XV
COMMENT LA BATAILLE CONTINtJE A RONCËVAUX,
Roland regarde et les monts et le^ laudes ; De ceux 4ç Finance il voit tant de morts ^ir ! Il pleure ainsi les nobles chevaliers :
« Seigneurs barons, Dieu de vous ait pitié, (( Le paradis qu'il octroie à vos âmes, a En saintes fleurs qu'il les fasse placer !
a Meilleurs guerriers, jamais on n'en a vu !
« Si longuement vous m'avez tous servi !
c( Vous avez pris tant de pays pour Charles !
<( Pour quel malheur il vous avait nourris !
« Terre de France, êtes si doux pays,
(c Par ce désastre aiqourd'hui dépeuplée (1) !
« Barons finançais, vous mourez par ma &ute.
a Je ne vous puis défendre ni sauver.
u Que Dieu vous aide ! il ne mentit jamais.
tt Frère Olivier, je ne vous dois faillir.
a Je meurs de deuil, si quelqu'un ne m'occit.
« Mon compagnon, retournons pour frapper ! »
Roland revient sur le champ de bataille.
De Durandal il firappe comme un brave !
Il a tranché Faldrin du Pin en deux Et vingt payons des plus prisés de tous.
Homme jamais ne prit telle revanche :
Comme les cerfs s'en vont devant les chiens, Devant Roland les payens s'enfuyaient.
Turpin lui dit : « Comme vous frappez bien !
a Un chevalier doit avoir ce courage !
« Qui porte lance et monte un bon cheval
(1) Le texte dit : à tant rabost exill Voir les Quatre Fils Aymon, vew 100 :
Car ils sont assez grands pour vestir garnement Et pour mettre payenft & grand exiUement
a Dans le combat doit être fort et fier ; "-
« Car autrement il ne vaut deux deniers, «c Moine il doit être en quelque monastère <c Et tout le jour prier pour nos péchés ! d Roland répond : « Frappez, n'épargnez pas ! d Puis, à ces mots, les Français recommencent.
Bien grande perte il y eut de chrétiens !
Qui sait que nui ne sera prisonnier, En tel combat fera grande défense* Aussi les Franks sont fiers comme lions.
Voici le roi Marsile, en vrai baron, ' Sur son cheval qu'il appelle Gaignon.
Il éperonne et va frapper Beuvon (C'est le seigneur de Beaune et de Dijon), Lui rompt l'écu, lui brise le haubert, Et^'abat mort sut l'herbe d'un seul coup.
Puis il occit Ivoire avec Ivon (1), Ensemble avec Gérard de Rossillon.
Le preux Roland, qui n'est pas loin de là, Dit au payen : ^«c Puisse Dieu te confondre ! « Tu m'as faiitort en tuant mes amis :
(1) Ils étaient les enfants du sixième fils de Doon de Mayence, et par conséquent éousins germains de Gane^ comme Anséis :
Et le sixième fix chea ta le roi Othon, Qui fu père Yvoire et si fu père Yvon, En Hainchevax moururent o RouUant le baron.
{Gaufrey, page 4.)
98 hk CBAKSON DB BOIiàND.
c< Tu le paieras avant de lae cpntter,
« Et tu sauras le nom de mou épée. »
En vrai baron il va frapper lfarsi)ei
Il tranche au roi Iq poing de lam%m dsoii^j
Puis prend la tète à Jurfaleu le. Blond
( C'était le fils du roi des Sarrazâns ).
Payens criaient : a Âide-^nousy Mal^omet 1
« Vous tous, nos Dieux,yengez-nous donc de Charles !
<c En cette terre il nous mit tels félons
c< Qui pour mourir ne fuiront pas p^ chsoxip* t»
L'un dit à l'autre : « Or donc, e^fij^yens-s^s t » .
Et sur ce mot, «ept miUe hommes s^^ ronti ;
Qu'on les rappelle^ ils ne reviendront pajsk! jm^.
ais à quoi bon?.Si tf^^ile e$t!e^:/^te^ Est resté là son onde Marganîcd (1)» - ' Qui tient Csurthage à son frère Owaidle^ . . ! ^'r Et l'Ethiopie, une.t6l^^.s^aHâ^^, La noire gent, dof t il i^t la fteignèur^ A le nez gmod ^i}m oreUles iWg^»^ Ensemble ils sont pkks.dl fcim[iiiêtte wàHàe Ils chevaucl^eM fi^mieftt^ «ai éoièrlè^ ^ Et répétaient la devise payenne.
« Noiis recevrons, dit Roland, le martyre j « Je le sais bien^ mma n'avons guère ft tivr^ ;
(1) Ne pas le confondre avec Mapgarîi de Sibille. Voir page 68.
