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GUEUX DES CHAMPS
Sous la brise du soir, les herbes, les buissons Palpitent, secoués de douloureux frissons,
Et semblent chuchoter de noires confidences.
À ce ronron lugubre accordant ses cadences,
Le vieux berger, qui souffle en ses pipeaux faussés, Fait pâmer les crapauds râlant dans les fossés.
Or, le bélier pensif baisse plus bas ses cornes;
Les brebis, se serrant, ouvrent de grands yeux mornes; Et les chiens en hurlant s'arrêtent pour s'asseoir.
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Oh! vous avez raison d’être tristes, le soir.
Elle à raison, berger, ta chanson monotone
Qui pleure. Il à raison, l’animal qui s'étonne
De l’ombre épouvantable et de la nuit sans fond. Hélas! l’ombre et la nuit, sait-on ce qu’elles font ? Sait-on quel œil vous guette et quel bras vous menace Dans cette chose noire? Ah! la nuit! C’est la nasse Que la Mort tous les soirs tend par où nous passons, Et qui tous les matins est pleine de poissons.
Vive le bon soleil! Sa lumière est sacrée.
Vive le clair soleil! Car c’est lui seul qui crée.
C’est lui qui verse l’or au calice des fleurs,
Et fait les diamants de la rosée en pleurs;
C’est lui qui donne à mars ses bourgeons d’émeraude, À mai son en er qui par les brises rôde,
À juin son souffle ardent qui chante dans les blés,
À l’automne jauni ses cieux roux et troublés;
C’est lui qui pour chauffer nos corps froids en décembre Unit au bois flambant les vins de pourpre et d’ambre; C’est lui l'ami magique au sourire enchanté
Qui rend la joie à ceux qui pleurent, la santé
Aux malades; c’est lui, vainqueur des défaillances,
Qui nourrit les espoirs, ranime les vaillances;
C’est lui qui met du sang dans nos veines; c’est lui
Qui dans les yeux charmants des femmes dort et luit; C’est lui qui de ses feux par l’amour nous enivre;
Et quand il n’est pas là, j’ai peur de ne plus vivre.
Vous comprenez cela, vous, bêtes, n'est-ce pas? Puisque, le soir venu, ralentissant le pas,
Dans votre âme, par l’homme oublieux abolie, Vous sentez je ne sais quelle mélancolie.
GUEUX DES CHAMPS