‹ La chanson de l'enfantChapitre 57 sur 58 · AUX ENFANTS DE FRANCE · texte numérisé non relu

AUX ENFANTS DE FRANCE

O chers petits enfants de ce pays de France , Fleurs par qui l'arbre existe et se voit rajeunir . Doux comme un bien présent, beaux comme l'espérance, O petits! qui portez tout le grand avenir!

O nouveau-nés ! ô chairs transparentes, si roses ! Lourds fruits de vie au sein des mères suspendus ! On voudrait vous donner toutes les belles choses ; On désire pour vous tous les bonheurs perdus.

Nul n'a dit quel baiser fait frémir votre bouche, Quel mot la fait sourire aussi quand vous dormez, Ni ce que vous pressez, — plus fort si l'on vous touche, Dans vos deux petits poings par le sommeil fermés.

Eh bien, vous souiiez au ciel, comme l'aurore; Vous mordillez la fleur du songe et de l'amour; Et ce que vous gardez à deux mains, c'est encore L'invisible rayon pris aux sources du jour.

Fils des hommes, si beaux de n'être pas des hommes, Nous caressons en vous ce rêve merveilleux Que vous pourriez grandir meilleurs que nous ne somm< En gardant tout l'éclat divin dans vos yeux bleus!

Nous nous disons : Voici les fils de notre race, Mais d'un cœur si nouveau, tellement innocent, Qu'une fraîcheur d'air pur vient à qui les embrasse!... — Oh ! s'ils restaient ainsi ! pur.-, tout en grandissant !

Et pourquoi pas! qui sait! si nous tentions l'épreuve. En instruisant leur vie à s'exempter du mal, De commencer en eux cette humanité neuve Où le Réel sera le fruit de l'Idéal !

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Et nous renouvelons le monde, dans un rêve,

Par l'enfance durable au cœur de l'homme mûr!..

— Mais l'aspiration vainement nous soulève L'e>prit ne peut rester naïf, ni le cœur pur!

O chers petits amis, vous qui croissez si vite, Rappelez-vous du moins le rêve des aînés! Humanité touchante, encor blanche et petite, Monte! Deviens très graid, peuple des nouveau-nés !

En sauvant tes splendeurs d'ignorance première, Veille, dors, deviens fort de l'esprit et des bras '. Monte comme le lys, tourné vers la lumière, Peuple né des vaincus, toi qui triompheras!

Enfants! nous faiblissons! venez à la rescousse! Vos aînés, les vaincus, vous disent en pleurant, Votre mère en pleurant vous dit de sa voix douce : Petit peuple français, vite, au secours du grand!

— « Et comment? nous n'avons que nos livres d'école, Nos cahiers griffonnés, la plume et l'encrier?... »

— Que faut-il à l'oiseau, des ailes, pour qu'il vole ? Et que faut-il de plus qu'un livre à l'écolier?

Peuple des écoliers qu'ennuie un peu ton livre, Rien au monde n'est beau que notre rêve écrit. Sache-le ! sache encor que l'Alphabet délivre, Et que la force tombe où veut passer l'Esprit!

Sache tenir, s'il faut, un sabre de bataille, Mais studieux le soir, actif dès le matin, Sache bien qu'un enfant qui veille et qui travaille Prépare au monde entier sa gloire et son destin !

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