‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 147 sur 303 · Les tentes de l'armée du jeune comte · texte numérisé non relu

Les tentes de l'armée du jeune comte

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242 GftOISADB CONTRE LEB ALBIGEOIS. [4246]

Ceux delà ville arrivent par masses : aucun, adolescent ni homme jeune, ne veut rester au dedans. [4545] Plus de quinze mille sortirent par les portails, braves et habiles, combattante et rapides à la course et légers1. Guiraudet Adémar, habile et sûr, P. de Lambesc, Alfan Romieu*, Ugo de la Balasta' se sont partagé le commandement. [4550] Mais le cri et la noise et le frémissement des enseignes, et l'agitation de l'air font trembler les rameaux. Tel est le bruit des cors et des trompes que la terre en retentit et que tout le ciel en frémit. Mais Foucaut, Alain, Gautier de Préaux, [4555] Gui, P. Mir et Aimon de Gorneil, avant tous les autres franchissent les barrières (?) , avec le comte deMontfort, méchant, dm* et cruel, emporté tout droit par son cheval noir. A haute voix il s'écrie : « Saint c Pierre et saint Michel, [4560] rendez-moi la ville c avant que le château soit perdu, et donnez-moi « vengeance de mes ennemis ! » Il entre dans la mêlée, et le carnage commence ; sergents et damoiseaux en abattirent à force. Mais de ceux de la ville est si grande la masse, [4565] qu'en peu d'instants se forma une résistance qui arrêta l'attaque. Cependant Imbert de

1. J'adopte la correction proposée par M. Chabanean (2ta>. des l. rom. 2, 1, 359), leus au lieu de beus. Cf. cependant 4566, où beus est employé avec bien peu de propriété.

2. Témoin à un acte de 1209, Papon, But. de Prov. U , pr. n° xxxvi.

3. En 1219 c Ugo de Balasta » est témoin à une donation faite par Adémar II , comte de Valentinois, à l'Hôpital de S*-Jean de Jérusalem. En 1235 c Ugo de Banasta t (probablement le même) parait en la même qualité dans un diplôme de l'empereur Frédéric II en faveur du comte de Toulouse (Teulet, Layettes du Trésor, n° 2413), et en 1239 dans l'hommage d'Adémar comte de Valentinois qui a été mentionné p. 235, n. 2.

Laie, vaillant et rapide, frappa en la presse Gaucelin de Portels, lui brisant é eu, haubert et garniture; [4570] il l'abat et renverse dans son sang1. Avec lances, masses , épées et couteaux recommence la guerre , le péril et le carnage. Pierres, dards et lances, flèches et carreaux, guisarmes, piques, haches, [4575] pleuvent de toutes parts comme la neige tombant à flocons, brisant boucles (des écus), cristaux (des heaumes), les hauberts , les mailles , les heaumes , les chapeaux (de fer), les écus, les bandes2, les freins, les grelots. Le craquement des lances et le froissement des clavains3 [4580] produisent un bruit semblable à la tempête, ou à des marteaux frappant sur l'enclume. Si acharnée est la lutte, si périlleuse et si dure, qu'ils (les croisés) tournent la bride à leurs chevaux arabes. Ceux de la ville les poursuivent , frappant et criant ; ils les frappent et blessent, eux et leurs chevaux. [4585] Là vous eussiez vu rester sur la place, ou s'en aller en morceaux, jambes et pieds et bras, courées et poumons, têtes et mâchoires, cheveux et cervelles ! Si terribles sont la guerre, le péril, la boucherie, qu'ils (ceux de Beaucaire) les mènent battant et leur enlèvent les

4. Traduction hasardée. M. Ghabaneau (Rev. des l. rom. 2, I, 199) pense que saur eus est l'équivalent du fr. sorel, et par conséquent désigne le cheval de Gaucelin, explication très-satisfaisante pour la forme, mais moins pour le sens.

2. J'avais conjecturé, au vocab., à cause du voisinage de c freins », qu'il s'agissait de bandes ou courroies faisant partie du harnachement du cheval, mais il se peut bien aussi, selon l'opinion de M. R. de Lasteyrie (Bibl. de TÊc. des ch. XXXVII, 113, note 2), que l'auteur ait voulu désigner les bandes ou lames de fer qui renforçaient l'écu.

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