Je traduis d'après la correction proposée au v
3. P.-é. manque-t-il ici un vers. On no voit pas bien à quoi se réfère « avec eux » ; cf. au 1. 1 la note du v. 4269 (par erreur 4279).
4. Peire Mir est un nom et un surnom trop commun pour qu'on puisse proposer une identification bien probable. Un personnage ainsi nommé parait en 1201 en deux chartes. Doat, CLXIX, 89 V et 93 v°. — H y avait eu dans le parti opposé un Petrus Miro (P. de V.-C. en. xlviu) qui parait être identique au R. Mire mentionné par G. de Tud. au v. 1185; voy. ci-dessus p. 63, n. 4.
230 GBOI8ADE COHTRB LIS ALBICBÛftS. [4216]
démaillés, tant de bons écus fendus ou brisés par le milieu, tant de poings, tant de bras, tant de pieds coupés, tant de sang versé, tant de cervelles écrasées, [4280] qu'il n'y a être si stupide qui n'en soit ému. Cependant ceux de Beaucaire ont fait de tels efforts qu'ils les mènent battant par le chemin uni. Toutefois ils (les partisans de Simon) se défendaient si bien qu'ils ne furent pas poursuivis bien loin1. C'est là que vous auriez pu en voir des chevaux couverts de fer [4286] dont les maîtres avaient été démontés et tués! Gui de Gavaillon, monté sur un cheval arabe, abattit en cette journée Guillaume de Berlit*, qu'on pendit ensuite à un olivier fleuri. Et quand la mêlée se rompt et que les combattants abandonnent le champ de bataille, [4290] alors vous pourriez voir qui a subi la plus forte perte, quand la bataille fut finie.
1. P. de V.-G. nie qu'aucun engagement ait eu lieu entre les deux armées pendant le siège du château de Beaucaire. Parlant des difficultés contre lesquelles se débattait le comte de Montfort alors qu'il cherchait à secourir les défenseurs du château, il s'exprime ainsi : c Oportebat insuper quod sine mtermissione, tam die c quam nocte, tertia pars militum exercitus armata esset, tum quia t timebatur ne hostis subito in exercitum irruerent insperati, quod c tamsn nunquam ausi sunt attentare, tum propter machinas custo* t diendas » (Bouq. 106 d).
2. Est-ce à ce personnage que fait allusion sans le nommer P. de V.-G. dans ce passage : • Quadam die ceperunt quemdam • militem de nostris, captum occiderunt, occisum suspenderunt, c suspenso manus et pedes abstulerunti (Bouq. 106 b)? — Le nom le moins éloigné que je rencontre est celui d'un c Guillaume de t Berti, seigneur de la châtellenie d'Ëpernai i, qui vivait au commencement du xm« siècle (Longnon, Livré de* vassaux, p. 215, n° 2844).
[4M •] CMHSiM CONTU US AUISB0I8. 234
GLXI1.
La bataille finie, le péril cesse; beaucoup étaient dans l'allégresse, beaucoup aussi pleins de colère et de dépit. Ceux du siège, au cœur généreux, rentrèrent, [4895] et ceux de l'ost retournèrent en hâte à leurs tentes. Le comte de Montfort confère avec ses amis privés; il y avait trois évèques et je ne sais combien d'abbés. Aux uns et aux autres il a conté avec véhémence ses plaintes : c Seigneurs , » dit-il , € entendez et voyez [4300] comme je suis sorti de c Provence dépouillé, voyant mes hommes perdus ou c en danger. Le jeune comte me combat, ne doutant c de rien, et depuis qu'il a quitté Rome il s'est poussé c en avant au point de m'enlever ma terre et de c prendre mes domaines ; [4305] et si maintenant il c m'enlève Beaucaire, je me sens tant abaissé que c tout ce qui me restera de terre me semble mic sère. Et puisque l'affaire a été mise en train par c sainte Église, si l'Église m'oublie, je suis si fort déc chu que je ne pourrai défendre ni mes rentes ni mes c conquêtes. [4310] Et quiconque éprouve un échec, c ayant le bon droit pour soi, peut [impunément] être c accusé contre droit et raison. Et puisque me voilà c troublé en tant de façons , je veux savoir de vous c quel conseil vous me donnez. » L'évêque de Nîmes1 [4345] parla le premier et fut bien écouté, c Sire c comte, » dit l'évêque, c adorez Jésus-Christ, et du