<( Félon celui qui pe sevi^ndr^ cher !
c< Frappez, seign^Hm^ ^ vos onues fourbies; ,* -
<( Disputez bien et vos morts ^t vos yios. ^ ,
«c Ne faisons pas honnir la douce France;
« Quand sur ee oha^p vien^a Ch^tes^ fnpf^ j^rei
<c Et qu'U verra l'état des SarrazinsÀ
<x Quinze des leurs morts contre un seul des ni^^si,
« Notre empereur^ eerte8« nousbi^ip^^l »; ^k
• * tr •
Quand Roland voit cette race maudite Des Éthiopiens, qui sont plus noirs que l'encre, Et n'ont de blanc ^Uenirs qu# sur hf> dents., .[[^^ Le comte dit : « On, je le saj^ vrain^ent, ■. . -y
« Que nous mourrons aiqourd'hui, p^est certain. ; ^ c< Frappez, Fi*a99tçais9 je tous le rçc^mmai^e^o^. Olivier dit : (( Maa^ts ^^t les plus lentsj » Et sur ces mots. les^Franks ont attaqué.
. , , » t • J < » Il
:xxyi, .
t0MDË*r t>LlVtÉ& EST BLÉSISÉ k MORt.
Quand les payens voient si peu de Français, Ils ont entr'eux orgueil et réconfort.
Ils se disaient : « C!harlemagne avait tort ! »
Là, Marganioe est sur un cheval bai.
Il pique bien de ses éperons d'or,
Frappe Olivier dans le dos par derrière,
Le blanc haubert lui détache du corps,
Et fait sortir l'épieu par la poitrine.
« "Vous recevez un bon coup, lui dit-il,
ce (Siarles àtoit vous laissa dans^les gorges !
« n nous a nui, mais ne peut s'en vanter,
<K Car sur vous seul j'ai bien vengé les nôtres, i»
Olivier sent qu'à mort il est fraj^pé,
Tient Hauteclaire au bon acier bruni.
Et va JB^apper le payen sur son casque (1),
Dont les fleurons et les pierres jaillissent.
n lui trancha la tète jusqu'aux dents.
Brandit son coup dont il l'abattit mort. *
Il dit après : «Payen, sois-tu maudit !
a Je ne dis pas que Charles n'ait perdu ;
« Mais à ta fenune ou bien à d'autres dames ,
« Dans ton pays, tu ne te vanteras
« De m'avoir pris la valeur d'un dénier,
a D'avoir fait tort soit à moi sç^t à d'autr^! i>
Puis il appelle à son secours Roland, aoi.
(1) Le texte dit : Sur Telme a or agut.
Olivier sent qu'à mort il est blessé :
De se venger il n^aura le loisir.
Dans la mêlée, il frappe comme un brave.
Il leur tranchait les lances, les écus,
Les pieds, les poings, les selles et les côtes.
Qui Taurait vu démembrer les payens^
L'un mort sur l'autre à terre les jeter.
D'un bon guerrier pourrait se souvenir !
Le cri de Qiarle il ne veut oublier :
A Moi^oye ! il dit d'une voix haute et claire.
a Roland, mon pair et mon ami, venez,
c< Approchez-vous de moi, car aujourd'hui
Qc Avec douleur nous serons séparés. ». aoi.»
Roland regarde Olivier au visage :
Le teint est bleu, pâle et décoloré ;
Le sang tout dair coule le long du corps.
Et sur la terre en retombent les gouttes.
QC Dieu! dit Roland, je ne sais plus que faire.
QC Votre courage, ami, vous est funeste.
ce Nul ne sera qui vaille autant que toi (1) !
(1) Dans cette strophe et dans d'autres passais que j'ai laissés intacts^ le trouvère^ comme certains auteurs latins du moyen âge^ emploie dans une même phrase le singulier et le pluriel du pronom de la deuxième personne. Voir aussi la Bataille cTAleschampSy aux vers 1374-75 et 7725.
Lépreux Roland le pleure et se désole»
Jamais sur terre homme plus désolé !
Quand Roland voit que mort est son ami,
Et glt couché la &ce contre terre,
A le pleurer il se prend doucement :
ce Mon compagnon, vous étiez trop hardi.
<£ Des jours, des ans ensemble avons été.
a Mal ne me fis, ni je ne t'offensai,
« Et quand tu meurs, ce m'est douleur de vivre! »
Puis, à ces mots, Roland tombe pâmé
Sur son cheval qu'on nomme Yaillantif ;
Mais retenu par ses éperons d'or.
Par où qu'il penche il ne peut pas tomber..