LES TROIS GESTES
Voici comment un de nos trouvères apprécie la geste de Garin :
des III gestes que Da medi eu créa^
£t pour garder sa loi dedens Fi'miohe eatora^ L'une est de Gariu de Mouglaue decha Qui tout chel Toulousau de païens délivra, Et tout le Nerbonnals et Orange combra, Venioe (2) sur la mer et Biaulande aquita, PuiUe et Calabre aussi et quanque il i a.
Chele geste ama Dex et bien le demonstra, Que sus trestoute l'acrut et assaucha (3).
La geste de Garin est encore mieux caractérisée dans les vers suivants :
La tierce geste, qui molt fist II proisieri Fu de Garin de Monglaive le fier.
(1) Charles d'Héricault, Essai sur Vorigine de tépopée française. Paris, i8a0.
(2) C'est peut-être Vauveniee dont il est fait mention dans Parise la Duchesse :
« Il tenait Vavenice et la terre anviron « Beaucaire et Taraoon et Valenoe anviron.
(3) Doon de Mayence, page 241.
LX INTRODUCTION
De son lignaige puis je bien tesmoignier
Que il n'i ot ne coart ne lammier.
Ne traltor^ ne félon losangier.
Ainz furent saige^ et hardit chevalier^
Et combatant et nobile guerrier.
Ainz roi de France il ne vorent boisier,
Lor droit seignor se penoient d'aidier
Et de s'onor eu toz sens essaucier.
Grestienté faisoient avancier
£2t Sarrasins confondre et essilier (1).
La pureté du lignage de Garin tient à ce que cette geste à été groupée autour de Guillaume au Court Nez, le type de l'héroïsme germanique dans le midi, le Cid de la France.
La famille de Doon de Mayence, au contraire, a donné le jour au traitre de la Chanson de Roland, àGane, « al ouvert Ganelon. » Au^si cette geste estelle appelée la false^ c'est-à-dire celle qui est traître. Lorsque Savary de Champagne aspire à la main de l'héritière du royaume de France, Hugues lui démontre qu'il ne peut l'obtenir,
Car de Guennellon furent vo millour anchessour; Onquez bien ne pensèrent vo parent ly millour (2).
et il le tue.
Mais il ne faut pas attribuer un caractère absolu à ces qualifications.
Le trouvère de Doon de Mayence caractérise la false geste de la manière la plus avantageuse, et sans restriction, dans une longue énumération où
(1) Girard de Viane, page 2. Heims^ 1850.
(2) Hugues'Capet, page 35.