RAND0NIS ET ROLAND
Voici venir le païen Grandonis, fils de Capuel, le roi de Cappadoce. Marsile a fait de lui le chef des siens en lui donnant l'enseigne brodée d'or.
Son bon cheval, qu'il appelle Marmore, est plus léger que l'agile hirondelle.
Il l'éperonne en lui lâchant les rênes, et sur Gérin fond avec tant de force qu'il fend en deux son écu de vermeil, du haut en bas découvre sa cuirasse, lui plonge au corps sa banderole bleue et l'abat mort sur une grande roche.
Il tue aussi son bon ami Gérier ; puis Déranger, puis Guyon de Saintonge ; enfm il frappe un riche duc, Austoire, maître et seigneur de Valence sur Rhône; et l'abat mort.
Les païens sont en joie.
Les Français crient : « Comme tombent les nôtres! »
Roland brandit sa Durandal sanglante.
Il a ouï les plaintes des Français, et souffre tant qu'il sent son cœur se fendre.
— « Païen, crie-t-il, sois-tu maudit de Dieu! Tu paieras cher la mort de ces barons. »
Il éperonne; et son cheval s'élance... Qui "va périr? Les voilà en présence.
Grandonis fut un sage et vaillant homme, preux combattant, sans reproche et sans peur.
— « C'est là Roland », s'est-il dit aussitôt, le devinant sans l'avoir jamais vu; car son grand air, sa haute contenance, son fier regard, son beau corps le désignent.
Il ne peut pas s'empêcher d'être en crainte.
Il voudrait fuir. Impossible; trop tard, — si prompt, si fort est le coup de Roland !
Jusqu'au nasal tout le casque est fendu; nez, bouche et dents sont tranchés en morceaux; corps et haubert sont partagés en deux ; et mise en deux est la selle dorée ; et mis en deux est le dos du cheval.
Homme et cheval sont occis sans remède.
Chaque païen gémit et se désole. Les Français crient : « Bien frappé, notre maître! »