‹ La chanson de Roland: traduction nouvelle avec une introduction et des notesChapitre 17 sur 63 · LES TROIS MATIÈRES · texte numérisé non relu

LES TROIS MATIÈRES

C'est à la poésie française elle-même qu'il faut demander des indications sur l'ensemble de notre cycle chevaleresque. Écoutons d'abord Jean Bodel, le trouvère de la Chanson des Saxons ;

Ne sont que trois matières & nul home autandant : De France^ de Bretaigne et de Home la grant.

Et de ces trois matières u'i a nule samblant : Li conte de Bretaigne sont si vain et plaisant; Cil de Home sont sage et de san éprenant ; Cil de France de voir chascun jor apparant.

LVI INTRODUCTION

La matière q[ue Jean Bodel appelle de Rome comprend toute l'antiquité sacrée et profane. La matière de Bretagne ou de la Table-Ronde, comprend les chansons relatives soit à la cour du roi Arthur, soit à la recherche d'un vase mystique, le Graal, qui aurait servi à la cène de Notre-Seigneur. Nous laisserons complètement de côté dans ce travail les matières de Rome et de Bretagne pour ne parler que de celle de France à laquelle appartient la Chanson de Roland^ et qui en outre, est supérieure aux deux autres. Jean Bodel en donne la raison :

La corone de France doit estre mise avant^ Qar tait autre roi doivent estre à lui apandant De la loi ciestiene qui an Deu sont créant.

ainsi que le trotivère du Coronemens Looys :

Quant Dex esleut nouante et dix roiaume^ Tôt le meillor torna en douce France.

Mais pourquoi la France est-elle supérieure aux autres nations ? Pour deux raisons : la première parce que Dieu présida lui-même par ses anges au couronnement de son premier roi :

Le premier roi de France fist Dex par son commant^

Goroner à ses angeles dignement an chantant;

Puis le commanda estre en terre son sergent.

Tenir droite justice et la loi mètre avant.

Gest commandemant tindrent après lui li auqant :

Anséys et Pépin, cil furent conquérant,

Et Gharlemaigne d'Aiz qui Dex parama tant (1).

(1) £a Chanson des Saxons,\ — Voir aussi Histoire littérair de la France, tome XXII, page 481, et Guillaume d'Orange, par Jonck-

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