Cf. ci-dessus, p. 174 n
2. Il est question de ce Guillem Porcellet dans une lettre écrite par le légat Milon au pape en 1210. Il y est dit que ce seigneur était le frère du meurtrier du légat Pierre de Castelnau, et qu'après le meurtre, le comte de Toulouse l'eut toujours comme commensal (Innoc. épis t. y 1. XII, ep. cvi; Mansi, Concilia, XXII, 798). Il figure à côté de Bertran Porcellet, qui sera mentionné plus loin (v. 3861) comme témoin en divers actes (p. ex. Papon, But. de Prov. II, pr. n° xxxvi).
tu ne veux me dire rien autre, j'ai besoin que Dieu et toi et Merci me viennent en aide ; je n'ai pas de terre autant que j'en pourrais franchir d'un saut ; et comme tu es mon père, celui qui me dois instruire, je te prie de me montrer la voie du salut. — [3690] Fils, » dit le pape, € ton intention est bonne. Si tu suis les règles que je vais te prescrire, tu ne risques point défaillir, ni en ce monde, ni en l'autre. Sache aimer Dieu, l'honorer et lui rendre grâces, obéir aux mandements de l'Eglise et à ses saints, [3695] ouïr messe, matines et vêpres, honorer le corps de Jésus-Christ, faire des offrandes, chasser l'hérésie et vivre en paix. Garde-toi d'assaillir les maisons religieuses, d'infester les chemins, de prendre l'avoir d'autrui pour accroître le tien, [3700] de détruire tes barons, de mal gouverner ton peuple ; laisse-toi vaincre et dominer par Merci. Mais, si on veut te déshériter et t'abaisser, sache te bien défendre et maintenir ton droit. — Sire, > répond l'enfant, c j'ai bien raison dem'affliger. [3705] Je ne puis en même temps poursuivre et fuir. La pauvreté et le besoin sont durs à supporter. N'ayant plus de terre, ne sachant où me tourner, il me faudra prendre à autrui de quoi me maintenir. En cela, je ne crois rien dire d'excessif, [371 0] car j'aime mieux donner et prendre, que recevoir et demander. — Ne fais rien, > dit le pape, c qui puisse t'attirer la haine de Dieu : il te donnera assez de terre si tu le veux servir. Je t'ai fait réserver le Venaissin, la terre d'Argence et Beaucaire; tu pourras t'en arranger, [371 5] et le comte de Montfert aura le reste à gouverner jusqu'à ce que l'Eglise voie si ton sort peut
être amélioré. — Sire, » dit l'enfant, € il m'est dur d'entendre qu'un homme de Winchester1 a droit de partager avec moi. À Jésus ne plaise [3720] que jamais Simon se prenne à partager terre avec moi ! la mort ou la terre, voilà ce que je lui ferai prendre, de sorte que l'un de nous aura le pays errtier jusqu'à sa mort. Et puisque je vois qu'il en faudra venir à la guerre, sire, je ne te demande qu'une chose : [37915] c'est de me laisser la terre si je la puis conquérir. » Le pape le regarda, et jeta un soupir, puis le baise et le bénit : « Veille à ce que tu feras, et retiens mes paroles : tout ce qui s'obscurcit, ensuite s'éclaircit. [3730] Puisse Dieu Jésus- Christ te laisser bien commencer et finir, et bonne chance ! * — Le comte sortit de Rome pour accomplir son voyage, et arriva à Gènes ; et je puis bien vous garantir que lorsque son père le vit, il n'alla point le battre. [3735] Ils ne tardèrent pas à se mettre en route, et chevauchèrent gaiement pensant à l'arrivée, jusqu'à tant qu'ils forent à Marseille.
CLffl.
Arrivés à Marseille, ils descendirent sur la rive et lurent accueillis avec joie et allégresse. [3740] Le comte prit logis au château de Toneu*. Mais, au qua-
i. Voy. p. 41, n. 2.
2. Probablement la tour de la douane (anc. fr. tonlieu), anciennement Palatium Tkolonei, ou Tholoneum, qui était placée à l'entrée du port; voy. Méry et Guindon, Hist. de la commune de Marseille, II, 147 et 152.
trième jour, voici venir un messager, qui salua le comte et lui dit : € Seigneur comte, demain matin ne c faites pas long séjour, car l'élite d'Avignon vous € attend sur la rive, [3745] et ils sont plus de trois c cents qui vous feront hommage. » Le comte à ces mots fut rempli de joie. Le matin, lui et son fils se mettent en route, et quand ils furent si près qu'ils se rencontrèrent [avec la députation] sur le rivage, le comte descendit du bon mulet arabe, [3750] et les trouva à genoux sur la verdure. Le comte les reçut et eux lui avec allégresse. Arnaut Audegier, homme sage et vaillant, né d'Avignon, d'une noble famille, parla le premier, sachant quel est l'usage : [3755] c Seigneur comte de Saint-Gilles, recevez un gage honorable, vous et votre cher fils de légitime lignée. Tout Avignon se met en votre seigneurie; chacun se livre à vous corps et biens, [vous offre] les clefs de la ville, les jardins et l'entrée. [3760] Ce que nous vous disons, ne le tenez point pour chose vaine, car il n'y a en ceci ni défaillance, ni orgueil, ni excès. Mille chevaliers vaillants, guerriers accomplis, et cent mille hommes pleins de courage1. .. et ont fait serment et garanti par otages [3765] qu'ils poursuivront désormais la réparation de votre dommage. Vous aurez en Provence tous vos droits, rentes, cens, tribut, péages; personne ne voyagera sans payer le droit de sauf-conduit. Nous garderons les passages du Rhône, [3770] et mettrons le pays à sang jusqu'à ce que vous ayez recouvré Toulouse et votre juste héritage. Les chevaliers bannis sorti-