Le château Narbonnais
3. Simon avait fait une fondation à Saint-Nazaire de Garcassonne. On possède un acte d'octobre 1219 par lequel la comtesse de Montfort et ses fils Amauri et Gui assignent à l'église Saint- Nazaire une rente de cinq sous de Mauguio, sur le salin de cette ville, pour le paiement du chapelain fondé par le comte Simon et l'entretien d'une lampe perpétuelle dans la chapelle Sainte-Croix. Vaissète, édit. Privât, V, 1466. — Du Mége pensait avoir retrouvé un bas-relief provenant du tombeau de Simon, mais son hypothèse, qu'il n'émet du reste qu'avec réserve, est très-douteuse; voy. ses Conjectures eut un bat-relief de F église de Saint-Nasaire à Carcassonne, dans les Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, I (4834), 269-84, avec une planche représentant ce bas-relief; le tiré à part est daté de 1833. La planche et une partie de la dissertation sont reproduites par Du Mége dans son édition de D. Vaissète, V, additions et notes, 83-5.
430 C10ISADE COKT1I LIS ALBIGEOIS. [4218]
la félicité sans égale, porter la couronne et siéger dans le royaume [de Dieu] . Et moi j'ai ouï dire qu'il en doit être ainsi : si , pour tuer des hommes et répandre le sang, pour perdre des âmes, pour consentir à des meurtres, [8690] pour croire des conseils pervers, pour allumer des incendies, pour détruire des barons, pour honnir Parage, pour prendre des terres par violence, pour faire triompher orgueil, pour attiser le mal et éteindre le bien, pour tuer des femmes, égorger des enfants, [8695] on peut en ce monde conquérir Jésus-Christ, il doit porter couronne et resplendir dans le ciel ! Et veuille le fils de la Vierge, qui fait briller le droit, qui a donné sa chair et son sang précieux pour détruire orgueil, veiller sur raison et droiture, qui sont en passe de périr, [8700] et qu'entre les deux partis il fasse luire le droit ! Car Montfort et Toulouse recommencent la lutte. Pour la mort de son père le fils veut faire acte d'énergie. Il a fait convoquer les barons terriers, et tient cour plénière, pour exposer son droit1. [8705] Il parle, consulte et s'exprime ainsi : c Seigneurs, mon père est mort, qui vous
1. Nous ignorons où ce parlement fat tenu. Mais les résolutions qui y furent prises sont attestées par P. de V.-G. (Bouq. 413 a b) : c Nec silendum quod, statim post mortem comitis, dominus carc dinalis et novus cornes miseront in Franciam episcopos Tolosa* c num, Bigorrensem, et Gonvenarum et cum eis nobilem comi-
• tissam, ut a rege et regno pro ea auxilium flagitarent. Dominus c etiam papa Honorius, audita morte comitis, scripsit régi Fran-
• corum, diligenter et bene monena et consulens, et in remissioc nem peccatorum injungens, ut negotium fidei contra haereticos c Tolosanos, ad honorem Dei et ezaltationem Ecciesiae consumc maret; omnibus etiam qui ad hoc negotium se accingerent piec nam fecit indulgentiam, sicut illis qui ad partes proficiscerentur « transmarinas. »
[4248] CIOIBADB COHTRB LES ALBIGEOIS. 434
avait chers ; et comme je ne puis foire aboutir le siège de Toulouse, aidez-moi [au moins] à défendre et à conserver la terre. — Comte; » dit le cardinal, écoutez ce que je vais vous demander : [8740] c'est de faire mettre en défense vos villes et vos châteaux, et d'y placer telles garnisons qui sachent les bien défendre» Et vous, sire évéque, allez tôt requérir le seigneur roi de France de ne pas nous laisser dessécher (?) ; et à la calende de mai, sans faute, [874 5] qu'il vienne en ce payé pour rendre à l'Église sa seigneurie, qu'il nous confie la couronne1 et son fils pour nous aider à confondre et à détruire Toulouse qui nous a tué le comte et nous plonge dans le souci. Et moi j'enverrai [8720] au seigneur pape, pour qu'il les lise, des lettres scellées portant que c'est maintenant qu'il doit' se mettre en avant pour défendre l'Église et croître en puissance ; car maintenant est morte l'étoile qui brillait naguère. Et je lui dirai de Toulouse, pour lui inspirer d'elle une haine plus profonde, que ni l'Église ni rien qui soit ne la peut adoucir. [8725] Elle est si dure , si sauvage , si rebelle à la conversion , que feu , carnage , massacre ne sauraient la réduire. Que par la prédication il appelle les populations, qu'il fasse contribuer les prélats de l'Église aux frais de la guerre ; qu'il échauffe les cœurs , aiguise les langues ; [8730] qu'on aille répandre par le monde la prédication, enflammer et remuer toute la chrétienté. Soulevons ainsi les
1. c [L'appui de] sa couronne •, Fauriel. La couronne paraît symboliser ici l'autorité royale. Toutefois le sens est peu clair.
432 cboisadb coffrai lis albigeois. [4248]
peuples, inspirons-leur la hardiesse, de sorte qu'aucun homme capable de porter les armes ne reste en arrière ; qu'armés de la croix et du glaive tous marchent à la suite du roi. [8735] Et je vous dis bien sans mentir qu'à la Pentecôte vous verrez venir tant de croisés, tant de monde, que la terre aura assez à faire de les soutenir. Avec eux nous subjuguerons entièrement Toulouse. Et avant de nous en aller nous prendrons telles mesures [8740] que personne n'osera nous opposer résistance ni murmurer.
— Sire , » dit l'évêque l , € j'irai de grand cœur accomplir ce message. Il est dur, cruel, étrange à ouïr, et c'est pour moi une chose incompréhensible que Dieu puisse consentir [8745] à la mort de son digne fils », si dévoué pour lui. Tandis que tout autre père, ce me semble, par l'effet de la nature, s'affligerait en voyant mourir son fils, lui, Dieu, il ne fait pas semblant que cette perte lui soit pénible ni douloureuse, car alors qu'il les devrait tuer, c'est nous qu'il abaisse. [8750] Et puisque Toulouse nous fait peiner et languir, allons chercher un médecin capable de nous guérir. Et puisque Dieu nous oublie, tâchons de faire compensation; car, si en aucune façon ils peuvent se défendre de nous, échapper et fuir par air ou par terre, [8755] jamais nous ni l'Église ne pourrons réparer notre perte. * Le comte Âmauri dit : c Je ne puis que vous rendre grâces, quand vous voulez faire payer si cher la mort de mon père. — Seigneurs, » dit le
comte de Soissons, c je veux m'en aller avec toute ma