‹ La Chanson de RolandChapitre 94 sur 171 · CXLVII · texte numérisé non relu

CXLVII

1965 /CLIVER sent qu'il est a mort nasfret.

V^ De lui venger ja mais ne li ert sez.

En la grant presse or i fiert cume ber,

Trenchet cez hanstes e cez escuz buclers

E piez e poinz e seles e costez.

1970 Ki lui veïst Sarrazins desmembrer.

Un mort sur altre geter,

De bon vassal li poûst remembrer.

L'enseigne Carie n'i volt mie ublier,

^< Munjoie ! » escriet e haltement e cler, 1975 RoUant apelet, sun ami e sun per :

« Sire cumpaign, a mei car vus justez !

A grant dulor ermes hoi desevrez. » aoi.

OLIVIER sent qu'il est frappé à mort. Il tient Hauteclaire, dont l'acier est bruni. Il frappe Marganice sur le heaume aigu, tout doré. Il en fait sauter par terre les fleurons et les cristaux, lui fend la tête jusqu'aux dents de devant. Il secoue sa lame dans la plaie et l'abat mort. Il dit ensuite : v< Païen, maudit sois-tu ! Je ne dis pas que Charles n'ait rien perdu ; du moins, tu n'iras pas, au royaume dont tu fus, te vanter à aucune femme, à aucune dame, de m'avoir pris un denier vaillant ni d'avoir fait tort soit à moi, soit à personne au monde. ^- Puis il appelle Roland pour qu'il l'aide.

e mo CXLVII

OLIVIER sent qu'il est blessé a mort. Jamais il ne se vengera tout son saoul. Au plus épais de la masse, il frappe en vrai baron. Il taille en pièces épieux et boucliers, les pieds et les poings, les selles, les échines. Qui l'aurait vu démembrer les païens, jeter le mort sur le mort, pourrait se souvenir d'un bon chevalier. L'enseigne de Charles, il n'a garde de l'oublier : vv Montjoie ! ^^ crie-t-il, haut et clair. Il appelle Roland, son pair et ami : *< Sire compagnon, venez vers moi, tout près ; à grande douleur, en ce jour, nous serons séparés. »

Page 1