LES VIEUX PAPILLONS
Ün mois s’ensauve, un autre arrive.
Le temps court comme un lévrier.
Déjà le roux genévrier
À grisé la première grive.
Bon soleil, laissez-vous prier, Faites l’aumône!
Donnez pour un sou de rayons.
Faites l’aumône
À deux pauvres vieux papillons.
La poudre d’or qui nous décore N'a pas perdu toutes couleurs, Et malgré l’averse et ses pleurs Nous aimerions à faire encore
GUEUX DES CHAMPS | s5
Un petit tour parmi les fleurs.
Faites l’aumône!
Donnez pour un sou de rayons.
Faites laumône
À deux pauvres vieux papillons.
Qu’un bout de soleil aiguillonne Et chauffe notre corps tremblant, On verra le papillon blanc Baiser sa blanche papillonne, Papillonner papillolant.
Faites l’aumône!
Donnez pour un sou de rayons.
Faites l’aumône À deux pauvres vieux papillons.
Mais, hélas! les vents ironiques Emportent notre aile en lambeaux.
Ah! du moins, loin des escarbots, O violettes véroniques,
Servez à nos cœuts de tombeaux.
Faites l’aumône!
Gardez-nous des vers, des grillons.
Faites l’aumône
À deux pauvres vieux papillons.