LES VIEILLES
Regardez, les voilà trop vieilles à présent, Les rides ont chassé jusqu'au dernier amant ; Elles ne trouvent plus le moindre engagement. Bientôt elles seront, hélas ! sans logement
Les vieilles chanteuses,
Oui furent heureuses !
N'ayant rien ramassé, ne sachant pas compter Cigales, ont chanté pendant tout leur été. Mais la bise est venue avec rapidité, Emportant leur splendeur au Mont-de-Piété
Les vieilles chanteuses
Oui furent heureuses!
Malades! pas assez pour pouvoir obtenir L'entrée à l'Hôpital ! ont pour tout avenir Les larmes, les regrets qu'offrent le souvenir ! Elles n'ont pas toujours la force de mourir. .
Les vieilles chanteuses
Qui furent heureuses !
Les cabots ont beau faire une souscription, Si quelqu'un ne les prend sous sa protection, On les retrouve un jour, sans consolation, Ouvreuses ou bien. . . mortes d'inanition,
Les vieilles chanteuses
Oui furent heureuses !
MON INTÉRIEUR
MON INTERIEUR
AIR : Bal à V Hôtel de Ville.
Avec ma femme, sans enfants, Nous passons tout' l'année A vivre modestement dans Une aisanc' très gênée.
Nous ne mangeons pas Dans de jolis plats D'argent ou d'porcelaine ; Notre mobilier.
N'est pas de noyer, De thuya, ni d'ébène.
J'ai, pour marquer l'heure, un coucou Qui d'puis longtemps m'embête; Je n' puis l'entendr' sonner un coup
Sans me gratter la tête.
En fait de rideaux, J'ai mis des rouleaux
D' papier d'un prix minime ; Et — c'est rigolo —
J'ai, comme vieux tableau,
L' portrait d' ma légitime !
Quoique n'en ayant pas besoin, Tout's nos chais's sont percées; Et l'on trouve dans chaque coin Puc's, cafards, araignées ; Les riches bourgeois S'en vont dans leurs bois Pour y trouver des fraises ; Moi, d'puis qu'autrefois Je suis dans mes bois, J' n'y trouv' que des punaises !
MON INTÉRIEUR 203
J' possède un sommier dans mon lit
Qui chante avec astuce ;
S'il avait appris étant p'tit,
Il jou'rait l'hymne russe 1
L' jour de notre hymen,
Ce sommier malin,
Marquant bien la mesure,
Fit amoroso
De notre duo, La brillante ouverture !
J' soigne avec considération Un' cuvett' fort gentille, Vu qu'eir fut à la réception Des membr's de ma famille !
Mais j' garde à regrets Un vieux vase en grès Ousqu'il n'y a pas de rose ;
Pourtant, chaque soir, Comme un pieux devoir, Tous les deux, on l'arrose!
Enfin, j'ai comm' meuble princier Un balai des plus chouettes ; Quand il s' présente un créancier.
C'est lui qui pay' mes dettes !
Et puis, pour finir, Un vieux souvenir :
Un' seringue exposée !
Mais on s'en est tant Servi, qu' pour l'instant.
L'embouchure est usée !