‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 205 sur 303 · Mot à mot « où lui branle la dent · texte numérisé non relu

Mot à mot « où lui branle la dent

2. On peut croire qu'il manque ici un vers ou deux; voy. au t. I la note du v. 6505.

3. Espace de temps auquel se limitait rengagement de la plupart des croisés.

c que jamais vous n'avez eu plus grand besoin de bon € conseil. Afin que le ravage et la guerre acharnée recommencent, que nous puissions les détruire et les massacrer dans la ville, qu'il soit fait de tels exploits qu'après notre mort on en parle. [6525] Construisons une nouvelle ville avec de nouveaux bâtiments, nouvellement munis de fortifications neuves, avec clôtures neuves formées d'abattis (?) neufs, nous installant à nouveau en de nouvelles habitations. Une nouvelle population y viendra, [6530] et formera une nouvelle Toulouse avec une nouvelle constitution. Et jamais n'aura été faite si riche opération, car peau et glaive, sang et cuirasse, se battront de leur ville à la nôtre, de telle façon que l'une portera le feu chez l'autre . [6535] Celle qui subsistera tiendra la terre. Mais de notre côté sera l'avantage , car il nous viendra de tout le pays hommes, munitions, pain, viande, vin, blé, deniers, rentes, étoffes, vêtements, [6540] matériaux de remblai , denrées de toutes sortes , avec la faculté d'acheter ou de vendre, et, de gré ou de force, les riches dons, les présents, le poivre, la cire, le girofle, le piment. Organisons-nous pour un long siège, afin de détruire la ville et d'en tirer vengeance, [6545] car jamais par force vous ne parviendriez à la gouverner ; et jamais n'aura été fait siège si solidement établi. Faisons des courses par les environs, pour que ceux de la ville soient privés de blé, de semence, d'arbres, de vignes, de fruits, de sarments1, [6550] de sel, de bois, et de tous autres objets de nécessité. De cette façon vous les amè-

1 . Pour servir de combustible ? le mot n'est là que pour la rime.

[4246] CftOISADB CONTRE LES ALBIGEOIS. 385

lierez li se rendre. Et si vous arrivez à les détruire, vous en recueillerez tant d'honneur que vous ne penserez plus aux pertes que vous avez éprouvées. — Seigneurs, » dit le comte, « voilà un conseil qui me plaît, [6555] un bon conseil, plein de force et de sagesse, et tel qu'il nous le faut. — Sire comte, » dit l'évéque, c il ne vaut pas tout à fait autant : si au delà du fleuve1 ils ont leurs coudées franches, qu'ils ne soient de ce côté, ni assiégés ni inquiétés, devers la Gascogne il leur viendra assez de secours [6560] pour les tenir dans l'abondance pendant toute votre vie. — Par Dieu ! sire évêque, » dit le comte, € j'irai en vérité moimême, avec une troupe vaillante, et je garderai la rivière et les passages , de telle sorte que du côté de l'eau il n'entrera dans la ville que du vent; [6565] et mon fils et mon frère feront de même sur l'autre rive. > C'est ainsi qu'on décida qu'il y aurait deux sièges.

On fut donc d'accord entre les barons et le comte, pour établir deux sièges ; [6570] puis, pour envoyer le cardinal , le plus savant des clercs , l'abbé , l'évéque , le prieur, le légat, prêcher la paix par toutes les terres, chasser les hérétiques et les ensabatatz*, et amener en même temps les croisés. [6575] L'archevêque d'Àuch dit : c Sire, écoutez-moi : quand vous tiendrez

Page 1