‹ La chanson de Roland. Traduction, précédée d'une introd. et accompagné d'un commentaireChapitre 65 sur 89 · CCXXXIII · texte numérisé non relu

CCXXXIII

es la première blancheur de l'aube, au

petit matin, S'est éveillé l'empereur Charlemagne.

Saint Gabriel, à qui Dieu l'a confié, Lève la main, et fait sur lui le signe

sacre.

Alors le Roi se lève, laisse là ses armes,

Et tous ses chevaliers se désarment aussi,

Puis montent à cheval, et rapidement chevauchent

Par ces larges routes, par ces longs chemins.

Et où vont-ils ainsi? Ils vont voir le grand désastre ;

Ils vont à Roncevaux, là où fut la bataille. Aoi.

CGXXXIV

2855 Charles est revenu à Roncevaux.

A cause des morts qu'il y trouve, commence à pleurer :

« Seigneurs, » dit-il aux Français, <r allez le petit

pas; « Car il me faut marcher seul en avant, « Pour mon neveu Roland que je voudrais trouver. 2860 « Un jour j'étais à Aix, à une fête annuelle ; « Mes vaillants bacheliers se vantaient « De leurs batailles, de leurs rudes et forts combats : « Et Roland disait, je l'entendis, « Que, s'il mourait jamais en pays étranger, 2865 « On trouverait son corps en avant de ceux de ses pairs et de ses hommes ; <r Qu'il aurait le visage tourné du côté du pays

ennemi ; Et qu'enfin, le brave, il mourrait en conquérant. » Un peu plus loin que le jet d'un bâton, Charles est allé devant ses compagnons et a gravi une colline. Aoi.

2870 Comme l'Empereur va cherchant son neveu, Il trouve le pré rempli d'herbes et de fleurs Qui sont toutes vermeilles du sang de nos barons. Et Charles en est tout ému; il ne peut s'empêcher

de pleurer.

Enfin le Roi arrive en haut, sous les deux arbres; 2875 Sur les trois blocs de pierre il reconnaît les coups de Roland ;

Il voit son neveu qui git sur l'herbe verte ;

Ce n'est point merveille si Charles en est navré de

douleur.

Il descend de cheval, court sans s'arrêter. Entre ses deux bras prend le corps de Roland, 2880 Et, de douleur, tombe sur lui sans connaissance. Aoi.

L'Empereur revient de sa pâmoison.

Le duc Naimes, le comte Acelin, Geoffroi d'Anjou et Thierri, frère de Geoffroi , Prennent le Roi, le dressent contre un pin. Il regarde à terre, il y voit le corps de son neveu, Et si doucement se prend à le regretter : « Ami Roland , que Dieu te prenne en pitié ! « Jamais on ne vit ici -bas pareil chevalier « Pour ordonner, pour achever si grandes .batailles. 2890 <r Ah ! mon honneur tourne à déclin. »

Et l'empereur se pâme; il ne peut s'en empêcher. Aoi.

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