‹ La chanson des CabotsChapitre 15 sur 31 · SIMPLE CONTE · texte numérisé non relu

SIMPLE CONTE

^Vlly a quelque temps, au café Matuvu, plusieurs des pensionnaires les plus en vue de nos grands concerts, réunis autour d'une table, causaient (oh! bien contrai-

I rement à leur habitude) de leur métier.

IHill était question de désigner celui d'entre eux qui pourrait s'intituler « Le premier comique de Paris. » Pour mettre fin à la discussion qui menaçait d'être très longue, l'un d'eux eut une idée ingénieuse : chacun mit sur un carré de papier le nom de celui qu'il croyait le plus apte à porter ce titre. Au dépouillement du scrutin, chacun eut une voix (la sienne, peut-être !) La solution était donc loin d'être obtenue, lorsqu'à ce moment

entra dans le café un petit vieillard courbé, la face sillonnée de rides profondes, la peau usée et brûlée par le feu du rasoir et par le maquillage. S'approchant du groupe, il parla en ces termes :

« Je suis bien vieux, bien vieux! Si vieux que je ne « pourrais moi-même vous dire mon âge ! J'ai vu suc- « cessivement se construire tous les théâtres et les « concerts de la capitale, et c'est moi qui, le premier, « ai eu l'honneur de dérider les Parisiens dans ces « primitifs temples du rire. C'est donc moi qui suis le « Premier comique de Paris, puisqu'avant moi il n'en « existait pas ! »

Et le vieux bonhomme partit en faisant à ses auditeurs ahuris une grimace indescriptible , qu'ils ont tous, en vain, essayé de reproduire.

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