XXV1I
[630] c Vicomte, » dit le roi, c il me pèse grandec ment que vous soyez en tel tourment et en tel péril c pour une folle gent et pour leur folle croyance.
4. On sait qu'après avoir diné on passait un certain temps à boire du vin.
' 2. Voir an 1. 1 la note sur le v. 618.
3. Vertu au sens de force; c'est une locution courante de l'ancien français, qui parait déjà plus haut, v. 373.
4. Le sens de defendut (616) est douteux; voir an vocabulaire.
34 CaolSIDE CONTRE LB8 ALBIGEOIS. [4209]
Maintenant je n'y sais rien de plus sinon de faire un accord, si nous pouvons l'obtenir, avec les barons de France ; [635] car, selon Dieu et selon mon opinion, en une nouvelle bataille à l'écu et à la lance vous ne pourriez guère mettre votre espérance. Si grande est leur ost que je me prends à craindre qu'à la fin vous ne puissiez tenir jusqu'au bout. [640] Vous avez en la ville, qui est forte, grande confiance : s'il n'y avait pas tant de monde et un si grand excès de femmes et d'enfants, selon mon opinion, vous pourriez bien avoir encore quelque sujet de vous réjouir. Je suis pour vous si affligé, et j'éprouve une telle compassion, [645] pour l'amour que je vous porte et parce que je vous connais, qu'il n'est rien que je ne fisse pour vous, s'il n'y avait grand déshonneur. » Le vicomte [lui répond1] qu'il fait grand cas de son accord [projeté] tant pour lui-même que pour les barons qu'il a avec lui *.
c Sire, » dit le vicomte, c ainsi comme il vous c plaira [650] vous pouvez faire de la ville et de tout c ce qui s'y trouve, car nous sommes tous vos c hommes, et l'étions déjà, comme aussi du roi votre c père qui beaucoup nous aima9. » À ces mots il
i . Voir au 1. 1 la note sur le v. 647.
2. Le rapport du v. 648 avec le précédent est rendu clair par le v. 659.
3. Le vicomte Rogier II, pore de Raimon Rogier, avait en effet prêté serment au roi d'Aragon à diverses reprises (Vaissète, III, 19, 54, 68). C'est pourquoi, aussitôt mis en possession des terres du vicomte de Béziers, Simon de Montfort fit tous ses efforts pour
(le roi d'Aragon) monta sur le palefroi, et retourna en Fost. Avec les Français il parla, [655] et avec l'abbé de Glteaux qu'on y appela ; car sans son conseil jamais rien ne sera fait1. Le roi leur a rapporté l'entretien qu'il a eu dans la ville avec le vicomte, et fort il les pria en faveur de ce dernier autant qu'il put, et en faveur des barons qu'il (le vicomte) y a. [660] Il eut beau s'entremettre et faire pas et démarches, en définitive, il n'aboutit à rien, sinon que pour l'amour de lui l'ost fera ceci : le vicomte, lui douzième de ceux qu'il voudra, pourra sortir avec ce qu'ils auront sur eux, [665] et tout le surplus sera à discrétion des croisés. Le roi dit entre ses dents : c Gela se fera quand c un âne volera dans le ciel. > Dépité et courroucé il retourna en la cité, et exposa l'affaire au vicomte et aux siens. [670] Et lui (le vicomte), quand il entendit cela, dit que plutôt il se laissera écorcher tout vif9, ou que lui-même il se tuera. Jamais jour de sa vie il n'acceptera pareille convention, ni n'abandonnera le dernier de ses hommes. Il le prie de s'en retourner;
faire accepter son hommage par le roi d'Aragon (P. de V.-G. en. xxvi). Il n'y parvint qu'assez tard, en janvier 1211 (P. de V.-G. en. xlviO.
1. Jusqu'au moment où Simon de Montfort eut reçu la seigneurie des pays conquis, l'abbé de €iteaux fut bien réellement le chef de la croisade, dirigeant l'armée, selon les pouvoirs que lui avait donnés le pape (voy. v. 148). Même après l'élection du sire de Montfort, son autorité reste encore prépondérante, car au siège de Minerve c'est lui, c totius negotii Chris ti magister >, qui traite de la reddition de la place (P. de V.-G. en. xzxvn, Bouquet, p. 32 a).
2. Je traduis d'après la correction proposée en note; car, selon le texte du ms., il faudrait : c que plutôt il les laissera écorcher c vifs. »