Qui de mûrir nen eurent espérance
LiUré cite ce vers dans son historique du mot espérance. — Des éditeurs de la Chanson de Roland ont substitué au mot du texte d'Oxford, sans raison suffisante, espairnance ou espar gnance.
Les douze pairs ne sont pas en retard ; et tous les Francs frappent comme un seul homme.
Par cent, par mille, y meurent les païens.
Qui ne s'enfuit est voué à la mort; bon gré, mal gré, il finit là son temps.
Nous y perdons nos meilleurs chevaliers.
Ils ont laissé, là-bas en douce France, un père, un fils; ils ne les verront plus, ni l'empereur qui aux ports les attend V.
i. Le mol porl, dans la région pyrénéenne, désigne un passage entre deux montagnes, parce que, selon la remarque de Liltré, « c'est par là que se portent les marchandises ». Tel le port de Vénasqiie. Le col de Roncevaui est appelé port de Valcarlos. Même sens dans l'appellation de Saini-Jean-Pied-de-Port.
lES PRÉSAGES DE LA MORT DE ROLAND H9.
En France éclate une étrange tourmente.
Le vent mugit et le tonnerre gronde. Partout ce n'est que pluie, grêle, tempête.
La foudre tombe, et tombe, et tombe encore.
La terre tremble, oui vraiment elle tremble, de Saint-Michel du Péril de la Mer jusqu'à Cologne où sont saintes reliques*, de Besançon jusqu'au, port de Wissaht.
Dans les maisons les murs craquent et crèvent.
En plein midi, viennent grandes ténèbres. Il n^est clarté que du feu des éclairs.
Chacun le voit et est pris d'épouvante.
Plusieurs disaient : « C'est le grand jugement : tout est fini; les temps sont consommés ! »
1. Des textes indiquent ici Reims; d'autres Sens. Je me rallie à l'interprétation de Léon Gautier et de M. Gaston Paris. Dans l'empire de Charlemagne, de môme que Besançon était à l'opposile de Wissant, situé entre Boulogne et Calais, Cologne était à l'opposile du Mont Saint-Micliel en Normandie.
Mais on se trompe ; on ne sait pas les choses. C'est le grand deuil pour la mort de Roland.
L'orage est grand ; les signes sont terribles.
Depuis midi jusqu'à la fin du jour, se fait partout une épaisse nuit noire que le soleil ni la lune n'éclairent.
Le sol bondit ; les murailles se fendent.
Tous ceux qui sont les témoins de ces choses ont l'âme en peine et croient qu'ils vont mourir.
Ah ! c'est bien droit que tous soient dans l'angoisse, quand Roland meurt, lui le grand capitaine, tel que jamais meilleur ne tint l'épée pour batailler et terres conquérir.
1. Ce couplet et les deux suivants sont tirés du manuscrit de
Venise, sauf quelques vers pris à d'autres mauuscrits.
Mùlier, dans son édition de 1878, donne uu double extrait du manuscrit de Venise et du manuscrit de Paris. — Le manuscrit de faris (treizième siècle) ne souITre pas la comparaison avec Je manuscrit de Venise. Mais il tient le premier rang parmi les manuscrits de second ordre où se trouve paraphrasée et remaniée la Chanson de Roland.