NOCTAMBULES
Par les quais, les places, [és rues, Apres minuit, avant le jour, Lorsque les foules disparues Dorment leur somme épais ct loutd,
Ouand l'ombre sur les ridicules Jette son manteau ténébreux, [ls varuent, les bons noctambules,
Pt SOUS le ciel causent entre CUX,
[ls ont pour cravate une loque ;
Leuts habits sont VICUX ef sOoULIGS :
Et leur pantalon s'efhloque Sur le rire de leurs souliers.
Fe. CR PRET .
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Mais ils se moquent de la pluie Qui tafraichit leur crâne en feu Et de la bise qui s’essuie
our leur nez qu'elle peint en bleu;
Et d’un pas digne et philosophe
[Ils se promenent bravement, Mouchoits humains de mince étofte Trempés des pleurs du firmament,
Ont beau prendre lait par les trous, [ls vont, fumant comme des Suisses, (sesticulant comtme des tous.
Ce sont des réveuts Des peintres Les pucux, un tas de jeunes têtes
des potes,
des musit ICNS,
SOUS des { hapeaux très aliCICNS,
Au fond de vagues brasseries [ls ont bu tout le soir à l'œil, Aussi leurs Ames sont fleuries Le vert CHPOIF, de rouncC otpueil,
« Nous savons bien ÇC QUE HOUS HOIIAITICS, Notre avenir n'est pas suspect| »
Et ces futurs pauvres grands hommes
SE parlent d'eux avec réspe Ci
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L'un refondra la poésie,
Et du moule de son cerveau Dans le ciel de sa fantaisie Fera jaillir l’astre nouveau;
L'autre pétrira la lumière
Sut sa toile; l’autre, levant Son rude marteau sut la pierre, Ÿ tordra son rêve vivant;
Celui-ci doit trouver la gamme Des airs qu’on chantera demain; Celui-là cherche l’amalgame D'où naîtra le bonheur humain;
Tous avec une voix certaine Escomptent l'avenir douteux; La postérité si lointaine
À l’air de marcher devant eux;
Et tous ces inventeurs de pôles, Tous ces bâtisseurs de Babel, Pensent porter sur leurs épaules, Ainsi qu’Atlas, le poids d’un ciel.
Hélas! les rêveurs noctambules À qui l’on jetterait deux sous!
En les voyant enfler leurs bulles
On les prend pour des hommes soûls.
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Soûls, en effet, les pauvres diables, Et plus soûls que vous ne pensez!
Car leurs gosiers insatiables Ont bu des alcools insensés.
[ls ont bu le désir qui trouble,
La foi pour qui tout est quitté, L’orgueil âpre qui fait voir double, L'idéal et la liberté.
Hs ont bu, bu à pleines lèvres,
Bu à pleins yeux, bu à pleins cœurs, Cet alcool qui guérit leurs fièvres :
L'assurance d’être vainqueurs.
Ces bavards, qui semblent des drôles, Mâcheurs de mots, sculpteurs de bruit, Ces cabotins jouant leurs rôles
Sur les quais déserts dans la nuit,
Ces loqueteux qui par la fange Traînent leurs pieds las et raidis Et près des tonneaux de vidange Parlent tout haut du Paradis,
Ces gueux qui d’espoit vain se grisent, Ces fantoches, ces chiens errants, Seront peut-être ce qu'ils disent,
Ët c’est pour cela qu’ils sont grands.