‹ La chanson des CabotsChapitre 27 sur 31 · LES VIEILLES · texte numérisé non relu

LES VIEILLES

Regardez, les voilà trop vieilles à présent, Les rides ont chassé jusqu'au dernier amant ; Elles ne trouvent plus le moindre engagement. Bientôt elles seront, hélas ! sans logement

Les vieilles chanteuses,

Oui furent heureuses !

N'ayant rien ramassé, ne sachant pas compter Cigales, ont chanté pendant tout leur été. Mais la bise est venue avec rapidité, Emportant leur splendeur au Mont-de-Piété

Les vieilles chanteuses

Oui furent heureuses!

Malades! pas assez pour pouvoir obtenir L'entrée à l'Hôpital ! ont pour tout avenir Les larmes, les regrets qu'offrent le souvenir ! Elles n'ont pas toujours la force de mourir. .

Les vieilles chanteuses

Qui furent heureuses !

Les cabots ont beau faire une souscription, Si quelqu'un ne les prend sous sa protection, On les retrouve un jour, sans consolation, Ouvreuses ou bien. . . mortes d'inanition,

Les vieilles chanteuses

Oui furent heureuses !

MON INTÉRIEUR

MON INTERIEUR

AIR : Bal à V Hôtel de Ville.

Avec ma femme, sans enfants, Nous passons tout' l'année A vivre modestement dans Une aisanc' très gênée.

Nous ne mangeons pas Dans de jolis plats D'argent ou d'porcelaine ; Notre mobilier.

N'est pas de noyer, De thuya, ni d'ébène.

J'ai, pour marquer l'heure, un coucou Qui d'puis longtemps m'embête; Je n' puis l'entendr' sonner un coup

Sans me gratter la tête.

En fait de rideaux, J'ai mis des rouleaux

D' papier d'un prix minime ; Et — c'est rigolo —

J'ai, comme vieux tableau,

L' portrait d' ma légitime !

Quoique n'en ayant pas besoin, Tout's nos chais's sont percées; Et l'on trouve dans chaque coin Puc's, cafards, araignées ; Les riches bourgeois S'en vont dans leurs bois Pour y trouver des fraises ; Moi, d'puis qu'autrefois Je suis dans mes bois, J' n'y trouv' que des punaises !

MON INTÉRIEUR 203

J' possède un sommier dans mon lit

Qui chante avec astuce ;

S'il avait appris étant p'tit,

Il jou'rait l'hymne russe 1

L' jour de notre hymen,

Ce sommier malin,

Marquant bien la mesure,

Fit amoroso

De notre duo, La brillante ouverture !

J' soigne avec considération Un' cuvett' fort gentille, Vu qu'eir fut à la réception Des membr's de ma famille !

Mais j' garde à regrets Un vieux vase en grès Ousqu'il n'y a pas de rose ;

Pourtant, chaque soir, Comme un pieux devoir, Tous les deux, on l'arrose!

Enfin, j'ai comm' meuble princier Un balai des plus chouettes ; Quand il s' présente un créancier.

C'est lui qui pay' mes dettes !

Et puis, pour finir, Un vieux souvenir :

Un' seringue exposée !

Mais on s'en est tant Servi, qu' pour l'instant.

L'embouchure est usée !

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