CAFE-CONCERT
LA SOIRÉE
LA SOIREE
AIR : Les Halles.
Dès la nuit tombante, La foule grouillante, Court impatiente Au café-concert.
Le badaud, pas chiche, Admire l'affiche :
Portrait — fort godiche Du comique Albert.
On ouvre la porte, Chacun se transporte, C'est une cohorte De gens délirants .
Et, selon sa classe.
Le public se place.
Se presse et s'entasse Comme des harengs .
Alors c'est la gamme Du marchand qui brame :
« Oui veut le programme ?
« Demandez, voilà. . .
Bonbons, citronnelle,
« Lorgnette, jumelle, « La chanson nouvelle « Que l'on chante-làî »
LA soikp:k
Jo
Le garçon piétine, Renverse la fine Et la grenadine Sur un spectateur, Qui tout haut l'insulte, Cause du tumulte ! (Un seul homme exulte C'est le directeur).
Selon la coutume, L'on boit et l'on fume, La rampe s'allume Comme un ruban d'or.
Le régisseur sonne.
L'orchestre résonne, Le titi frissonne.
Le bourgeois s'endort.
Un flot de lumière Frappe la paupière, Et la salle entière S'emplit de clarté. .
Globes électriques, Aux rayons obliques, Vos reflets magiques Portent la gaieté !
La toile se lève :
Quel décor ! un rêve, Vrai paradis d'Eve, Somptueux jardin !
Ses taillis de roses, Calment les névroses, Et les fronts moroses Rayonnent soudain.
.A SOIKEK
Une débutante, — A la voix absente - Toute frétillante Se montre en collant...
On dit : Belle fille, La cuisse est gentille, f Mais son œil noir brille Plus que son talent !
Dans une avant-scène, 'est une autre scène, ntre une sirène
lA
Et son protecteur.
ladame tempête.
Car monsieur fait fête A Flora Gripète Oui chante : « bit ta sœur .^
Allons, du silence...
Un monsieur s'avance Avec l'élégance De maître Paulus.
Tout jeune comique Bravant la critique, Il court, asthmatique, Derrièr' l'omnibus.
Ensuite une dame — Un hippopotame — Entre et puis entame Un air comme il faut !
Sa voix se déroule, Sa bouche se moule En un cul de poule :
Elle a chanté Fau...st. I
.A SOIKEK
lî)
De sa grosse panse.
Par sa bouche immense, Un baryton lance Des sons de taureau...
Il pousse, il détonne,
^ Couvre le trombone,
Souffle, s'époumonne...
Ah I Dieu qu'il est beau !
Puis, souple et légère, ,Une bayadère Qui n'est pas du Caire, S'avance en faisant Danser son derrière D'une autre manière Que la Mùni Gruyère :
Succès écrasant !
Succède un comique Grivois, en tunique, Et dont la mimique Vous rend enragé :
Personne n'insiste.
Puis, un réaliste Nous dit d'un air triste Qu'il n'a pas mangé !
A ce moment même Surgit du troisième Un pétard extrême :
Maudissant son sort, C'est un brave ivrogne Oui tempête et grogne.
Faisant sa besogne, Un sergot le sort.
LA SOIREE
Abandonnant l'àtre, Laissant le théâtre, Arrive folâtre Et sans se hâter, La haute noblesse, Marquis et duchesse Que demain la presse \^a pouvoir citer.
Eh ! miséricorde!
La foule déborde, L'orchestre s'accorde :
Oui donc va-t-on voir ':
Le chef de la claque Dit : Soignons l'attaque.
Il faut que ça craque, Brisons le battoir.
Et dans l'assistance, Que de déférence ; Il règne un silence A faire encadrer.
Lorsqu'on me dévoile Que, devant la toile, C'est la grande étoile Oui va se montrer.
Devant son idolo, Le public rigole A chaque parole Dit : Bravo, parfait !
— Elle est épatante î
— Elle est renversante
— Elle est délirante!
Tout en elle plaît !
HA SOIkKK
Après maiut éloge, Le pschiitteux déloge,
p:t fauteuil ou loge
Se vide en un tour :
Le rentier, la biche, En coupé, tout fiche Le camp vers le riche
Et noble faubourg.
Pour clore la fête :
Petite saynète, Coucher de divette.
Exhibition
De chair dure ou flasque Que le maillot masque Au public fantasque.. .
Simple illusion î
Pendant la sortie, On bouscule, on crie, Et l'on s'injurie Sans savoir pourquoi.