‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 22 sur 303 · Ou p.-é. f sans bruit · texte numérisé non relu

Ou p.-é. f sans bruit

c Seigneurs, » dit le comte, « apprêtez-vous tous ; [550] allez prendre les armes, montez à cheval, tous ensemble lancez-vous à la fois sur l'ost. — Par foi ! » dit Peire Rogier de Cabaret1, < par mon conseil vous ne sortirez pas : si vous gardez la ville, je crois que vous ferez assez. [555] Au matin, après avoir dîné, les Français s'avanceront jusqu'auprès de vos fossés : ils voudront vous enlever l'eau dont vous vous abreuvez tous : alors qu'il y ait force coups frappés et donnés ! > A ce conseil s'accordent tous les plus sages : [560] ils font faire au dehors le guet par des chevaliers armés tout à l'entour de la ville, qui est forte ; car Charles l'empereur, le fort roi couronné, la tint plus de sept ans, à ce qu'on dit, assiégée, sans la pouvoir conquérir été ni hiver. Les tours s'inclinèrent devant lui, lorsqu'il s'en fut allé, [565] de façon qu'ensuite il la prit quand il y fut retourné. Si la geste ne ment, ce fut vérité, car autrement il ne l'eût point prise *.

Le vicomte de Béziers s'est bien gardé toute la nuit; le matin au poindre de l'aube il s'est levé. [570] Les barons de France, quand ils eurent dtné, se sont tous

1. Ce personnage ne parait que dans la première partie de la guerre. U était en 4204 (Doat LXH, 9) viguier. de Garcassonne. — Sa femme, Brunessen, protégea Raimon de Miraval; voir la vie de ce troubadour, Parnasse occitanien, p. 225.

2. Voy. sur cette légende, G. Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 254-6.

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armés par l'ost ; et ceux de Carcassonne se sont apprêtés. Ce jour il y eut maints coups férus et donnés, et de part et d'autre des morts et des blessés ; [575] il y eut force croisés tués et force transpercés, et dedans l également beaucoup de morts et de blessés. Mais les barons de l'ost ont fait un tel effort qu'ils leur ont brûlé le bourg jusqu'à la cité*, et les ont tellement environnés [580] qu'ils leur ont enlevé l'eau qu'on appelle Aude8. Ils ont dressé contre le mur des pierrières et des catapultes, qui le frappent nuit et jour, en long et en large. Oyez quel miracle y fit alors le seigneur Dieu : les arbalétriers qui étaient montés sur les tours, [585] quand ils pensent tirer en l'ost, n'en sont pas à mi-chemin : les carreaux de leurs arcs leur tombent dans les fossés. Certes j'ai ouï dire, et je sais que c'est vérité, qu'onques corbeau ni vautour ni aucun oiseau qui soit ne vola en l'armée de tout cet été4; [590] et puis il y eut si grande abondance de vivres qu'on donnait trente pains pour un denier monnoyé*. Ils prennent le sel du rivage, et là ils l'ont chargé, et ainsi ils réparèrent leurs pertes : S'ils ont perdu sur le pain, sur cela (le sel) ils ont

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