BALLADE DE JOYEUSE VIE
Qu'au souffle pointu des hivers Ma pauvre peau se gerce et sèche ; Que la pluie aux petits doigts verts Darde sur moi sa fine flèche ; Que mon pantalon, mèche à mèche, S'efïiloque aux brises d'avril...
Allons, Margot, hop ! et dépêche!
Trinquons du verre et du nombril.
Si je vais un peu de travers; Si je braille d une voix rèche ; Si des tons riches et divers Ont peint mon nez comme une pêche Si je sens le bois de Campêche, Et si mes yeux sont en péril...
Allons, Margot, cela n'empêche!
Trinquons du verre et du nombril.
Les gens sages sont des pervers.
Leur sagesse, vieille revèche, Dit que nous sommes viande à vers, Même toi, mignonne si fraîche.
Ils nous font peur avec leur prêche.
Mais au diable ! Je suis viril, Et je veux mourir sur la brèche.
Trinquons du verre et du nombril.