1. Amant, ancien abbé de 8amt~Ruf, Galî. christ. VI, 444; Vaisaôte, nouv. édit., IV, 278.
mal comme du bien, rendez-lui grâces entières. Vous avez été placé dans ce monde pour souffrir patiemment les peines et les pertes. [4320] Toutefois, si on cherche à vous dépouiller, défendez-vous de votre mieux1; car, puisque le mal et le bien sont abandonnés à votre choix, si vous perdez en ce monde, vous gagnerez en l'autre. Quant au chevalier qui est pendu à l'olivier, je vous dis qu'il est mort martyr du Christ, [4325] qui lui pardonne ses péchés*, à lui et aux autres morts et blessés. » Mais Foucaut de Berzi a le premier dit son sentiment : c Par « Dieu, sire évoque, vous jugez de manière à faire c baisser le bien et à doubler le mal. [4330] C'est c grande merveille comme vous autres lettrés, vous déc liez et absolvez sans pénitence. Pourtant, si le mal c devenait le bien, si mensonge était vérité, là où est c orgueil serait humilité. Je ne croirai pas, à moins c de meilleures preuves, [4335] qu'aucun homme c soit digne s'il meurt sans confession. — Foucaut, > dit l'évêque, c il m'est pénible de vous en voir douter, t car tout homme, quel qu'il soit, ftlt-il en état de
1 . C'est ce que précédemment (y. 3702-3) le pape disait au jeune comte de Toulouse.
2. Ces mots semblent répondre à une plainte de Simon de Montfort au sujet de la mort de Guillaume de Berlit (y. 4288). Cependant le discours de Simon, tel qu'on vient de le lire, ne contient aucune allusion précise à cet événement. Il se pourrait donc qu'il n'eût pas été transcrit en entier, hypothèse qui pourrait s'appuyer dans une certaine mesure sur le témoignage de la rédaction en prose, où ce discours est ainsi analysé (p. 71) : « Adonc a assemblât son conseilh, ... als quais a tôt demonstrat c son affar, com lodit comte jove an sas gens Tan gectat vilena- « ment del camy, et que ly avian tuât et pendut son home, e c d'autra part ly te dedins lodit castel sas gens assetiats... »
[4246] CBOISADB COÎfTHB LBS ALBIGEOIS. 233
péché mortel, pourvu seulement qu'il combatte les hérétiques, a sa pénitence faite. — Par Dieu! sire évêque, pour rien que vous me disiez [4340] vous ne me ferez croire , sauf votre respect , que pour votre prédication et pour nos péchés Jésus-Christ ne soit irrité contre nous. Ce que j'ai vu me fait craindre que la hardiesse et la fortune nous aient abandonnés sans espoir, [4345] car si la chrétienté entière s'était trouvée d'un côté armée en champ de bataille et nous de l'autre, je n'aurais jamais cru qu'entre eux tous ils eussent été capables de nous honnir et de nous faire reculer. » Puis il dit au comte : « Rappelez à l'ost entière qu'aucun homme, vieux ni jeune, ne doit se désarmer. [4350] On pourra bien dire que Merci a été accomplie et le Tort redressé, si nous et vous trouvons1 le droit que vous poursuivez. » Puis, des deux parts, jusqu'au jour, ils firent le guet avec les chevaux armés, les épées ceintes, les heaumes lacés; [4355] car au dedans comme au dehors si grande est la fureur qu'ils préfèrent la guerre au repos et à la paix. Dans la ville ils ont abondance de tous les vivres qu'ils peuvent désirer, et au sommet du château régnent l'affliction et la misère2 : [4360] aucun bien n'y abonde, ni pain, ni vin, ni blé. Quant aux assiégeants du dehors8, ils souffrent à ce point que personne d'entre eux ne peut se reposer ni se déshabiller pour dormir, ni se désarmer pour boire ni manger; et bien souvent il leur faut combattre quand ils n'en ont point envie,
1. Ou encore f si nous trouvons en vous (e[n] vos?), i II doit y avoir ici quelque chose d'ironique que je ne saisis pas.