou.
Jo l’aime !
Oui, tu lisais bien dans mon eœur,
Je l’nime 1
C’est mon supplice et mon bonheur 1 Mais je chéris ma douleur même...
Je l’aime!
Je t’aime !
Et tu ne lis rien sur mon front!
Je t’aime !
Mes pleurs, un jour le le diront,
Ce mot qui seul est un poème:
Je t'aime
FRIQUET
Eh bien ! le lui as-tu dit?
VALENTIN
Je ne le lui dirai jamais, parce que je n’oserai pas, parce qu’elle ne m’écouterait pas, et j’en mourrai.
FRIQUET
Veux-tu bien te taire et chasser ces idées-là. Ah ! pauvre Valentin ! Je suis bien petit, vois-tu, mais je les connais déjà les femmes. Oh ! j’ai vécu, moi ! oh ! j’ai aimé, moi 1
VALENTIN
Toi?
FRIQUET
Oui, et trois femmes! dans la même journée. — Une duchesse d’abord I belle... belle! avec des robes de satm broché qui froufroutaient... et des parfums qui vous montaient au cerveau... et un hôtel qui faisait le tour de la rue... Un matin je lui porte un acte à signer; elle était seule, je me jette à ses pieds et je lui dis : je vous aime ! Elle m’a fait flanquer à la porte par un grand laquais tout en or. Vois-tu, Friquet, ai-je pense, les grandes dames ça n’est pas ton affaire. J’avais remarque, au coin de notre rue, une jolie petite horlogère, j’entre dans sa boutique, et je lui dis : Madame, je viens faire remettre un verre à ma montre. — Il n’est pas cassé, me répondelle. — Non, mais je vous aime. Cette fois, j’ai été reflanqué à la porte parle mari, un brutal, qui était dans l’arrière-boutique. Je revenais donc ici bien' triste, quand je rencontre Babel, notre cuisinière. Je la trouve très-appétissante; je me précipite dans sa cuisine et je lui dis : Tant pis, Babet, je t'aime!- Brave fille, celle-là! Elle n’a appelé personne. Elle m'a flanqué à la porte elle-même... ou plutôt elle m’y a balayé!... Voilà les femmes!!!
VALENTIN
Pauvre garçon !
FRIQUET
Vois-tu, il n’y a qu’une chose au monde, le travail ; ça abrutit, mais cela occupe. Il y a bien les livres, mais je n’aime pas les livres, je ne trouve pas ça assez naturel; cependant ça endort. Alions, travaillons, veux-tu commencer ici même, à l’instant ? Le patron est sorti, ucus serons mieux qu'à l’étude?
VALENTIN
Je le veux bien, si cela te fait plaisir
FRIQUET
Ça me rendra mémo service. Maître Forfunio m’a donné à dépouiller tout un vieux dossier de maître André, son prédécesseur, et je me perds dans toutes ces paperasses. Prends donc !
Donne !
FRIQUET
Collationnons 1
Collationnons.
VALENTIN
VALENTIN
Par-devant maître André, notaire,
Etmnitre Bernard, son confrère,
Le premier du mois de juillet De l'an mil sept cent trente-sept,
Les parc et château de Coutances,
Avec toutes leurs dépendances,
Ont été cédés et vendus Moyennant trois cent mille écus...
FRIQUET
Suit le détail que 1 on va lire.
valentin, tournant la page.
« Si vous croyez que jo vais dire... »
FRIQUET
Trois bâtiments 1
a Je ne saurais pour un empire... »
FRIQUET
Cinq ccuts arpeuts 1
LA CüANSON DE FORTUNIO
VALENTIN
« Nous allons chanter... »
FBIQtlET.
Ilein ? que dis-tu là ?
VALENTIN
Je dis ce que je lis, oui-da 1 FMQTJET.
C’est une erreur. Vat VALF>;?r:r.
Oni, je reprends I
(11 tourne la p:jge.) w Si vous croyez que je vais dire... »
Mais au lieu d’un acte de venté C’est une chanson Qui parait charmante.
FBIQl'ET.
Si c’était la chanson Du patron !
Si c’était son brouillon I VALENTIN.
Écoute-la donc.
a Si vous croyez que je vais dire » Qui j’ose aimer,
» Je ne saurais pour un empire » Vous la nommer ! »
FBIQUET.
C’est elle, la chose est certaine ;
Ah ! la bonne aubaine I Holàl Landry I Guillaume ! Sa'juuinl Vite, descendez au jardin 1
LA CHANSON DE 1-ORTUNIO