‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 127 sur 303 · CUV · texte numérisé non relu

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Avec grande joie ils prirent leurs logements, et le matin, au moment de la rosée, [3785] quand la douce aube apparaît, que se fait entendre le chant des oisillons, que s'épanouit la feuille et la fleur sortant du bouton, les barons se mirent à chevaucher, deux à deux, par les plaines herbues, s'occupant d'armes et d'armures. Gui de Gavaillon1, monté sur un cheval roux, [3790] dit au jeune comte : t Voici le c temps où Parage a grand besoin que vous soyez

1. Seigneur qui, jusqu'à présent, n'est guère connu que comme troubadour. En 1204 il rat, avec le comte de Provence, Guiilem du Baus et quelques autres, témoin de Pierre d'Aragon lors de son mariage avec Marie de Montpellier (Teulet , Layettes du Trésor, n* 717), en 1209 à la cession du comté de Forcalquier faite à son fils R. Bérenger (Papon, Hist. de Prov. II, pr. n° xxxvi). Nous avons de lui plusieurs poésies qui se rapportent aux événements du temps, notamment une tenson avec Guiilem du Baus (voy. ci-après p. 204, note). Il a une notice dans VHist. littér. XVH, 542.

mauvais et bon1. Car le comte de Montfort qui détruit les barons, l'Eglise de Rome, la prédication, font que Parage reste honni et vergogneux. [3795] Ils l'ont tellement renversé de haut en bas, que s'il n'est relevé par vous il est éclipsé à tout jamais. Si Prix et Parage ne sont restaurés par vous, Parage est mort et tout le monde en vous. Et puisque vous êtes le véritable espoir de tout Parage, [3800] ou Parage entier mourra, ou, vous, montrezvous preux. — Gui, » dit le jeune comte, c j'ai le cœur joyeux de ce que vous m'avez dit, et je vous ferai brève réponse : Si Jésus me sauve moi et mes compagnons, et me rend Toulouse, que je désire , [3805] jamais Parage ne sera besoigneux ni honni ; car il n'y a en ce monde aucun homme assez puissant pour me détruire, si n'était l'Eglise2. Et si grand est mon droit et ma raison que si j'ai ennemis mauvais et orgueilleux, [3810] à celui qui me sera léopard , moi je serai lion ! » Us vont ainsi devisant d'armes, d'amours, de dons, jusqu'à tant que la nuit tombe et qu'Avignon les reçoit. Et lorsque par la ville s'est répandue la rumeur [de leur arrivée], il n'y a vieux ni jeune qui n'aille volontiers [3815] par toutes les rues et devant les maisons. Celui qui court le mieux se tient pour fortuné. Les uns crient c Toulouse! » pour le père et pour le fils , et les autres c la joie ! c car désormais Dieu sera avec nous ! » Le cœur plein de force, les yeux en larmes, [3820] tous devant le

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